Ce qui changera… et ne changera pas dans la diplomatie américaine avec l’avènement de Biden

Ce qui changera… et ne changera pas dans la diplomatie américaine avec l’avènement de Biden© Jonathan Ernst Source: Reuters
Joe Biden et Antony Blinken le 1er novembre 2013 à la Maison Blanche (image d'illustration).
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Dans un discours prononcé devant le Sénat, le futur secrétaire d’Etat américain Antony Blinken définira les grandes lignes de la stratégie diplomatique des Etats-Unis pour les quatre années à venir. Au menu Chine, Russie ou encore environnement.

Alors que Joe Biden sera investi le 20 janvier 2021 en tant que 46e président des Etats-Unis d'Amérique, son futur secrétaire d’Etat – équivalent du ministre des Affaires étrangères – Antony Blinken doit tenir un discours dans l’après-midi du 19 janvier devant les sénateurs, qui se prononceront d’ici quelques jours sur sa nomination.

Antony Blinken, qui fut secrétaire d'Etat adjoint entre 2015 et 2017, était depuis passé dans le privé. Selon un rapport publié en juillet par The American Prospect, il était chargé par la société WestExec d'aider les nouvelles entreprises à naviguer dans les eaux complexes de la bureaucratie afin de pouvoir gagner des contrats émis par le Pentagone.

Son allocution, largement diffusée par son équipe en amont de son audition, laisse entrevoir plusieurs changements dans la diplomatie américaine menée depuis 2016 par Donald Trump mais également certains points de convergence. Petit tour d’horizon ce qui changera dans le positionnement des Etats-Unis sur la scène internationale… mais également de ce qui ne changera pas.

Vers un retour de l'interventionnisme américain ?

Dans son discours, Antony Blinken, décrit par l’AFP comme un «interventionniste», devrait promettre de «défendre la démocratie et les droits humains». «Le leadership américain compte encore», devrait-il ajouter, comme pour insister sur la rupture avec l’administration précédente, qui avait volontiers abandonné le rôle de «gendarme du monde» – selon l’expression consacrée –  dévolu aux Etats-Unis pour raisonner en termes de realpolitik, n’offrant ainsi que très peu de place à l’idée selon laquelle les Etats-Unis devraient être un «guide» pour le reste de la planète.

Joe Biden ne s’en était d’ailleurs pas caché lors de la présentation de son équipe diplomatique le 24 novembre dernier. «C'est une équipe qui reflète le fait que l'Amérique est de retour, prête à guider le monde et pas à s'en retirer», avait-il alors fait valoir, consommant la rupture diplomatique avec son prédécesseur.

Petite nuance apportée toutefois par le futur successeur de Mike Pompeo : pas question selon lui de prendre des décisions unilatérales, mais bien de réfléchir, enfin en théorie, en concertation avec les membres de leurs «alliances fondamentales». «Ensemble, nous sommes en bien meilleure posture pour contrer les menaces», devrait-il faire valoir, rompant là encore avec la stratégie isolationniste défendue par Donald Trump. Reste à savoir si les alliés des Etats-Unis seront utilisés comme des faire-valoir ou auront réellement voix au chapitre dans les prises de décisions américaines.

Mais si sur le papier les Etats-Unis pourraient de nouveau se positionner en puissance interventionniste, le nouveau président américain devra d’abord régler un certain nombre de crises internes au pays, au premier rang desquelles le coronavirus mais également les injustices raciales ou encore les difficultés économiques rencontrées par les Etats-Unis en raison de la pandémie de Covid-19.

«Remporter la compétition avec la Chine»

Par ailleurs, dans son allocution, Antony Blinken devrait assurer vouloir «remporter la compétition avec la Chine», se plaçant ainsi dans la droite ligne de Donald Trump, qui avait lancé une guerre commerciale féroce avec l’Empire du milieu à partir de 2018. Entre augmentations des taxes douanières et pénalisation des accords entre entreprises chinoises et américaines, comme par exemple dans le cas de Huawei, carrément interdit de vendre sa technologie aux Etats-Unis, la diplomatie américaine marchera sur un fil. Le coronavirus venu de Chine n’aura rien arrangé aux relations entre les deux pays.

Alors, nouvelle guerre froide commerciale ? Ou volonté de discussion en vue d’une compétition assumée, mais plus apaisée ? Accusé par un certain nombre de républicains de se montrer «faible» à l’égard de la Chine, Joe Biden avait déclaré vouloir être «ferme» sur ce dossier qui déterminera, selon Bill Burns – nommé  à la tête de la CIA par le futur président – «le succès ou l'échec de la politique étrangère américaine».

Vers une dégradation des relations avec la Russie ?

Dans son discours, le futur secrétaire d’Etat devrait en outre pointer, au rang des «menaces», la Russie. Si Donald Trump a tenté durant son mandat un rapprochement avec Vladimir Poutine, rien ne laisse penser pour le moment que son successeur adoptera cette stratégie. Si aucune annonce n’a encore été faite dans un sens ou dans l’autre, les récentes sorties du camp démocrate ne semblent rien augurer de bon pour les relations russo-américaines.

Dernier épisode en date, dans un podcast 18 janvier et notamment relayé sans encombre sur Twitter (à l'inverse, par exemple, des contenus liés à QAnon), l'ancienne candidate démocrate malheureuse de 2016 Hillary Clinton recevait Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants et fer de lance des procédures de destitution engagées contre Donald Trump. Evoquant l'émeute du Capitole où des manifestants portant des drapeaux et scandant des slogans pro-Trump étaient parvenus à forcer les barrages, les soupçons des deux femmes politiques se sont rapidement portés sur un homme... Vladimir Poutine. «J'aimerais voir ses relevés téléphoniques pour voir s'il parlait à Poutine le jour où des insurgés ont envahi le Capitole», avait alors expliqué la femme de l’ancien président Bill Clinton.

Dans ce contexte, dur d’imaginer un réchauffement des relations entre les deux puissances, tant le camp Biden semble voir la main de la Russie dans tous les maux que traversent les Etats-Unis. Quoiqu’il en soit, un premier test grandeur nature devrait se présenter au nouveau président d’ici la fin du mois, les deux pays ayant jusqu’au 5 février pour prolonger – ou non – le traité de désarmement nucléaire New Start. Ce premier dossier épineux donnera sans doute en partie la teneur des futures relations russo-américaines.

Iran et Corée du Nord : les deux ennemis éternels

Deux autres «menaces» devraient être mises en lumière par Antony Blinken : la Corée du Nord et l’Iran. Sur le dossier nord-coréen, le président Donald Trump avait réussi à éviter une escalade des tensions, soufflant le chaud et le froid sur Pyongyang. Le président américain et son homologue Kim Jong-un s’étaient d’ailleurs rencontré plusieurs fois (en 2018 et 2019) et avaient même signé une déclaration commune qui, si elle ne bouleversait pas la donne, offrait un espace de discussion entre les deux nations. Donald Trump avait d’ailleurs été le premier président américain à franchir la frontière nord-coréenne lors de leur entrevue en juin 2019.

Dernière menace avancée par Antony Blinken : l’Iran. Alors que l’administration Obama avait ratifié accord de Vienne sur le nucléaire iranien en 2015, son successeur avait décidé d’en sortir de manière unilatérale en mai 2018 et de durcir les sanctions à l’égard de la république islamique. Un choix non sans conséquences qui aura participé à tendre les relations irano-américaines et aura permis à l’Iran de reprendre son programme d’enrichissement nucléaire. Si Joe Biden a promis durant sa campagne de revenir dans l’accord, rien ne dit que Téhéran coopérera et se pliera à la volonté de son ennemi historique. L’assassinat du général Soleimani début 2020 ayant encore exacerbé les antagonismes entre les deux pays et dans ce dossier, le duo Biden-Blinken marchera sur des œufs.

Un probable retour dans l’accord de Paris sur le climat

Enfin, l’administration Biden devrait évoquer le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat de 2016. Le 4 novembre dernier, comme promis par Donald Trump pendant sa campagne de 2016, et considérant que cet accord était voué à l’échec, les Etats-Unis avaient décidé de s’en retirer au motif qu’il représentait un «fardeau économique», selon les mots de Mike Pompeo.

Autant de défis pour la nouvelle administration Biden, qui devra dans un premier temps réunir un pays largement fracturé politiquement et socialement, en attestent les événements survenus le 6 janvier au Capitole.

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