Hommage de Macron aux soldats morts en opérations extérieures : retour sur les Opex de la France

Hommage de Macron aux soldats morts en opérations extérieures : retour sur les Opex de la France© LUDOVIC MARIN / AFP
Emmanuel Macron s'exprime devant le monument aux morts français en opérations extérieures, le 11 novembre à Paris.

Ce 11 novembre, le chef de l'Etat a inauguré un monument pour rendre hommage à la mémoire de 549 soldats français morts sur 17 théâtres d’opération. De Barkhane à Chammal, quelles sont les Opex lancées par la France et quel est leur bilan ?

Pour la toute première fois, un président français, Emmanuel Macron, inaugure, ce 11 novembre, un monument aux soldats morts en opération extérieure (Opex). Située dans le parc André-Citroën (Paris XVe), la sculpture en bronze représente six soldats, cinq hommes et une femme, portant un cercueil invisible matérialisant ces militaires tombés au champ d’honneur lors des nombreuses Opex menées par la France depuis 1963. 

«Celui qui meurt pour la France ne meurt pas en vain», a lancé Emmanuel Macron lors de son discours. «Du Tchad au Mali, du Liban à l'Irak, des Balkans à la Syrie et au Burkina Faso, vous avez fait honneur à la France, partout, à chaque fois. Ce monument, ce mémorial est le vôtre», a poursuivi le chef de l'Etat.

Mais que sont les Opex ? Interrogé par RT France, le politologue et essayiste Guillaume Bigot apporte un premier élément de réponse. «Il y a plusieurs types d’Opex : des opérations très réactives afin de répondre à une situation d’urgence, qui sont extrêmement rapides et ponctuelles, et servent à libérer des otages, neutraliser des ennemis de la France ou encore, à évacuer des populations civiles, et puis il y a les Opex plus durables, pour le compte des Nations unies par exemple, afin d’empêcher d’anciens belligérants de reprendre le conflit, où de l’OTAN comme en Afghanistan, et enfin celles menées à titre franco-français comme Chammal ou Barkhane».

Depuis 1963, 549 militaires français sont morts sur 17 théâtres d’opération dont 141 au Liban, 129 au Tchad, 85 en Afghanistan ou encore 78 en ex-Yougoslavie. Le dernier nom apposé au monument est celui du brigadier-chef Ronan Pointeau, tué le 2 novembre dernier au Mali, où sont déjà morts 23 soldats français.

De l’utilité des OPEX

«Lorsqu'on lance une Opex, il faut avoir un but extrêmement précis et une fois qu’il est atteint, il faut immédiatement mettre un terme à la mission, sinon on devient une armée ennemie», rappelle Guillaume Bigot, citant notamment le cas de l’intervention en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001. «Avec le recul cela semblait assez rationnel de frapper al-Qaïda et de les détruire militairement pour apporter une sanction a leurs agissements chez nos alliés de l’OTAN […] Le problème est que cette opération s’est installée dans le temps, et c’est là le piège des Opex», précise-t-il.

Si ces interventions ne sont au départ pas faites pour durer, certaines s’effectuent sur le long terme et sont destinées à sauvegarder l’intégrité d’un Etat comme c’est le cas dans le Sahel avec l’opération Barkhane qui a mobilisé 4 500 hommes depuis août 2014 contre les djihadistes d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Dans le même registre, il y a également l'opération Chammal au Levant, contre l’organisation Etat islamique (EI), depuis septembre 2014, dans laquelle 1 000 hommes sont stationnés en Irak, n’intervenant en Syrie que par voie aérienne.

«La France s’engage ici à défendre l’intégrité territoriale d’Etats menaçant de s’effondrer comme [elle l'a fait] avec l’opération Epervier au Tchad (1986-2014) ou Serval au Mali (2013-2014), qui visait à empêcher les djihadistes de s’emparer de Bamako, capitale du pays, après avoir pris le contrôle de Tombouctou. Elles servent à sécuriser une région et à y apporter la stabilité», souligne le politologue.

Etat des lieux de Barkhane et Chammal

«L’opération Barkhane est considérable. A cheval sur 5 Etats (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), elle couvre une surface de 5 millions de kilomètres carrés, soit neuf fois celle de la France ou tout simplement celle de l’Union européenne», observe Guillaume Bigot, qualifiant cette intervention de «complexe et sophistiquée». «La grande majorité de l’opération se déroule dans la boucle du Niger, zone frontalière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, avec des troupes aéroportées, des troupes de choc ou de sécurisation mais aussi des soldats qui s’occupent de la formation militaire ou de la logistique», explique l’essayiste.

D'après lui, l’opération Chammal, menée en Irak et en Syrie, prend «principalement la forme d’une sécurisation aérienne avec des campagnes de bombardements mais aussi avec des troupes au sol en Irak». Néanmoins, il avance «qu’aucune opération offensive n’est plus prévue dans le cadre de Barkhane ou de Chammal» et préconise donc de «réduire la voilure».

Ces deux opérations toucheraient-elles à leur fin ? Pas pour Guillaume Bigot, qui estime que ces Opex «au-delà de faire refluer et neutraliser l’ennemi» revêtent également un «aspect dissuasif» permettant de tenir des «points de passages stratégiques comme des routes, des fleuves ou diverses infrastructures» et ainsi éviter le retour de l’ennemi dans la zone. «Le but politique final de ces opérations est de transmettre le pouvoir aux autorités locales», analyse-t-il.

Pour Guillaume Bigot, cette sécurisation doit déboucher sur «diverses potentialités parmi lesquelles le commerce». «Pour mettre en place un marché stable il faut une certaine sécurité. Si ces pays s’enfoncent dans le désordre, cela favorisera le jeu des islamistes qui vont installer non seulement l’instabilité en Afrique, mais aussi propager cette instabilité jusqu'en France. Si le Mali était tombé aux mains des djihadistes, cela aurait été extrêmement grave y compris pour Paris», fait-il remarquer.

Emmanuel Macron, «en même temps» patriote et européiste ?

Depuis son entrée en fonction, Emmanuel Macron n’a, de son côté, pas semblé remettre en cause le bien-fondé de ces deux opérations. L’inauguration de ce monument aux morts en Opex est même interprétée comme un signal positif envoyé aux armées après les tensions constatées au début du quinquennat. En effet, sa construction, prévue depuis 2011, était bloquée depuis plusieurs années, ce qu’avait rappelé début octobre, lors d’une audition devant l’Assemblée nationale, la secrétaire d’Etat aux anciens combattants Geneviève Darrieussecq. La raison ? des problèmes de budget récurrents mis en lumière par plusieurs généraux comme François Lecointre ou Pierre de Villiers, qui avait démissionné en juillet 2017, après l'annonce de coupes dans le budget de la Défense.

La première pierre du monument avait été posée par François Hollande en juillet 2017 mais la Ville de Paris avait par la suite remis en cause le financement de la sculpture, estimée initialement à 1,8 million d’euros selon la secrétaire d’Etat.

Guillaume Bigot relève dans le même temps une certaine dichotomie assez perceptible via la personne d’Emmanuel Macron. «Il est le président le plus européiste que l’on ait jamais eu, celui qui veut absolument accélérer la construction d’un état fédéral européen dans lequel la souveraineté française serait transférée à une autorité supranationale, mais simultanément, dans son "en même temps" macronien, il est très attaché à la célébration des symboles patriotiques et étatiques de la France et de l’armée française», fait-il valoir, ajoutant que le président de la République sait pertinemment que «celle-ci est la colonne vertébrale de l’Etat et donc la colonne vertébrale de la France qui est un Etat artificiel dans lequel s’est constitué un peuple».

Par ailleurs selon l'essayiste, les récentes attaques survenues sur le territoire national, et, à un titre plus symbolique, les tensions avec le général de Villiers «ont amené [le président] à insister sur son rôle régalien». Guillaume Bigot note en effet qu'«Emmanuel Macron ne souhaite surtout pas se mettre l’armée à dos». «Par ailleurs, à travers ces Opex, on voit que la France a toujours des moyens et des capacités opérationnelles, qui, si elles sont certes un peu plus virtuelles que par le passé, sont belles et bien réelles», insiste Guillaume Bigot, qui vitupère contre la possible création d’une armée européenne. «Ce serait une folie», appuie-t-il, rappelant que ces Opex font la preuve «que les soldats français mais aussi l’opinion publique française acceptent que chaque année entre 10 et 100 français meurent pour le drapeau en opération extérieure alors que personne ne mourrait pour le drapeau européen».

Alexis Le Meur

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