Diplomatie franco-russe : sujets d'entente et de discorde

Auteur: RT France

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se rencontrent le 19 août au fort de Brégançon, quelques jours avant le G7. L'occasion de faire le point sur quelques sujets d'accord et de désaccord entre la France et la Russie.

Après la rencontre, le 24 juin, entre le Premier ministre russe Dmitri Medvedev et son homologue français Edouard Philippe au Havre, le mois d’août sera l’occasion pour les présidents des deux nations de faire de même. En effet, Emmanuel Macron a confirmé la tenue prochaine d’une réunion, le 19 août au fort de Brégançon, avec Vladimir Poutine afin d'«explorer toutes les formes de coopération sur les grands sujets de déstabilisation ou de conflit, sans naïveté, mais sans que la porte ne soit fermée». Ce sera la première visite du président russe en France depuis mai 2017, mais leur deuxième entrevue de l'année, après leur rencontre au G20 à la fin juin au Japon. Rapide tour d’horizon des sujets qui divisent les deux nations, mais aussi de ceux qui les rapprochent.

Désaccord sur l’est de l’Ukraine

Le site du ministère des Affaires étrangères est très clair : «La France ne reconnaît ni ne reconnaîtra l’annexion illégale de la Crimée : la remise en cause par la force des frontières est contraire au droit international, ainsi qu’aux engagements souscrits par la Fédération de Russie.» Il y est précisé que «la France a soutenu l’adoption par l’Union européenne de sanctions en réponse à l’annexion illégale de la Crimée et à la déstabilisation de l’Ukraine».

De son côté, la Russie reconnaît le référendum d'autodétermination du 16 mars 2014, fondé sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, par lequel les habitants de la Crimée avaient largement décidé de rejoindre le giron russe (96% de «oui»).

En 2015, afin de faire cesser les combats dans la région du Donbass, l’Ukraine, la Russie ainsi que les Républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk signaient le protocole de Minsk. Après un premier échec à pacifier la région, les accords de Minsk II sont ratifiés selon le «Format Normandie», en présence de François Hollande, d’Angela Merkel, de l’ancien président ukrainien Petro Porochenko et de Vladimir Poutine. Cette seconde trêve sera également mise à mal.

Or la donne a changé depuis. Le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est dit prêt, en juillet, à reprendre les pourparlers avec son homologue russe Vladimir Poutine à Minsk, appelant à y convier l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la France. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a rétorqué lors d’une conférence de presse qu’il n’était «pas encore prêt à répondre» à cette invitation, estimant que c'était «un tout nouveau format». Le porte-parole a toutefois précisé que la proposition «[serait] certainement étudiée», sans «encore parler d'une réaction quelconque».

Le 7 août, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky se sont entretenus par téléphone et ont convenu d'organiser une réunion au «Format Normandie» avec la France et l'Allemagne. Selon l'Elysée, Emmanuel Macron a salué cette initiative.

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L'épineux dossier syrien

Toujours sur le site du Quai d'Orsay on peut lire : «Depuis le soulèvement de 2011 qui a montré les aspirations des Syriens à une transition politique, la France est un soutien fidèle de l’opposition qui représente la Syrie dans les négociations. La France dialogue également avec les parrains du régime pour qu’ils incitent ce dernier à s’engager de bonne foi dans les discussions.» Paris accuse notamment Damas d'avoir utilisé des armes chimiques contre sa population, ce que la Syrie conteste fermement.

La Russie continue, elle, de soutenir le dirigeant au pouvoir Bachar el-Assad et est engagée militairement à ses côtés depuis septembre 2015. Début août, la Syrie a donné son accord «conditionnel» à un cessez-le feu dans la région d'Idleb (nord-ouest) dominée par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-al-Nosra, branche syrienne d'al-Qaïda), selon l'agence officielle Sana citant une source militaire. Une initiative saluée par la Russie.

En septembre 2018, Ankara et Moscou s'étaient mis d'accord pour créer une «zone démilitarisée» à Idleb, qui devait servir de tampon entre les territoires insurgés et ceux tenus par Damas. Si l'accord a jusque-là permis d'éviter une offensive d'envergure du pouvoir syrien, il n'est que partiellement respecté, les djihadistes ayant refusé de se retirer. Le chef du groupe, Abou Mohammed al-Joulani, a affirmé, le 3 août, refuser tout retrait d'une future zone tampon dans la région d'Idleb. «Nous ne nous retirerons jamais de la zone», a-t-il alors martelé.

Début août, le Pentagone a alerté sur une «résurgence » du groupe État islamique en Syrie, laissant plutôt augurer d'un rapprochement entre les ennemis d'hier, à savoir le pouvoir syrien accompagné de ses alliés et les Occidentaux, et donc par extension entre la France et la Russie.

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Rapprochement sur l'Iran

S'il est un dossier qui a permis de rapprocher les deux pays ces dernières semaines c'est bien celui du cas iranien. Alors que les Etats-Unis poursuivent leur politique de «pression maximale» sur Téhéran, Russes et Français semblent vouloir apaiser les tensions qui se sont récemment amplifiées avec les événements survenus dans le détroit d'Ormuz.

Lors d'un entretien téléphonique tenu le 18 juillet, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont évoqué «les conséquences du retrait des Etats-Unis du Plan d'action global commun visant à résoudre la situation relative au programme nucléaire iranien», selon un communiqué du Kremlin. Les deux présidents ont souligné que l'accord sur le nucléaire iranien «était un facteur important afin d’assurer la sécurité au Moyen-Orient et de maintenir le régime de non-prolifération nucléaire».

Les tensions dans la région n'ont fait que s'intensifier depuis la décision unilatérale des Etats-Unis de 2018 de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien signé à Vienne en 2015. L'Iran se dit lui prêt à négocier avec les Etats-Unis en échange d'une levée des sanctions qui pèsent sur le pays.

Le sujet iranien a semé la discorde entre les Européens mais aussi entre la France et ses alliés américains. Le 8 août, Donald Trump a publié un message assassin contre le président français sur Twitter à propos de sa position sur l'Iran, expliquant savoir «qu’Emmanuel pense bien faire» mais que «personne ne parle pour les Etats-Unis à l’exception des Etats-Unis eux-mêmes». Des déclarations auxquelles a répondu le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, le lendemain, affirmant que «sur l’Iran, la France s’exprime en toute souveraineté [...] et elle n’a besoin d’aucune autorisation pour le faire».

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Front commun contre la guerre commerciale américaine

Voilà un sujet supplémentaire sur lequel les deux dirigeants devraient pouvoir s’entendre. Depuis mars 2018 et le début de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron tentent de faire baisser la pression. Présent le 25 avril 2018 devant le Congrès américain, le président français avait déjà prévenu contre «une guerre commerciale entre alliés» qu’il ne jugeait «pas cohérente».

Même son de cloche chez son homologue russe. «La situation de l'économie mondiale est inquiétante […] Il est symptomatique que le commerce international ne soit plus le moteur de la croissance économique et qu'il supporte un fardeau de plus en plus lourd de protectionnisme, de restrictions à caractère politique et d'obstacles», avait affirmé Vladimir Poutine lors d’une réunion des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) en marge du G20 à Osaka en juin dernier. Le dirigeant russe avait rappelé l’importance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de laquelle Donald Trump menace régulièrement de se retirer.

Depuis son entrée en fonction en 2017, celui-ci s’est lancé dans une guerre commerciale avec la Chine qu’il accusait pendant la campagne présidentielle «de voler les Etats-Unis» en étant «la plus grande voleuse de tous les temps». Le président américain ne supporte surtout pas que l’empire du Milieu soit devenu, en 2014, la première économie mondiale. Il reproche à Pékin de ralentir la croissance américaine à cause d’une balance commerciale qu’il juge trop déficitaire (-380 milliards d’euros en 2018). C’est pourquoi au mois de mars 2018 il avait mis en place une taxe à hauteur de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur l'aluminium. En représailles, Pékin avait immédiatement taxé, à hauteur de 15 à 25%, plus de 120 produits américains. Depuis, les deux mastodontes se livrent une guerre commerciale sans relâche.

Le président américain semble dur à raisonner tant il a fait de cette stratégie la pierre angulaire de sa diplomatie avec la Chine. «Les droits de douane sont géniaux ! Soit nos partenaires commerciaux négocient des accords équitables avec nous, soit on les attaque à coups de droits de douane. C'est aussi simple que ça», avait-il tweeté en juillet 2018.

Les experts estiment qu’à terme, dans un système mondialisé, une diminution aussi importante des échanges entre deux superpuissances commerciales aura des répercussions dans tous les pans de l’économie, laissant augurer d’une nouvelle crise mondiale.

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Une rencontre pour tout changer ?

Si les relations entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron n'ont pas toujours été au beau fixe, la rencontre au fort de Brégançon pourrait être l'occasion pour les présidents d'établir une feuille de route stratégique, à l'aube du G7 qui se tiendra à partir du 23 août à Biarritz et auquel Vladimir Poutine n'est pas convié.

Il semblerait que les deux dirigeants cherchent à trouver des points de convergence autour d’intérêts communs. Même s'il est clair que ces multiples crises ne se régleront pas en une seule entrevue, elle sera un moyen de réchauffer les relations entre les deux pays et d'acter un début d'entente globale sur la scène internationale, amorcé par la rencontre entre les deux Premiers ministres en juin, ainsi que par la réunion tenue au G20 quelques jours plus tard.

Auteur: RT France

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