À qui appartient le détroit d’Ormuz, passage clé pour l’énergie mondiale ?
Source: Gettyimages.ruSitué entre l’Iran et Oman, le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus stratégiques du monde. Chaque jour, des centaines de navires y transportent pétrole et gaz depuis les pays du Golfe. À la fois corridor énergétique majeur et espace disputé du droit maritime international, il demeure un point de tension permanent.
À qui appartient le détroit d’Ormuz ? La question revient régulièrement dès que les tensions s’intensifient au Moyen-Orient. Situé entre l’Iran et Oman, ce passage maritime est souvent présenté comme une voie internationale essentielle pour le commerce mondial de l’énergie. Pourtant, sur le plan juridique et politique, sa situation est plus complexe.
Le 28 février, après le début de l’opération militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’agence Reuters a évoqué un blocage du détroit. L’annonce a immédiatement suscité l’inquiétude sur les marchés et dans les capitales du monde entier. Car ce couloir maritime est considéré comme l’un des points les plus sensibles de l’économie énergétique mondiale.
Le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman et ouvre la route vers la mer d’Arabie. Situé entre la côte sud-est de l’Iran et la côte nord d’Oman, il constitue un passage maritime relativement étroit mais d’une importance stratégique majeure. Sa longueur est estimée entre 180 et 195 kilomètres, tandis que sa largeur varie généralement entre 55 et 95 kilomètres. Dans sa partie la plus étroite, entre l’île iranienne de Larak et l’archipel omanais d’As-Salama, elle ne dépasse pas 33 à 39 kilomètres.
Le statut juridique du détroit reste cependant sujet à interprétation. La majorité des États considère qu’il s’agit d’une voie de navigation internationale où la circulation maritime est protégée par le droit de la mer. Toutefois, ni l’Iran ni les États-Unis n’ont ratifié la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, ce qui entretient des divergences sur l’interprétation de ce régime.
Téhéran estime notamment qu’une partie du détroit relève de sa juridiction nationale. Selon la loi iranienne adoptée en 1993 sur les espaces maritimes du golfe Persique et de la mer d’Oman, la zone située dans la limite de 12 milles marins (22,2 kilomètres) est considérée comme faisant partie des eaux territoriales iraniennes. Dans ce cadre, l’Iran ne reconnaît que le principe du « passage inoffensif », ce qui lui permettrait théoriquement de restreindre la circulation en cas de menace militaire ou de situation d’urgence. Oman défend une position comparable pour la partie du détroit située dans ses propres eaux.
Cette ambiguïté juridique s’ajoute à une rivalité stratégique ancienne avec les États-Unis. Depuis les années 1980, la cinquième flotte américaine est stationnée à Bahreïn et patrouille régulièrement dans la région. Téhéran considère cette présence militaire comme une menace pour sa sécurité nationale, ce qui contribue à maintenir une tension permanente autour du détroit.
Si cette voie maritime attire autant l’attention, c’est surtout en raison de son rôle central dans le commerce énergétique mondial. Une part considérable des hydrocarbures exportés par les pays du golfe Persique transite par ce passage étroit. Entre 15 et 20 % du pétrole, des condensats et des produits pétroliers transportés dans le monde y passent. Le détroit est également crucial pour le gaz naturel liquéfié : plus de 30 % des flux mondiaux empruntent cette route.
Les pays asiatiques sont les principaux destinataires de ces cargaisons. En 2024, ils ont reçu 84 % du pétrole et des condensats transitant par le détroit, ainsi que 82 % du gaz naturel liquéfié. La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud figurent parmi les plus grands acheteurs. À eux seuls, ces quatre pays représentent près de 70 % du pétrole transporté par cette voie maritime. La Chine dépend particulièrement de ce passage, puisqu’environ un quart de ses importations de GNL y transitent.
Le trafic maritime y est extrêmement dense. Chaque jour, entre 200 et 300 navires franchissent le détroit. Aux heures de pointe, un navire peut apparaître toutes les six minutes. Malgré sa largeur pouvant atteindre près de cent kilomètres par endroits, les voies de navigation restent très étroites : deux couloirs d’environ deux milles marins chacun, séparés par une zone tampon.
Ainsi, la question « à qui appartient le détroit d’Ormuz » ne possède pas de réponse simple. Géographiquement partagé entre l’Iran et Oman, juridiquement revendiqué comme voie internationale par de nombreux États et stratégiquement surveillé par les grandes puissances, ce passage reste l’un des points les plus sensibles de la géopolitique mondiale.