«Des gens de gauche prônent la soumission devant la violence qui menace l'Europe»

François Hollande parle aux journalistes lors du sommet extraordinaire des dirigeants de l'Union européenne au sujet de la crise des migrants à Bruxelles le 23 septembre 2015.© Eric Vidal Source: Reuters
François Hollande parle aux journalistes lors du sommet extraordinaire des dirigeants de l'Union européenne au sujet de la crise des migrants à Bruxelles le 23 septembre 2015.

Viols à Cologne, incendies des églises en Seine-et-Marne, etc. A de tels sujets on ne dit pas la vérité au public, estime Dominique Jamet, vice-président de Debout la France. Dans son interview il décrit pour RT les détails de cette situation.

RT France : Vous avez indiqué en revenant sur les viols à Cologne ou les incendies de deux églises en Seine-et-Marne, qu’à ces sujets on ne dit pas la vérité, car elle dérange. Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ?

Dominique Jamet (D.J.) : D’une manière générale, la guerre et l’information ne font pas bon ménage. Dès qu’il y a une guerre ou la situation que nous connaissons actuellement, qui est proche de la guerre, des phénomènes de censure, d’autocensure se manifestent. Je crois que nous sommes à l’heure actuelle en France et dans d’autres pays dans cette situation.

La police suédoise, de l’un des pays réputé le plus démocratique de la Terre, a essayé de cacher des incidents semblables à ceux de Cologne pendant quelques jours. De la même manière, l’information a été dans un premier temps minorée et dans un deuxième temps révélée puis amplifiée à propos des incidents qui ont eu lieu en Allemagne, à Cologne, à Hambourg, à Munich, à Stuttgart, à Berlin. Cela montre bien qu’il y a une tendance à l’heure actuelle en fonction de la menace terroriste, à essayer de cacher, de dissimuler et de sous-évaluer certaines actions.

La raison en est simple : c’est que, à tort ou à raison, un certain nombre d’autorités publiques considère que dire la vérité révélant dans son ampleur tel ou tel type d’incident, nuirait au moral de la population, affolerait les gens, créerait peut-être les conditions d’affrontement entre telles ou telles communautés.

C’est pourquoi manifestement la tendance générale dans l’Europe de l’Ouest ou en France, à l’heure actuelle, est plutôt d’essayer de cacher une partie de la vérité.

On ne peut plus faire confiance à l’information

Après, on peut se tromper, parce que lorsqu’on est dans une situation où on ne peut plus faire confiance à l’information, parce qu’elle est mise sous le boisseau, contrôlée, censurée, biaisée, il arrive du coup que l’on soupçonne des dissimulations même quand il n’y en a pas.

Lorsque l’autre jour en France deux églises ont brûlé à quelques heures d’intervalle et à quelques kilomètres de distance, près de Fontainebleau, et que dans le même temps une croix a été renversée en forêt de Fontainebleau, et que la police a presque tout de suite dit qu’il n’y avait aucun rapport entre ces trois incidents, j’ai cru que ce n’était pas possible, alors qu’il semble – je le dis avec précaution – que c’était la vérité.

RT France : Et comment, en disant la vérité, ne pas laisser la place aux émotions, ne pas tomber dans les paroles de haine ? Quelles sont les limites du politiquement correct aujourd’hui ?

D.J. : Il y a à l’heure actuelle une tendance chez certains à ne pas affoler les gens. On persiste à minorer la réalité des menaces ou des incidents de type terroriste, voire de type communautaire, comme ceux qui ont eu lieu à Cologne. Parce que dans le cadre d’une pensée, d’une routine du politiquement correct, si l’auteur d’un délit ou d’un crime appartient à une minorité, à une ethnie étrangère, beaucoup de gens ont peur, s’ils disent la vérité, de jeter l’opprobre sur cette minorité étrangère ou sur cette ethnie. Donc ils préfèrent nier la réalité que d’aller contre leurs convictions.

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Par exemple, les incidents graves qui se sont déroulés à Cologne lors de la nuit de la Saint-Sylvestre, semblent bien avoir été réalisés par des gens d’origine étrangère, parmi lesquels il y avait des Marocains, des Algériens, et peut-être même un certain nombre de Syriens, d’Afghans ou d’Irakiens qui étaient des demandeurs d’asile.

Eh bien, beaucoup de gens qui sont conditionnés par leur idéologie semblent penser que si l’on dit cela, on ne se conduit pas en bon antiraciste, on ne se conduit pas comme il faut et qu’il vaut mieux faire le silence sur l’incident qui met en cause des étrangers, que de le dire, au risque de passer pour xénophobe.

RT France : Toutefois, en disant cela, comment faire pour ne pas mettre en cause la renommée de toute une partie de la société, les immigrés par exemple ? Comment, en accusant les uns, ne pas mettre en cause les autres, qui ne contreviennent pas à la loi ?

D.J. : Vous avez raison, il y a un risque très réel. Lorsque les pouvoirs publics ou les médias ne dissimulent pas une vérité de ce genre, c’est parce qu’ils gardent dans l’esprit, et ce n’est pas forcément faux, qu’elle creuserait le fossé entre la communauté d’origine étrangère et la communauté nationale. Elle pourrait dresser les communautés les unes contre les autres.

A l’heure actuelle, nous sommes, en Europe et peut-être même sur d’autres continents – je pense aux Etats-Unis – dans une situation où il y a du côté musulman une radicalisation de certains éléments, et du côté non-musulman une radicalisation qui monte aussi.

Et il suffirait peut-être que tel ou tel incident se produise ou qu’il soit amplifié par une propagande efficace, pour que l’on passe de faits délictueux isolés, à des affrontements plus vastes entre communautés. Donc l’intention des gens qui dissimulent la réalité est souvent bonne et relève d’un principe de précaution.

Mais cela peut être dangereux parce que lorsque la vérité est dissimulée, lorsque l’information est censurée ou autocensurée, ce qui se répand c’est la rumeur. Et la rumeur a tendance à déformer la vérité ou à la grossir.

RT France : Vous avez aussi indiqué que certains appels vus récemment peuvent être traduits en termes symboliques : «que les juifs renoncent à la kippa, les chrétiens à manger du porc, que les femmes se voilent, nous aurons la paix». Est-ce que cela entre dans la politique générale menée par la France, ou ces idées viennent d’autres sources ?

D.J. : A l’heure actuelle il y a un conflit fort et net à l’intérieur de la gauche qui nous gouverne. Ce conflit oppose les gens qui par idéologie nient la réalité de la menace, sous-évaluent la violence des attentats et ceux qui ne sont pas dans cette position.

Ces gens prônent plutôt la soumission, la résignation ou l’abdication devant la violence qui nous est faite et qui nous menace.

A l’heure actuelle le gouvernement de la France est composé de gens qui par idéologie ont combattu pendant des années et des années les mesures que nous impose la situation. Ils les appliquent contre leur propre passé. Pendant très longtemps ils ont nié la réalité.

Il y a des gens qui disent en effet que si l’on veut apaiser les conflits, le plus simple est de céder aux communautés les plus violentes

Confrontée à la réalité, une partie de la gauche reste fidèle à des chimères, à un refus de l’autorité, à un refus de l’ordre, qui l’amène à préconiser que l’on cède à la violence plutôt que de s’y opposer.

Paradoxalement, alors que les récents attentats et la radicalisation de certains éléments suggèrent plutôt que ce sont des mesures de rigueur qui s’imposent, il y a des gens qui disent en effet que si l’on veut apaiser les conflits, le plus simple est de céder aux communautés les plus violentes et à leurs revendications. En fait ils vaut mieux renoncer à avoir une politique laïque des cantines dans les écoles, renoncer au droit des Juifs de porter la kippa, renoncer aux tenues des femmes qui peuvent être provoquantes.

Un certain nombre de réactions illustre parfaitement le roman de Michel Houellebecq qui s’appelle «Soumission» et dans lequel l’auteur imaginait l’éventualité d’un Occident qui se mette à plat ventre devant l’islamisme et qui lui cède sur tous les plans.

C’est une tendance qui, à l’heure actuelle, n’est pas majoritaire, mais elle existe. Lorsque l’on essaye de tuer un Juif parce qu’on l’a reconnu comme Juif parce qu’il portait la kippa, vous avez des gens qui vont dire : «Il faut punir la personne qui a attaqué ce Juif et il ne faut absolument en rien lui céder», et vous avez d’autres qui disent : «C’est provocateur de porter la kippa, donc il faut que les Juifs cessent de porter la kippa». C’est vieux comme le monde, mais lorsqu’il y a une menace violente sur un individu, une famille ou une collectivité, il y a toujours des gens qui disent que le plus sage c’est de céder, et il y a des gens qui disent que le plus digne c’est de résister.

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