«On pourrait facilement vivre sans OTAN»

«On pourrait facilement vivre sans OTAN»© Kacper Pempel Source: Reuters
Les forces de l'OTAN en Pologne, janvier 2017

La démobilisation de l'OTAN, dont le comportement est actuellement extrêmement provocateur, serait une bonne idée, car cela permettrait une désescalade de l'état de guerre en général, selon Gerry Sussman, professeur à l'université de Portland.

RT : Pourquoi l'attitude critique de Donald Trump à l'égard de l'UE et de sa politique migratoire a déclenché une telle réaction ?

Gerry Sussman (G. S.) : D'abord, il n'est pas encore président. Comme l'a dit John Kerry, il n'est sans doute pas approprié pour un président élu qui n'est même pas encore à la Maison Blanche de faire ouvertement des commentaires avant son investiture, de consulter des conseillers et le public américain, d'interférer dans les affaires. Encore une fois, c'est un aspect de l'intervention américaine dans les affaires d’Europe et d'autres parties du monde, ce qui est une sorte de problème générique. C'est lié en fin de compte à la politique étrangère américaine et avec son complexe de superpuissance par rapport aux autres pays. Je peux donc comprendre le point de vue de l'Europe à ce sujet.

Le président élu a l’habitude de dire des choses qu’il peut regretter après

RT : Que pouvez-vous dire des propos de Manuel Valls qui a comparé les remarques de Donald Trump à une déclaration de guerre ?

G. S. : Comme l’ont noté beaucoup de personnes, le président élu a l’habitude de dire des choses qu’il peut regretter après. Nous ne savons pas s’il faut prendre cela au sérieux, il change si souvent d'avis d'un jour à l'autre. Il fait des déclarations sur des sujets, sans leur donner l'attention nécessaire ni les étudier soigneusement. C’est sa personnalité et nous devrons vivre avec pendant les quatre prochaines années. Qualifier cela de déclaration de guerre est peut-être aller un peu trop loin, mais cela peut être un motif de préoccupation pour les Européens concernant leur futur et leurs relations avec les Etats-Unis.

RT : Donald Trump a également félicité la Grande-Bretagne pour sa décision de quitter l’Union européenne. Qu'en pensez-vous ?

G. S. : Il n’est pas la première personne à commenter le sujet du Brexit. Vous vous souvenez que le président Obama appelait les électeurs britanniques à voter pour le «maintien». Ce n'est pas malvenu pour Donald Trump de le faire, après l'interférence de Barack Obama dans ce processus. Je suis sûr que beaucoup de citoyens britanniques en voulaient au président Obama pour avoir fait la même chose. Il s’agit encore une fois de l’arrogance d’une superpuissance.

C’est un comportement très agressif et dangereux de l’OTAN que nous voyons

RT : Que pensez-vous de l’avenir de l’OTAN, que les dernières déclarations de Donald Trump ont qualifiée d'obsolète ?

G. S. : Tous les analystes raisonnables voient que l’OTAN a envoyé des troupes tout au long de la frontière russe, c’est extrêmement provocateur,  tout en accusant la Russie de déployer ses propres troupes sur la frontière. C’est un comportement très agressif et dangereux de l’OTAN de se comporter ainsi. Je pense que l’OTAN n’a pas de raison d'agir de la sorte, il n'y a pas de provocation qui justifie cela.

Je crois qu’on pourrait facilement vivre sans OTAN, cela réduirait des dépenses, mais cela doit faire partie d'une politique plus large de désescalade de l'état guerre en général et non seulement du ralentissement des préparations pour la guerre aux Etats-Unis mais aussi des ventes massives d’armements américains, poussant de cette manière-là d’autres pays à des actes bellicistes. Je pense que la démobilisation de l’OTAN serait une bonne idée. Je ne vois pas de menace réelle aux Etats-Unis ou à l’Europe provenant de la Russie. De l’autre côté, à mon avis, la Russie a assez de raisons pour craindre les nouvelles politiques de l’OTAN. On ne peut pas imaginer que les forces russes soient sur la frontière canadienne ou mexicaine. Qu’en penseraient les Américains ? Nous le savons, parce qu'en 1962 a eu lieu la crise des missiles de Cuba et la réaction américaine a été radicale. Pourquoi ne pouvons-nous pas comprendre la façon dont les Russes perçoivent l'OTAN. Nous ne savons pas si le président élu Donald Trump va continuer avec cela ou pas, mais nous voyons qu’il est maintenant sous une énorme pression pour changer son orientation politique dans les relations avec la Russie et cela est déjà en train de se passer. On ne sait pas s’il sera assez fort, ou si une personne peut-être assez forte, pour résister à ce qu'on appelle le complexe militaro-industriel.

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