Ministre italien : «Le temps est venu pour lancer un débat sur les réformes de la zone euro»

Ministre italien : «Le temps est venu pour lancer un débat sur les réformes de la zone euro»© Kai Pfaffenbach Source: Reuters
Les billets en euros endommagés.

Les dernières crises au sein de l'UE ont montré que toutes les règles européennes n'étaient pas efficaces. Le système exige des réformes à tous les niveaux et cela sera plus facile à réaliser après le Brexit, estime le ministre italien Sandro Gozi.

RT:L’expérience de l’euro a échoué selon  l'économiste lauréat du prix Nobel Joseph Stiglitz. Ses jours sont-ils comptés ? 

Sandro Gozi (S. G.) : Non, je ne suis pas d’accord. Je ne pense pas que l’euro soit une expérience, l’euro est une réalité, et je ne pense pas qu'il ait échoué. Certes, la zone euro elle-même et la gestion de la zone euro doivent être mieux organisées, mais nous devons continuer dans ce sens et ne pas reculer.

RT : Il faut donc des réformes ? Mais chaque pays de la zone euro a ses propres intérêts, alors pourquoi devraient-ils écouter ce que dit Rome en ce moment ?

S. G. : Le débat sur la zone euro et sur la façon de réformer la zone euro a été reporté trop souvent. Mais je crois qu’au deuxième semestre de cette année, le temps viendra de lancer le débat. Ce sera après les élections françaises et après les élections en Allemagne. Je pense sincèrement que tout le monde est d’accord sur le fait qu’il faut réformer et compléter l’union économique et monétaire. Il y a eu aussi un engagement à Rome, lorsque les dirigeants des 27 pays membres se sont réunis pour signer la Déclaration de Rome, le 25 mars dernier.

Nous avons élaboré un plan d’investissement au niveau européen, le plan Juncker, et nous sommes arrivés à une application plus intelligente des règles de stabilité et de croissance en Italie

Ils ont clairement exprimé la nécessité de réformer complètement l’union économique et monétaire, ce qui signifie tout simplement que nous devons ouvrir un débat sur la façon dont l’euro est géré.

RT : Pourquoi attendre les élections françaises et allemandes ? Ne pensez-vous pas que c’est un peu bizarre que la question de la réforme de la zone euro n’ait pas été soulevée plus tôt ? Peut-être que les gens n’ont pas le courage de résister à l’Allemagne... Comment se fait-il que l’Italie se soit décidée à le faire ?

S. G. : Nous avons trouvé le courage d’en parler dès le premier jour du gouvernement de Matteo Renzi. Nous en parlons depuis mi-février-début mars 2014, et nous avons obtenu certains résultats. Nous avons élaboré un plan d’investissement au niveau européen, le plan Juncker, et nous sommes arrivés à une application plus intelligente, ou moins stupide, des règles de stabilité et de croissance en Italie. Donc, quelques démarches importantes ont été accomplies. Pour réaliser des réformes dans la zone euro, il faut un engagement des autres partenaires. Jusqu’à présent, cela a toujours été reporté. Maintenant, comme il s'agit d'une question fondamentale, qui a été débattue pendant les élections françaises et qui le sera aussi lors des élections allemandes, nous croyons qu’il y aura une nouvelle phase politique et la réforme de la zone euro doit être à l’ordre du jour de cette étape politique.

RT : Le chef du Conseil national américain du commerce, Peter Navarro, a déclaré que l’euro était «un Deutsche Mark implicite». Cela donne-t-il à l’Allemagne un avantage injuste sur les autres ?

S. G. : La monnaie unique et le marché unique ont bénéficié à tous. Certes, le durcissement des règles depuis la crise financière, a été moins favorable pour certains pays, plus favorable à d’autres. J’estime que, l’Allemagne a bénéficié de la mise en œuvre des règles très strictes du Pacte de stabilité et de croissance, et qu'elle a également bénéficié des politiques d’austérité. Dans l’étape que nous avons entamée, la Banque centrale européenne joue un nouveau rôle, avec une nouvelle politique monétaire et nous devons persuader nos amis allemands d’investir davantage au niveau national et de rééquilibrer un surplus commercial qui n’est pas viable, ce qui a également été souligné par la Commission européenne dans son dernier rapport sur l’Allemagne. Ces questions sont ouvertes et il faut les aborder.

Certains aspects des directives existantes sur le secteur bancaire méritent d’être modifiées parce qu’elles ont été mises en œuvre de façons différentes dans différents pays

RT : Selon le journal italien Il Sole 24 ore, 114 banques italiennes sur 500 sont en grave difficulté. L'Italie pourrait commencer à renflouer des banques avec des fonds publics, mais cela va à l’encontre des règles  européennes. Le gouvernement italien devrait-il le faire sans l’approbation de Bruxelles ou doit-il attendre que l’UE trouve une solution ?

S. G. : Bien sûr, au niveau européen, nous croyons qu’il y a certains aspects des directives existantes sur le secteur bancaire qui méritent d’être modifiées parce qu’elles ont été mises en œuvre de façons différentes dans différents pays. Cela montre clairement que toutes les règles actuelles ne sont pas efficaces et nous croyons que nous devons intervenir, pour réaliser notre part au niveau national. D’un autre côté, ces directives doivent être réexaminés. Je sais que la Commission européenne y travaille au niveau européen, avec une directive concernant la structuration des banques à l’intérieur de l’UE.

RT : En parlant des renflouements en général, le chef de l’Eurogroupe, a déclaré que les pays du sud de l’UE avaient dépensé leur argent en boissons et en femmes. N’est-ce pas ce qui est qui s'est passé en Italie aussi ?

S. G. : Le moins qu’on puisse dire, sur cette déclaration de Jeroen Dijsselbloem, c'est que elle était très malheureuse. Il est clair qu’il a prouvé qu’il n'était pas la personne adéquate pour ce poste et j’espère qu’il y aura un changement très bientôt. Certainement, ce n’est pas ce qui se passe en Italie ou dans tout autre pays. Cela n’a rien à avoir avec la réalité économique d’un pays comme l’Italie, c’est juste une déclaration stupide que vous n’auriez jamais cru pouvoir entendre de quelqu’un qui préside une organisation aussi importante que l’Eurogroupe.

Avec la sortie du Royaume-Uni cela devrait être plus facile de développer une politique de défense européenne et cela pourrait être un effet positif du Brexit

RT : D’abord, il y a eu la crise de la zone euro, puis la crise migratoire, maintenant vous avez dit que le Brexit était la dernière crise à laquelle l’Europe faisait face. Mais le Royaume-Uni s'est toujours tenu à l'écart des affaires de l’UE. Il a même bloqué quelques décisions communes importantes. Est-il possible que le Brexit renforce finalement l’UE ? 

S. G. : Il sera maintenant peut-être plus facile de donner une direction à certains projets et à certaines initiatives. Par exemple, en ce qui concerne la politique de défense et de sécurité. Avec la sortie du Royaume-Uni, il devrait être plus facile de développer une politique de défense véritablement européenne et cela pourrait certainement être un effet positif du Brexit. J'aurais préféré voir les Britanniques rester, mais il est également vrai qu’ils n’ont jamais pleinement fait partie de l’UE. Ils ont toujours fait un pas en avant, puis un pas en arrière. Maintenant, ils ont décidé de faire deux pas en arrière et de quitter l’UE. J'espère que certains projets recelant un important potentiel politique pourront être réalisés plus facilement sans les Britanniques.

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