Après un an de pouvoir, Emmanuel Macron a-t-il été happé par Washington ?

Après un an de pouvoir, Emmanuel Macron a-t-il été happé par Washington ?© CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA Source: AFP
Emmanuel Macron applaudit par le vice-président Mike Pence et le président de la Chambre des représentants Paul Ryan lors de son discours au Congrès des Etats-Unis, à Washington le 25 avril

Chantre de «l'axe atlantique», mais aussi figure anti-populiste que la presse situait aux antipodes d'un Trump, Emmanuel Macron a soulevé des interrogations quant au devenir de la relation franco-américaine. Son choix semble désormais clair.

Depuis 10 ans et la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, l'atlantisme semble être devenue une composante majeure de la politique étrangère française, sous Nicolas Sarkozy comme sous François Hollande. Le coup d'éclat de Jacques Chirac en 2003, qui refusa contre vents et marées de s'engager dans la guerre en Irak, est désormais lointain.

Avec l'élection, le 7 mai 2017, d'Emmanuel Macron, passé par le programme des «Young leader» de la French American Foundation, la question d'un revirement de la politique du Quai d'Orsay ne se posait guère. D'autant que, dans son livre-programme Révolution, le candidat d'En Marche ! ne faisait pas mystère de l'importance qu'il accordait à la relation franco-américaine. «L'axe atlantique qui structure l'Occident et qui a porté depuis l'après-guerre la politique des droits de l'homme et de la pacification est-il le plus important ? Je le crois profondément», écrivait-il sans ambages.

Pourtant, un grain de sable nommé Donald Trump est venu instaurer le doute. Farouchement anti-establishment, protectionniste revendiqué, assumant des positions anti-immigration claires et promettant, durant sa campagne, un coup d'arrêt à l'interventionnisme américain, le nouveau locataire de la Maison Blanche se présentait comme l'opposé, idéologiquement parlant, du président français. Ce qui pouvait laisser présager d'un certain attiédissement des relations Paris-Washington.

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Shérif à la place du shérif ?

Initialement, le président Emmanuel Macron n'a d'ailleurs pas hésité à souligner sa différence avec le nouveau locataire de la Maison Blanche, envisageant sans doute de s'emparer du trône de leader du «monde libre». En témoigne leur première poignée de main le 25 mai 2017, lors de laquelle il s'est efforcé de faire blanchir les jointures de Donald Trump, envoyant au monde entier le message que Paris n'avait plus l'intention de suivre Washington au doigt et à l'œil...

Dans un contexte médiatique très favorable – Donald Trump et les médias de son pays se vouant une haine réciproque – Emmanuel Macron s'est même enhardi quelques jours plus tard, en essayant de convaincre le président américain de rester dans les accords de Paris sur le climat. A l'issue d'une conférence de presse à l'Elysée, le président français a détourné le slogan de campagne de son homologue américain pour accoucher de «Make the planet great again» – ce qui a fait de lui, aux yeux des médias, un candidat sérieux à la direction des affaires occidentales. «Comment Emmanuel Macron est devenu "leader du monde libre"», écrivait ainsi, en France, l'hebdomadaire Le Point.

Peine perdue cependant, le président américain n'a pas bougé d'un iota et s'est montré inflexible sur ce dossier. Plutôt que de s'essouffler à vouloir prendre la place du shérif, Emmanuel Macron semble avoir alors opté pour le rôle de second dévoué, la place étant laissée plus ou moins vacante par un Royaume-Uni, en plaine introspection post-Brexit. Les relations entre Donald Trump et le Premier ministre britannique avaient en outre connu un accroc, lorsque le président américain avait relayé des vidéos diffusées par Jayda Fransen, membre du parti ultranationaliste Britain First. Partant, fin avril, Emmanuel Macron a eu droit à la première visite d'Etat d'un dirigeant étranger à Washington du mandat de Donald Trump. Un séjour lors duquel les deux présidents ont affiché on ne peut plus clairement leur bonne entente.

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Bras dessus bras dessous avec Washington en Syrie

Illustration de la proximité entre  Paris et Washington sur le plan stratégique : quand les Etats-Unis de Donald Trump ont frappé dans la nuit du 13 au 14 avril la Syrie en «riposte» à une attaque chimique présumée à Douma, la France d'Emmanuel Macron participait, de même que le Royaume-Uni, à l'opération – se distinguant par là du reste de ses partenaires de l'Union européenne.

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Qu'importe que ces frappes se soient faites sans accord préalable des Nations unies et que les justifications occidentales de ces frappes peinent à convaincre. Emmanuel Macron a acté par cet engagement sa préférence stratégique pour l'atlantique, au détriment donc d'une hypothétique unité européenne en la matière ou, bien sûr, d'une relation privilégiée avec la Russie.

Pour autant, le président français considère peut-être avoir une carte à jouer pour bousculer l'ordre établi occidental au profit de Paris. Venu justifier les frappes occidentales en Syrie sur le plateau de TF1 le 15 avril, Emmanuel Macron n'avait pas voulu se contenter du rôle de simple faire-valoir de Washington. «Nous avons convaincu Donald Trump que c'était important de rester sur le terrain de la Syrie et nous avons réussi à le convaincre de limiter l'intervention aux armes chimiques», avait lancé le président de la République, pavoisant sur l'influence qu'il aurait eue auprès de Washington.

L'illusion n'aura toutefois été que de courte durée, la Maison Blanche démentant catégoriquement ces informations dès le lendemain, en assurant que les Etats-Unis comptaient retirer leurs troupes de Syrie «dès que possible». Entamant davantage la morgue française, le 26 avril, Washington avait pris la liberté d'annoncer avant Paris que des soldats français seraient envoyés en Syrie...

Le dossier iranien en juge de paix ?

La relation franco-américaine se jaugera peut-être mieux encore à l'aune du dossier iranien, sujet embarrassant, s'il en est, pour le locataire de l'Elysée. Depuis son élection, le président américain a toujours vertement critiqué l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), le qualifiant de «mauvais accord» et laissant entendre à de nombreuses reprises qu'il pourrait s'en retirer.

La France, signataire de l'accord au même titre que les Etats-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, l'Allemagne, ainsi que l'Union européenne, s'évertue pour sa part à le défendre. Lors de sa visite à Washington fin avril, Emmanuel Macron a même proposé à Donald Trump de mettre en place un accord plus large afin que celui-ci accepte de ne pas en sortir.

Or, Téhéran a de son côté rappelé qu'il était hors de question de revenir sur les termes de l'accord et qu'aucune modification ne serait acceptée. Et si les Etats-Unis sortent de l'accord, l'Iran a assuré en faire autant, ce qui devrait amener à la reprise de sanctions contre la République islamique. Restera alors à voir où Paris se situera.

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