Amnésie de l'Occident de la Seconde Guerre mondiale : l’OTAN imite l’Allemagne nazie

Amnésie de l'Occident de la Seconde Guerre mondiale : l’OTAN imite l’Allemagne nazie© Kacper Pempel Source: Reuters
Les soldats américains en Pologne, 14 janvier 2017

Des chars se déplacent aux frontières russes sous prétexte de défense – l’histoire l’a déjà vu. Le journaliste Finian Cunningham appelle l’OTAN et les Etats-Unis à ne pas répéter les actions allemandes qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale.

L’accumulation des forces de l’OTAN en Europe, la plus importante depuis la guerre froide, a été accueillie avec des acclamations officielles en Pologne et une couverture positive dans des médias occidentaux, mais l'insouciance du discours public en Occident nous fait penser à une amnésie collective par rapport à l'horrible passé du continent.

Jusqu'à 4 000 soldats américains et des centaines de chars Abrams et de véhicules blindés sont entrés en Pologne après avoir débarqué en Allemagne, la semaine dernière. La plupart des soldats proviennent de la 3e Brigade blindée de la division de Fort Carson, Colorado. Ils représentent les meilleures unités d’assaut de l’armée américaine.

Ce n'est que la dernière escalade militaire depuis que les Etats-Unis ont lancé avec leurs partenaires de l'OTAN, en avril 2014, l'opération Atlantic Resolve. Cette opération est expliquée comme résultant du conflit en Ukraine qui, selon les accusations de Washington et ses alliés, est dûe à l’ingérence russe.

Un commandant américain, colonel Christopher Norrie, a annoncé récemment : «L’objectif principal de notre mission est la dissuasion et prévention des menaces.»

Cette opinion a été reprise par la ministre de la défense de Pologne, Antoni Macierewicz, prétendant que les renforts militaires permettraient de contrôler la prétendue ingérence russe en Europe.

Des hommes politiques polonais et baltes semblent se réjouir du paranoïa envers la Russie

«Le pouvoir de veto de la Russie en Europe centrale, en Pologne, a expiré une fois pour toutes», a déclaré Antoni Macierewics, ardent défenseur de l’élargissement de l’OTAN dans la région.

Après neuf mois d’exercices en Pologne, les troupes américaines feront un pivot vers les pays baltes - la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie, ainsi que la Bulgarie et la Roumanie.

Les déclarations sur la «dissuasion» et la «défense» à l'égard de l'escalade des militaires américains sur les frontières russe faites par les responsables de Washington et des gouvernements européens, sont sans aucun doute amplifiées par les médias occidentaux.

Des hommes politiques polonais et baltes semblent se réjouir de la paranoïa envers la Russie, craignant une invasion revancharde à la soviétique, malgré les déclarations répétées de Moscou qu'il n'a pas de projet agressifs à l'égard de ses voisins de l’Ouest.

Le conflit en Ukraine et plus tôt en Géorgie en 2008, peuvent s’expliquer sans doute par le fait que les Etats-Unis et les pays européens s’étaient ingéré dans les affaires intérieures de ces pays. Accuser uniquement la Russie de ces conflits est au moins déplacé. Pourtant cette prémisse douteuse est ensuite utilisée pour «justifier» l’escalade des forces de l’OTAN le long du flanc ouest de la Russie.

Washington, l'Europe et l’OTAN ont aggravé le clivage dans les relations avec la Russie, en rejetant le dialogue, en imposant à plusieurs reprises des sanctions économiques et diplomatiques, en accusant la Russie des cyber-attaques contre les systèmes électoraux et en diabolisant les dirigeants russes les présentant comme des «assassins et criminels de guerre».

Sans aucune preuve, c'est devenu un article de foi parmi les responsables occidentaux et les médias que la Russie sous le Président Vladimir Poutine a orchestré un plan malveillant visant à casser les relations dans la région Atlantique, à briser l’OTAN et à désintégrer l’Union européenne.

Donald Trump est certainement une bouffée d'air frais par rapport à la mentalité éventée et fétide qui dominait jusque là à Washington

Récemment, le général James Mattis, candidat au poste du secrétaire de la défense dans la nouvelle administration de Donald Trump, a dit lors de son audience de confirmation au Congrès que la Russie était la plus grande menace à l'ordre mondial dirigé par les Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale.

Le nouveau président américain, Donald Trump, ne semble pourtant pas partager ce point de vue antagoniste vis-à-vis de la Russie. Ces derniers jours, il a laissé entendre qu'il serait prêt à lever des sanctions américaines imposées sur Moscou et qu'il était prêt à rencontrer Vladimir Poutine pour les négociations.

Donald Trump est certainement une bouffée d'air frais par rapport à la mentalité éventée et fétide qui dominait jusque là à Washington et par conséquent chez ses subalternes, et revenait à traiter la Russie comme un ennemi.

Même si l'engagement de déployer plus de troupes américaines en Europe a été pris sous l’administration de Barack Obama, on se demande si certaines parties de l'establishment américain essaient de promouvoir cette politique de provocation en vue de contrecarrer toute tentative de détente qui pourrait adoptée par la nouvelle administration de Donald Trump.

Moscou a critiqué les récentes accumulations de forces américaines comme une menace pour sa sécurité. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré : «Ces actions menacent nos intérêts, notre sécurité. Surtout lorsque c'est une tierce partie qui renforce sa présence militaire près de nos frontières.»

Convaincant et non sans raison, Dmitri Peskov a ajouté : «N’importe quel pays peut et va percevoir de façon négative le renforcement d'une présence militaire étrangère le long de ses frontières. C'est comme ça qu'on le voit, que ce soit mille ou dix mille soldats, c'est la même chose.»

Il semble bizarre que les protestations de la Russie contre la consolidation incessante de la puissance militaire américaine à ses portes rencontrent une apparente incrédulité à l’Ouest

Moscou a invité l'administration de Donald Trump à participer aux pourparlers de paix sur la Syrie qui se tiendront à Astana, capitale du Kazakhstan, le 23 janvier, trois jours après l’inauguration de Donald Trump - c'est un signe que la Russie n'exclut pas la possibilité de normaliser les relations avec les Etats-Unis – malgré l’escalade militaire provocatrice à ses frontières.

Il semble bizarre que les protestations de la Russie contre la consolidation incessante de la puissance militaire américaine à ses portes, y compris les nouveaux systèmes des missiles en Roumanie et en Pologne rencontrent un apparente incrédulité à l’Ouest, pour ne pas dire un rejet cynique.

Les mouvements des troupes et des chars américains de l'Allemagne en Pologne ont été couverts par les médias occidentaux comme une sorte d'acte chevaleresque de protection des alliés par les Américains.

L'Europe semble endormie devant le danger que représente un tel militarisme dans les relations entre deux forces possédant des armes nucléaires. Un continent qui a déclenché deux guerres mondiales et semble incroyablement amnésique quant au danger de conflagration.

Pour mesurer cette apparente amnésie collective, on peut se souvenir du décès de Clare Hollingworth, journaliste vétéran anglais, qui a disparu cette semaine à l'âge de 105 ans. Clare Hollingworth a publié en 1939 «le scoop du siècle», lorsqu'il a annoncé l'invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale. Le titre du son article original dans le journal britannique Daily Telegraph, publié le 29 août 1939, était : «1 000 chars se massent à la frontière polonaise.»

Au milieu des hommages des médias rendus au journaliste décédé, la référence aux événements contemporains était absente. La même semaine ou Clare Hollingworth a disparu, des chars sont de nouveau entrés en Pologne depuis l'Allemagne, mais cette fois dirigés par les forces américaines. Mais les médias occidentaux n'ont pas vu le lien.

La Russie peut évidemment voir la militarisation otanienne de l'Europe dirigée par les Etats-Unis de façon objective, comme une menace pour la stabilité et une provocation à la guerre ouverte

Dans cet isolement inconscient par rapport aux événements qui ont déclenché la Seconde Guerre mondiale il y a 78 ans, les médias occidentaux nous informent que les chars américains sont en «mission de dissuasion et de prévention des menaces.»

Les propagandistes nazis avaient avancé les mêmes explications fallacieuses prétendant agir pour se défendre, lorsque le Wehrmacht faisait entrer ses chars des les pays européens voisins.

La Russie peut évidemment voir la militarisation otanienne de l'Europe dirigée par les Etats-Unis de façon objective, comme une menace pour la stabilité et une provocation à la guerre ouverte.

Pourquoi l'opinion publique occidentale ne semble pas au courant du danger qui se présente ? Pourquoi cette même opinion publique semble accepter le discours officiel d'«actions pour la défense», alors qu'en réalité ce sont des «actions pour l'offensive» ?

On peut probablement en déduire que ce manque critique d'idées est dû à l'inculcation et l’endoctrinement systématique effectués par les gouvernements occidentaux, les médias de masse serviles et des think-tanks financés par des sociétés, qui ont toutes des intérêts particuliers à attiser les tensions avec la Russie.

L'inculcation et l'endoctrinement à l'Ouest ? Une incrédulité envers cette revendication prouve tout simplement à quel point la «gestion de la perception» orchestrée en Occident est efficace.

Après tout, ce sont les pirates russes qui ont fait élire Donald Trump aux Etats-Unis, non ? Et les troupes russes stationnées sur leur sol menacent l’Europe, alors que les forces américaines qui sont à des milliers des kilomètres de leur territoire et qui s'amassent sur les frontières de la Russie «maintiennent la paix» ?

Il y a un mot pour une approche pareille : «amnésie».

Lire aussi : Forces américaines en Pologne : une démarche aux antipodes de l'isolationnisme proné par Trump

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