Theresa May a maté Donald Trump... Mais qui l'a emporté ?

Theresa May a maté Donald Trump... Mais qui l'a emporté ?© Carlos Barria Source: Reuters
Donald Trump et Theresa May

La rencontre entre les deux dirigeants annonce le retour à la «relation spéciale». Mais Trump a-t-il vraiment été dompté par Theresa May ? L'avenir des relations américano-russes le montrera, indique le journaliste Finian Cunningham.

La réunion entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre britannique Theresa May était annoncée comme celle d'un «couple bizarre». Après leur conférence de presse aimable et le comportement remarquablement maîtrisé de Donald Trump, la dirigeante britannique a le droit d'éprouver de la satisfaction.

Avant d’arriver aux Etats-Unis pour sa rencontre avec Donald Trump, la première réunion officielle de ce dernier avec un dirigeant étranger, Theresa May aurait subi une pression de l'intérieur du Royaume-Uni. C'est devenu encore plus le cas, lorsque Donald Trump a provoqué une tempête avec son décret concernant le Mexique et les pays arabes, qui impose des restrictions migratoires controversées, et en faisant des commentaires en faveur des méthodes de torture illégales. Elle a été accusée de «soumission».

Il semblait que la prude Theresa May, fille d'un vicaire anglais ressemblant à une directrice d’école, se dirigeait vers un désastre de relations publiques, face à la star milliardaire de la télé-réalité devenu président.

Quand les deux dirigeants ont donné la conférence de presse, il semblait que la «directrice» avait réellement discipliné le turbulent Donald Trump

Sur sa route vers Washington, elle a voulu se convaincre que ce défi du couple bizarre était réalisable, en soutenant aux journalistes que les opposés s’attiraient parfois.

Il est curieux que lorsque les deux dirigeants ont donné leur conférence de presse dans l’aile est de la Maison Blanche, il a semblé que la «directrice» avait réellement maté le turbulent Donald Trump. Les médias américains ont remarqué avec étonnement à quel point le président paraissait «modéré». Il se comportait bien, poliment, respectait le scénario et a réussi à n'insulter personne. Donald Trump, la grande gueule, a été, semblait-il, apprivoisé.

Cela est important pour Theresa May et elle peut dire que sa mission est accomplie. Elle est venue à Washington principalement pour deux choses : obtenir de Donald Trump un engagement sur le commerce bilatéral entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et son soutien complet envers l'alliance militaire qu'est l'OTAN. Elle peut dire qu’elle a obtenu les deux.

Donald Trump a donné sa «bénédiction» à la décision britannique de quitter l’Union européenne, en déclarant que les deux pays pourraient s'attendre à signer de futurs accords commerciaux. C'était important pour Theresa May de s'en assurer à la lumière de son plan dévoilé la semaine dernière pour un «Brexit ferme», dans le cadre duquel la Grande-Bretagne compte se désengager du marché unique européen.

Theresa May a également, paraît-il, persuadé Donald Trump d'accorder un soutien «à 100%» à l'OTAN. Ses précédentes attaques cinglantes, quand il a qualifié le pacte militaire transatlantique d'«obsolète», avaient soulevé des inquiétudes chez les partenaires européens, qui craignaient que l’administration Trump puisse renoncer à y participer.

Il reste à voir si Donald Trump et Vladimir Poutine pourront avoir une relation cordiale après leur première conversation téléphonique

Le Premier ministre britannique a déclaré : «Nous sommes unis dans notre reconnaissance de l’OTAN en tant que rempart de défense, et aujourd'hui nous avons réaffirmé notre engagement inébranlable en cette alliance... Monsieur le Président, vous avez confirmé que vous êtes à 100% derrière l’OTAN.»

En bonus, Theresa May a même, paraît-il, poussé Donald Trump à prendre une position plus ferme envers la Russie. Même si Donald Trump appelle toujours à des relations amicales avec Moscou, il a semblé d’accord avec Theresa May pour dire qu'il était trop tôt pour évoquer la levée des sanctions sur la Russie. Le président américain a également fait part de ses réserves quant à la possibilité d'avoir de bonnes relations avec le dirigeant russe Vladimir Poutine, alors que cela ne faisait encore que peu de doutes très peu de temps auparavant.

Il reste à voir si Donald Trump et Vladimir Poutine pourront avoir une relation cordiale après leur première conversation téléphonique.

Comment Theresa May a-t-elle réussi à apprivoiser le magnat ? Dites ce que vous voulez sur les personnalités politiques britanniques, mais ils savent comment mener une offensive de charme. Ou ils savent plaire lorsque cela leur est nécessaire.

Lors de son discours d’échauffement avant la rencontre avec Donald Trump, le Premier ministre britannique a parlé devant la convention républicaine à Philadelphie. Elle a, bien sûr, évoqué Winston Churchill, le dirigeant britannique de l'époque de la guerre qui a inventé l’expression «relation spéciale» entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en 1946. Et elle a rappelé ce lien au moins huit fois lors de son discours.

Theresa May a clamé à son auditoire : «Alors que nous retrouvons ensemble notre confiance – tout comme nous, vous êtes en train de renouveler votre nation –nous saisissons l'opportunité, la responsabilité, de renouveler la relation spéciale qui nous unit pour cette nouvelle ère. Nous avons la possibilité d'être les leaders, ensemble, encore une fois.»

Une bonne vieille rengaine britannique qui marche à chaque fois chez les Américains. Et en ce qui concerne Trump, qui est un grand amateur de Churchill, May a certainement touché là une corde sensible.

Le jour suivant, Trump et May ont participé à une séance photo à la Maison Blanche, où ils se sont serrés la main devant un buste de Winston Churchill. Plus tard, lors d’une conférence de presse, Trump a déclaré : «Nous nous engageons à toujours maintenir ces relations spéciales, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ensemble sont un phare de prospérité et veillent à la primauté du droit.»

Theresa May semble avoir eu du succès dans sa propre version de l’«art de la diplomatie» de Donald Trump, parce que, en substance, il n’a pas fait de concessions

Trump n’a pas dit simplement «spéciale». Les relations sont maintenant «très spéciales». C’était peut-être quand May a offert un «quaich» à Trump – une coupe traditionnelle écossaise, car sa mère venait d’Ecosse – cela l’a fait basculer dans le sentimentalisme.

Toutefois, la vérité c’est que May semble avoir eu du succès dans sa propre version de l’«art de la diplomatie» de Trump, parce que, en substance, il n’a pas fait de concessions.   

Quant au commerce bilatéral, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont déjà des relations solides, avec des droits de douane bas pour les exportations entre les deux pays. Alors Trump n'apporte pas grand-chose de nouveau pour la Grande-Bretagne, dans le cadre des nouvelles opportunités commerciales. Ce que les Britanniques perdent sur le plan économique, en sortant du marché unique européen, ne sera pas compensé par les Américains, étant donné que les rapports commerciaux entre les deux pays sont déjà bien développés. Quant à la conclusion d’un accord bilatéral de libre-échange, cela pourrait prendre des années avant d’y parvenir, et uniquement après que la Grande-Bretagne sera sortie officiellement de l'Union européenne, ce qui n'est pas sûr d'être effectif avant la fin du mandat de Donald Trump.

En ce qui concerne le «retrait» de l’engagement de Trump de l’OTAN, dans ce cas aussi, le leader britannique a enfoncé les portes ouvertes. Le général James Mattis, secrétaire à la Défense de Trump, a déclaré catégoriquement plus tôt cette semaine que l’alliance militaire dirigée par les Etats-Unis était aussi essentielle pour la politique étrangère de Washington qu’avant.

Qui plus est, le porte-parole des Affaires européennes américain, Ted Malloch, a annoncé à la BBC la semaine dernière que le président était pleinement engagé dans l’OTAN, et ce qu’il sous-entendait par «obsolète» n’était en aucun cas un abandon, mais plutôt le souhait de voir les 27 autres pays membres verser plus d’argent à l’alliance.

Loin des concessions de Trump sur le sujet de l’OTAN, il semblait au lieu de cela que May était à ses ordres. Elle a déclaré lors de la conférence de presse : «J’ai consenti à poursuivre mes efforts pour persuader mes homologues européens de consacrer 2% de leur PIB à la Défense, afin de s’assurer que chacun contribue équitablement à la tâche.»

Les Etats-Unis ont l'habitude de sortir le carnet de chèques en ce qui concerne l’OTAN – à hauteur de près de 70% du budget. En homme d’affaire astucieux, Trump tord le bras des autres membres afin qu'ils payent plus, tandis que l’OTAN servira toujours d'outil de projection transatlantique du pouvoir américain.

Malgré les avertissements condescendants de la Grande-Bretagne envers Poutine du genre «collaborez si vous voulez, mais prenez garde», Trump appelle néanmoins toujours à l’établissement de relations positives avec la Russie.

En réponse à une question du journaliste, Trump a déclaré : «Nous avons eu des discussions vraiment intéressantes et très productives. Mais si nous pouvons avoir des relations excellentes avec la Russie, avec la Chine et avec tous les pays, je suis tout à fait d’accord. Ce serait formidable. Il n’y pas de garanties, mais si nous réussissons, cela serait un point positif, et non pas négatif. OK ?»

La façon dont Trump va traiter avec la Russie et Vladimir Poutine sera le révélateur qui montrera à quel point la «directrice» britannique a dompté le«rétif» président américain. 

Du même auteur : Amnésie de l'Occident de la Seconde Guerre mondiale et l’OTAN qui imite l’Allemagne nazie

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