La Syrie est un laboratoire pour tester les armes américaines à uranium appauvri

La Syrie est un laboratoire pour tester les armes américaines à uranium appauvri © Oleg Popov Source: Reuters
Un avion de combat américain, A-10 Thunderbolt II

Les Etats-Unis continuent d'utiliser des armes nucléaires, malgré les prohibitions et les risques. C'est de plus en plus difficlie à contrôler, car la plupart des opérations américaines sont clandestines, explique le journaliste Richard Labévière.

RT France : Le commandement américain a utilisé des armes à l'uranium appauvri en Syrie lors de ses opérations du 14 février. Pourquoi utiliser ce type d'armes en Syrie ?

Richard Labévière (R. L.) : A priori, selon les différentes sources, y compris des sources américaines, des obus ont été utilisés à la fois par des chars et des avions. On a utilisé des obus à l’uranium appauvri régulièrement en Syrie au cours des dernières années contre des objectifs blindés de l’Etat islamique.  On parle de plus de 100 000 obus. Ce sont des obus perforants, des obus flèches, destinés à percer les blindages de véhicules, mais aussi d’installations antichars et antiaériennes. Ce sont des armes qui sont classiquement utilisées. L’armée américaine a commencé à les utiliser massivement durant la première guerre du Golfe en 1991, et sur d’autres théâtres d’opérations. On va dire lors de guerres «humanitaires» en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, bien évidemment, massivement durant la guerre d’Irak durant le printemps 2003 de nouveau, soit à partir de blindés, notamment des chars, soit depuis des avions.

Les obus à la composante nucléaire sont régulièrement utilisés par l’armée américaine depuis le début des années 1990, chaque fois sur différents théâtres, qui servent de laboratoires 

En ce qui concerne la Syrie, ces armes à uranium appauvri ont été utilisées essentiellement par des chasseurs, des Fairchild A-10 Thunderbolt II, des avions qu’on appelle plus communément les Warthogs, ou les Hogs. Ce ne sont pas des chasseurs, à proprement parler, mais des avions de combat qui produisent un appui aérien rapproché pour des troupes au sol. On sait que de tels obus ont déjà été utilisés en Irak à partir d’avions américains basés au Koweït. Cela crédibilise effectivement l’utilisation de ces armes en Syrie, parce qu'il s'agirait de plus de 100 000 obus de ce type.

Ces obus sont liés à la composante nucléaire et sont destinés à être testés un peu plus largement et s’inscrire dans les programmes d’armes nucléaires ponctuels polarisés «Mini nuke», qui sont régulièrement utilisés par l’armée américaine depuis le début des années 1990, chaque fois sur différents théâtres, qui servent de laboratoires aux avancées de l’armement américain, notamment de ces armes à munitions appauvries, qui provoquent sans doute des dégâts. Des rapports non-publiés de l’Organisation mondiale de la santé se sont multipliés depuis le début des années 1990, pour expliquer comment l’usage de ces armes répandait durablement pour des milliers, sinon des millions d’années de l’uranium dans les nappes phréatiques, dans les écorces, les végétaux... et évidemment produisait des maladies de malformation sur les enfants, des leucémies, des cancers et autres.           

Une logique militaire peut justifier tout et n’importe quoi dans l’usage des armes nucléaires

RT France : Pourquoi utiliser en Syrie les armes dont on connaît les effets négatifs à long terme ? Cela est-il justifié ?

R. L. : Sur le plan rationnel, on peut faire des expertises et des contre-expertises. Dans l’absolu, sur un plan strictement opérationnel, les Etats majeurs qui mènent des opérations en Irak, actuellement à Mossoul, ou en Syrie pour reprendre Raqqa à l’Etat islamique, vont justifier l’usage de ces armes, considérant que l’Etat islamique est doté de blindés, et d’abris antiaériens fortement blindés. Donc une logique militaire peut justifier tout et n’importe quoi dans l’usage de ces armes.

Ce qui est intéressant c’est qu’on peut toujours considérer faire une guerre plus conventionnelle sans utiliser ces armes. On peut toujours éviter de les utiliser, parce que, encore une fois, l’usage massif de ces armes pendant la première guerre du Golfe a été fortement critiqué et contesté à l’époque, car il a provoqué des syndromes après la guerre, y compris chez des anciens combattants et militaires américains. On voit ce que cela a provoqué en ex-Yougoslavie et sur d’autres théâtres d’opérations. Sur un plan strictement militaire on pourrait utiliser d’autres types d’armes.

Le justificatif dans le choix de l’usage de ces armes par l’armée américaine, en l’occurrence en Syrie, c’est qu’ils sont régulièrement utilisés par la chasse israélienne à Gaza et sur les territoires palestiniens occupés. Chaque fois la justification plus que des militaires, vient des ingénieurs de l’armement, qui préconisent d’utiliser des conflits de basse intensité comme des bancs d’essai, des laboratoires à ciel ouvert. Et il est clair qu’aujourd’hui les forces américaines engagées en Syrie et en Irak utilisent ces théâtres d’opérations encore une fois comme des laboratoires pour tester leurs armements de nouveau type et faire avancer leur recherche appliquée dans la modernisation de ce nouveau type d’armement.

l’Organisation mondiale de la santé pourrait solliciter une enquête internationale sur l’usage massif des ces armes par l’aviation américaine, et l’AIEA devrait l’ouvrir

Le problème aujourd’hui c’est qu'on a suffisamment d’éléments factuels pour affirmer que ces armes ont été utilisées par des avions américains. A tout le moins, l’Organisation mondiale de la santé des Nations unies, qui a signé une convention avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pourrait solliciter une enquête internationale sur l’usage massif des ces armes par l’aviation américaine, et l’AIEA devrait l’ouvrir.

RT France : Croyez-vous que ces armes seront de nouveau utilisées en Syrie par l’armée américaine ?

R. L. : C’est difficile à dire, parce que généralement, l’usage de ces armes est classé «top secret». Via différentes sources, cela peut être révélé et confirmé. Il faut espérer que l’information qui est produite sur l’engagement de ce type d’armement déclenche une campagne internationale suffisamment dissuasive pour que l’usage de ces armes cesse momentanément. Toutefois, les opérations américaines sont largement clandestines et utilisent des forces spéciales, des drones, des bombardiers furtifs, et il est tout à fait difficile, voir impossible, de vérifier quels types d’armement sont utilisés.

C’est toujours extrêmement difficile de contrôler dans un cadre opérationnel complexe, quels types d’armes sont engagés et utilisés

Il y a d’autres types d’armes prohibés par la convention de Genève, qui sont utilisés dans ce conflit, comme des armes à sous-munitions, toute une série d’armements prohibés qui avaient été utilisés largement par la chasse israélienne pendant les bombardements de civils à Gaza. C’est toujours extrêmement difficile de contrôler dans un cadre opérationnel aussi complexe que celui de l’Irak ou de la Syrie, quels types d’armes sont clairement engagés et utilisés. Dans la plupart des cas, ces opérations sont classifiées, ils engagent des bombardiers furtifs, des forces spéciales et des drones, dont l’usage est largement classifié.   

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