Début mai, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a prononcé un discours aussi étrange que peu médiatisé. La France va créer 30 «zones de guerre informationnelle», principalement contre la Russie, et le combat sera confié… aux diplomates. Pour Karine Bechet, cela sonne le glas de la diplomatie française.
Dans un discours prononcé le 7 mai à l’occasion de l’événement « Agir dans la bataille des récits », Jean-Noël Barrot a déclaré : « C'est un jour important pour le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères qui, depuis 2022, est entré de plain-pied dans la guerre informationnelle. »
2022 n’est pas une date innocente : c’est le début de l’opération militaire spéciale déclenchée par la Russie, en réponse à la montée de l’agressivité militaire à ses frontières dans le Donbass et au refus de l’administration américaine de négocier une nouvelle architecture de sécurité internationale.
À en croire le discours de Barrot, la France va passer d’une phase défensive à une phase offensive. Jusque-là, les autorités françaises avaient mis en place un portail appelé « French Response », et nous apprécierons l’utilisation de l’anglais, langue nationale en France comme chacun le sait, pour l’occasion. Cela semble, comment dire, particulièrement approprié. En tout cas, symbolique de la conception et de la place de l’intérêt français pour ces élites.
Grande avancée : ce portail arrive sur TikTok, où l’on vous explique que tout va bien en France. Passons.
En revanche, la formulation de la transition opérée par la France démontre non seulement sa volonté de se positionner dans la guerre de l’information, mais surtout dans la guerre cognitive. Car il ne s’agit pas simplement de faire passer certaines informations : le but est d’imposer une certaine vision du monde. Nous sommes donc dans le cognitif.
Le ministre français déclare : « La troisième étape de cette transformation et de cette entrée dans la mêlée, c'est ce qu'on appelle la bataille des récits, c'est-à-dire décortiquer les récits que nos adversaires voudraient nous imposer, et que parfois nous finissons par adopter, consciemment ou inconsciemment, et d'imposer nos propres récits dans le champ des perceptions, dans l'espace informationnel. »
Les élites globalistes recourent depuis longtemps à la guerre de l’information et à la guerre cognitive. Et contre leurs « amis », et contre leurs ennemis. Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, sans tirer un coup de feu, les États-Unis ont réussi à occuper l’Europe, à la faire disparaître de la scène internationale, et chacun estime ce régime d’occupation idéologique « normal ».
Ces méthodes de guerre cognitive sont également utilisées contre leurs ennemis, pour travailler avec les élites et les populations, afin de les conduire à entrer dans un cadre de gouvernance favorable à ces élites. Ce fut le cas de la Russie après la chute de l’URSS — et même avant, ce qui a permis sa chute. Ou encore, nous avons vu le travail effectué avec les blogueurs, les médias et l’opposition politique dans les pays où le gouvernement était considéré comme non favorable aux Globalistes. Un enchaînement de révolutions en a suivi.
Donc, les Globalistes n’ont pas attendu Barrot pour passer à l’offensive. Ce que Barrot sait parfaitement. Rappelons que Barrot a été formé par ces mêmes Globalistes, puisqu’il est lauréat de la promotion 2020 du programme américain « Young Leaders », ce qui a été suivi par une carrière gouvernementale fulgurante. Le hasard fait bien les choses, rien à dire.
L’intérêt de ce discours prononcé par le ministre est la reconnaissance officielle de la guerre cognitive des élites globalistes contre les pays qu’elles considèrent comme indésirables, contre les pays qui osent encore, à l’heure de la mondialisation, ne pas s’aligner docilement sur leurs dogmes.
Et ici, Barrot se prononce davantage en membre des élites globalistes qu’en ministre des Affaires étrangères. Ainsi, la France va mettre en place une trentaine de « zones de guerre informationnelle » et les diplomates devront monter au front : « Le premier contingent de la réserve diplomatique, un contingent numérique dont 30 membres seront donc appelés à venir renforcer nos équipes dans leurs efforts de lutte informationnelle dans ces zones de guerre informationnelles que j'évoquais, et une vingtaine d'autres viendront en soutien de nos actions en centrale, au Quai d'Orsay, que ce soit pour la veille, la riposte ou la construction de ces récits ou de ces contre-récits auxquels nous allons désormais travailler dans un format collectif. »
Les diplomates, en véritables petits soldats, sont désormais regroupés en « contingents ». Le vocable utilisé ferait pâlir d’envie Goebbels. En revanche, Talleyrand doit se retourner dans sa tombe.
Les diplomates ont pour mission de construire des ponts entre les pays, de permettre le développement de la coopération internationale. On leur demande désormais non pas de construire, mais de combattre dans les pays où ils se trouvent. C’est la fin de la diplomatie française dans sa dimension classique, historique, celle qui a fait la grandeur de la France.
Au-delà de ces missions étranges, Barrot appelle en effet à l’union des ministères, puisque chacun est censé participer à ce combat, et à l’union nationale, puisque, selon lui, chaque Français devrait finalement se considérer en guerre — certes de l’information, mais manifestement, c’est un début.
Contre qui ? Évidemment contre la Russie, même si l’on parle de 30 zones de guerre. Il est reproché à la Russie d’oser critiquer les dérives antinationales et anti-civilisationnelles en France. En effet, quelle idée !
Autrement dit, le gouvernement français veut appeler non seulement les diplomates, mais aussi les Français à défendre activement un régime qui détruit la culture française, qui décime l’industrie française, qui est en train de liquider l’agriculture française, qui renie les racines chrétiennes de la France.
Chacun doit activement participer à l’achèvement de la France avant de pouvoir être invité aux funérailles. Beau programme ! Digne d’un Young Leader.
Et Barrot explique comment ils veulent créer une réalité virtuelle qui leur soit favorable : « On va construire ensemble ces récits et ensuite, on va les mettre en scène par un certain nombre de canaux. C'est le recrutement d'experts au Quai d'Orsay, c'est l'association d'un certain nombre d'acteurs, gouvernementaux ou non gouvernementaux, c'est l'association aussi de ces réservistes qui vont venir nous aider à la fois à mettre en récit un certain nombre d'idées et ensuite à les diffuser. »
Donc, si vous pensiez que ces élites pourraient entendre vos contestations, vous avez la réponse. Vous n’êtes pas satisfaits de leur politique ? Vous la critiquez ? Vous êtes un sale « réactionnaire », un agent de Moscou. Point à la ligne.
Ce régime ne changera pas. Ces élites sont en place pour réaliser la politique qu’elles mènent et qui doit conduire à notre disparition civilisationnelle. Vladimir Poutine avait raison : ce sont les élites globalistes qui se battent en Ukraine contre la Russie.
Mais elles ne se battent pas qu’en Ukraine et pas uniquement contre la Russie. Barrot et les Globalistes ont officiellement déclaré la guerre cognitive à chacun d’entre nous. À tous ceux qui veulent un pluralisme. À tous ceux qui veulent une souveraineté nationale. Et nous sommes nombreux. Donc ils nous déclarent la guerre.
Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.
