«La paix n'est plus un acquis» : le discours anxiogène du programme européen de LREM sur la défense

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LREM a diffusé son programme électoral européen. Exaltation de la menace russe, volonté de créer une armée européenne, souhait de fonder une agence de l'UE pour protéger les démocraties : les propositions dans le domaine de la défense interpellent.

A 18 jours du scrutin pour les élections européennes, La République en marche (LREM) et ses alliés ont enfin dévoilé leur programme. Le propos liminaire de la partie sur l'Europe de la défense est explicite : «La paix n’est plus un acquis.», entame le texte intitulé «Donner à l'Europe les moyens de se défendre». Et les marcheurs de définir ce qui semble être la première menace pour celle-ci : la Russie. Le ton angoisse – délibérément ? – le lecteur. «Depuis 10 ans, la Russie multiplie les interventions armées. Le Moyen-Orient et le Sahel restent instables, les Etats-Unis menacent pour la première fois de se désengager de la défense de l’Europe», poursuit l'introduction. «Il est temps de construire une capacité d’action européenne, en complément de l’OTAN», explique alors le document.

Une armée européenne avec les Britanniques

La première promesse est d'«avancer» vers une armée européenne. Pour ce faire, les macronistes souhaitent établir un «Traité de défense et de sécurité» incluant une «augmentation des dépenses militaires [et] une clause de défense mutuelle rendue opérationnelle».

«Pour préparer [des] décisions collectives», LREM souhaite également créer un «Conseil de sécurité européen» qui associerait le Royaume-Uni... qui a pourtant voté par référendum sa sortie de l'UE en 2016.

Autre interrogation : que deviendrait l'Otan ? Le traité sur l'Union européenne (ex-traité de Maastricht), via son article 42, intègre en effet l'organisation comme une composante de l'UE. Selon cet article, la politique de l'UE «respecte les obligations découlant du traité de l'Atlantique nord pour certains Etats membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan)». Celle-ci est «compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre», ajoute l'article 42. Le traité sur l'UE devrait donc certainement être réécrit et renégocié pour permettre à l'armée européenne et à son conseil de sécurité de se distinguer de l'Otan.

Dans leurs propositions, les marcheurs insistent pourtant pour considérer cette armée européenne comme un «complément» de l'OTAN. Dès lors, comment cela se passera-t-il dans le cas d'une divergence de politique et de point de vue entre le Conseil de sécurité européen et l'Otan ? Qu'aurait par exemple fait l'armée européenne dans le cadre de la guerre en Irak en 2003 ? A l'époque, la France avait été la première puissance européenne à refuser la guerre, malgré une majorité de pays européens favorables à une intervention militaire des Etats-Unis. La France disposant de la première capacité militaire européenne, son contingent au sein de l'armée européenne sera-t-il contraint de s'engager dans une opération qu'elle-même dénonce ?

Et quid de la dissuasion nucléaire ? Dans l'Union européenne, seule la France (et le Royaume-Uni dans le cadre du projet macronien) possède l'arme atomique. Sera-t-elle mise à disposition de l'UE dans son ensemble ?

Une agence anti-fake news européenne

Autre ambition programmatique de LREM : protéger les démocraties des flux d'information qui seraient jugés néfastes. Après l'adoption d'une loi contre la manipulation de l'information en France, le 20 novembre 2018, les macronistes veulent étendre ce projet au niveau européen. Pour ce faire, ils souhaitent créer une (énième) institution : l'Agence européenne de protection des démocraties contre les attaques, les manipulations et la désinformation. «D’ici 2020, il faudra veiller au bon déroulement de 50 élections nationales ou locales en Europe», argumentent-ils. Qui seront les garants de la «vérité» – notion évoquée par Emmanuel Macron pour justifier la loi française, le 3 janvier 2018 ? Une loi sera-t-elle créée pour sanctionner des médias et des politiques ? Ou l'agence visera-t-elle, comme la loi française, à ne se préoccuper que des plateformes numériques et des médias contrôlés «par un Etat étranger ou sous l'influence» de cet Etat ? Le projet dévoilé le 8 mai ne répond malheureusement à aucune de ces questions.

Bastien Gouly

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