Emmanuel Macron à Washington : la relation franco-américaine à son zénith ?

Emmanuel Macron à Washington : la relation franco-américaine à son zénith ?© Stephane Mahe Source: Reuters
Emmanuel Macron et Donald Trump à l'Elysée pour une conférence de presse, 13 juillet 2017, illustration

Durant la visite officielle d'Emmanuel Macron aux Etats-Unis, plusieurs dossiers devraient opposer Paris et Washington. Pour autant, au lendemain des frappes occidentales en Syrie, la complicité entre les deux présidents semble plus forte que jamais.

Le président français entame une visite d'Etat d'une durée de trois jours, la première pour Donald Trump, à partir du 23 avril et devra s'entretenir avec le président américain sur les sujets qui fâchent, à savoir ceux qu'il a annoncés lors d'une interview à Fox News la veille : le programme nucléaire iranien, l'engagement des forces américaines en Syrie et les relations commerciales entre Washington et Bruxelles.

L'amitié supposée entre Emmanuel Macron et Donald Trump va-t-elle «être mise à rude épreuve» comme le suggère l'AFP ? L'hebdomadaire L'Obsdécrit pour sa part une amitié de façade masquant «une stratégie cynique parfaitement maîtrisée» entre les deux élus et rappelle avec malice que Donald Trump avait eu des propos élogieux à l'égard de Marine Le Pen durant la campagne présidentielle française.

Emmanuel Macron : une aventure américaine

Quels que soient les sentiments réels entre les deux hommes, force est de constater qu'Emmanuel Macron a envoyé des signaux forts d'affection outre-Atlantique, dès les premiers instants de sa présidence... et même avant.

Passé par la French-American Foundation, une institution créée en 1976 qui organise des séminaires pour les futures têtes pensantes françaises (de l'ancien président François Hollande à des personnalités des médias comme Jean-Marie Colombani), Emmanuel Macron avait tout pour plaire à l'Amérique. Outre sa capacité à s'exprimer dans un anglais de bon niveau, ses points de vue sur nombre de dossiers diplomatiques et commerciaux ont de quoi séduire outre-Atlantique. 

Toujours selon L'Obs, fraîchement élu, Macron aurait appelé Trump pour lui dire qu'il aimerait l'avoir à ses côtés pour célébrer la fête nationale en 2017, ce à quoi Donald Trump lui aurait répondu qu'il préférait ne pas le gêner, du fait de son impopularité assez marquée dans l'espace public français. Malgré tout, on connaît la suite : Donald Trump était présent au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Elysées à Paris.

L'axe atlantique qui structure l'Occident et qui a porté depuis l'après-guerre la politique des droits de l'homme et de la pacification est-il le plus important ? Je le crois profondément

En tout état de cause, la relation France-Etats-Unis semble, pour le président de la République française, primer sur toutes considérations concernant l'identité du locataire la Maison Blanche. Emmanuel Macron prévenait ainsi dès novembre 2016 dans son livre-programme Révolution : «L'axe atlantique qui structure l'Occident et qui a porté depuis l'après-guerre la politique des droits de l'homme et de la pacification est-il le plus important ? Je le crois profondément.»

Opération Hamilton : l'ardoise irakienne est-elle effacée ?

Une vision théorique de la place de la France dans le monde, qui a trouvé, semble-t-il, une manifestation très concrète dans la nuit du 13 au 14 avril 2018. Cette nuit-là, Emmanuel Macron allie son pays à ceux de Donald Trump et de Theresa May pour frapper en Syrie – la décision de Jacques Chirac qui refusa en mars 2003 d'engager la France au côté des Etats-Unis dans son offensive en Irak paraît, désormais, bien loin.

Il est à noter que le président français n'est pas suivi dans cette entreprise par ses partenaires de l'Union européenne, l'Allemagne d'Angela Merkel, entre autres, refusant de participer à cette entreprise militaire... Macron semble alors affirmer un choix, en matière stratégique : plutôt les Etats-Unis de Donald Trump et le Royaume-Uni du Brexit que l'Union européenne... ou la Russie.

La longue séquence de crispations diplomatiques avec Moscou autour du dossier Skripal semble pourtant confirmer la volonté du locataire de l'Elysée de s'affirmer comme figure de proue au sein de l'Union européenne, à plus forte raison encore, après son discours devant les parlementaires européens à Strasbourg, le 17 avril.

Paris, une capitale quelque part entre Bruxelles et Washington ?

Dès lors, un numéro d'équilibriste paradoxal semble se mettre en place : Emmanuel Macron veut-il en priorité s'imposer comme le chef de file d'une Union européenne qu'il entend «refonder» ou comme le partenaire privilégié d'un axe atlantique, passant par un Royaume-Uni ayant dit «non» à sa présence dans l'UE ? 

Toujours est-il que si les relations entre Emmanuel Macron et Donald Trump semblent au beau fixe, une discussion musclée devrait s'engager entre les deux chefs d'Etat sur des dossiers à fort clivage : le programme nucléaire iranien, auquel est attaché le président français, devra être évoqué, puisque le chef d'Etat américain a menacé de le «déchirer» s'il n'était pas durci pour obliger Téhéran à limiter son programme balistique et son influence dans la région. 

L'avenir de la Syrie sera également au programme de cette visite américaine. Si la France et les Etats-Unis ont fait front commun contre Damas lors de l'opération Hamilton le 13 avril, Donald Trump a déclaré vouloir retirer le plus vite possible ses militaires du sol syrien ; or, Emmanuel Macron voudrait, lui, que ce contingent soit maintenu. Le président français avait d'ailleurs fait savoir lors de son grand oral face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel qu'il avait convaincu Washington de rester dans le pays «dans la durée», avant d'être contredit par la Maison Blanche.

Enfin, sur le dossier des relations commerciales entre les Etats-Unis et l'Union européenne, Emmanuel Macron devra batailler pour éviter à l'UE l'application de taxes douanières américaines sur l'acier et l'aluminium, en suspens jusqu'au 1er mai : «On ne fait pas la guerre avec ses alliés», a assuré Emmanuel Macron lors de son intervention sur la chaîne américaine Fox News, le 22 avril.

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