Vers une refonte de l'OTAN sous Donald Trump ? «Il y aura beaucoup de résistance»

Vers une refonte de l'OTAN sous Donald Trump ?  «Il y aura beaucoup de résistance»© Kacper Pempel Source: Reuters
Des soldats américains et polonais participent à un exercice de l'OTAN en Pologne - Images d'archives.

Dans un entretien, Donald Trump énonce sa vision de l'OTAN. Mais est-il en mesure de l'appliquer ? Pour Djorde Kuzmanovic, celui qui n'a été élu «ni empereur, ni roi» devra avant tout convaincre les autres composantes politiques des Etats-Unis.

RT France : Dans un entretien au Times et au Bild, le président élu américain Donald Trump a décrit l'OTAN comme obsolète et à repenser. Peut-on s'attendre à une refonte de cette organisation ? Donald Trump en a-t-il les moyens ?

Djordje Kuzmanovic (D. K.) : Je pense qu'il faut attendre. De notre point de vue c'est une très bonne nouvelle. Nous considérons également que c'est une institution obsolète. Mais Donald Trump n'a été élu ni empereur ni roi, il y a l'Etat profond américain. Celui qui sera bientôt l'ex-directeur de la CIA John Brennan a déclaré que Donald Trump faisait fausse route sur l'OTAN. Je pense qu'il y aura beaucoup de résistance à cette initiative. Sans oublier qu'en ce moment, il y a un déploiement assez massif de troupes américaines en Europe de l'est notamment en Pologne, en Roumanie et en Bulgarie. Il faudra attendre de voir après son investiture. Donald Trump marque pour l'instant clairement une orientation politique qui est une tradition aux Etats-Unis. Il n'y a rien de nouveau, cela peut faire penser à la politique wilsonienne. Il faudra voir s'il pourra la mettre en œuvre et si les autres composantes de l'Etat américain le laisseront aller jusqu'au bout de cette initiative.

La Grande-Bretagne est un allié des Etats-Unis depuis toujours, cet accord bi-latéral tombe sous le sens

RT France : Dans son interview, Donald Trump encense le Brexit et évoque la création d'un accord commercial avec la Grande-Bretagne puis fustige Angela Merkel notamment pour sa politique migratoire. L'Union européenne doit-elle craindre de ne plus être un allié de choix pour les Etats-Unis ?

D. K. : Là aussi, il faudra attendre de voir Donald Trump véritablement au pouvoir. La remarque qu'il a pu faire sur la politique migratoire d'Angela Merkel recoupe son programme politique, sans oublier que l'entretien était co-mené par un journaliste allemand du Bild. Cela explique pour moi cette sortie. De même, ses propos sur le Brexit semblent aller dans le sens de son orientation politique. Il semble être contre les traités de libre-échange - je dis «il semble», car cela peut changer. Mais la Grande-Bretagne est un allié des Etats-Unis depuis toujours, cet accord bi-latéral tombe sous le sens. Je pense qu'il aurait été tout autant fait avec Hillary Clinton compte tenu de l'importance stratégique de la Grande-Bretagne pour les Etats-Unis. Il n'y a rien de très nouveau là-dedans. Pour l'Union européenne, il risque d'y avoir un certain nombre de changements mais c'est à voir car de nombreux accords sont déjà en cours. L'avenir nous dira quelle place pourra avoir l'UE dans la vision diplomatique de Donald Trump. 

S'il y a un retrait des batteries anti-missiles, tous les autres problèmes devraient se résoudre assez rapidement entre les Etats-Unis et la Russie.

RT France : Donald Trump a déclaré qu’il lèverait les sanctions s'il parvenait à trouver un accord avec la Russie sur la réduction du potentiel nucléaire. Un tel accord entre les Etats-Unis et la Russie est-il réalisable ?

D. K. :  Oui, cela pourrait être réaliste et très souhaitable pour éviter les grosses frictions que représente le conflit larvé entre les Etats-Unis et la Russie et dont n'en auraient à pâtir que les Européens qui ont dans ce domaine assez bêtement suivi les Etats-Unis. Maintenant est-ce qu'il sera possible de mettre un tel accord en place ? Cela dépendra des autres composantes de l'Etat américain et de leur volonté de suivre cette nouvelle orientation. Il est indéniable que si cela se fait, les Européens suivront. Il serait assez étonnant de maintenir des sanctions dans ces circonstances qui de plus nuisent plus aux Européens qu'aux Américains. Cet accord nécessiterait également de trouver une solution au conflit en Ukraine mais également une solution au déploiement des batteries anti-missiles initié par Barack Obama en 2012 et signé par François Hollande. C'est le grand problème dans les relations russo-américaines. Je pense qu'effectivement s'il y a un retrait des batteries anti-missiles, tous les autres problèmes devraient se résoudre assez rapidement entre ces deux pays. 

La France est considérée comme ce qu'elle est pour les Etats-Unis : un petit Etat

RT France : Est-ce surprenant que dans cet entretien tourné autour de l'Europe, Donald Trump n'ait pas fait mention de la France ?

D. K. :  Pas du tout ! La France, à cause de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, a perdu son statut de puissance certes intermédiaire mais faisant le pont entre différents blocs, en particulier entre la Russie et les Etats-Unis. Elle a abdiqué ses capacités stratégiques telles que les avaient défendues le général de Gaulle. La France est considérée comme ce qu'elle est pour les Etats-Unis : un petit Etat. Il n'y a donc pas de raison de particulièrement la mentionner. L'Europe est pour le moment menée par l'Allemagne. L'euro est construit pour servir l'industrie allemande et, sur le plan géostratégique, c'est un pays fort qui a réussi à créer un espace au cœur de l'Europe que la diplomatie bismarkienne appelait «la Mittle Europa». Donald Trump s'adresse au bon interlocuteur. L'interlocuteur fort en Europe, c'est l'Allemagne.

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