Le 9 mai, Vladimir Poutine a donné une conférence de presse. L'occasion pour lui de mettre les points sur les i sur le plan international. Pour Karine Bechet, la Russie a perdu ses illusions en matière de processus de paix et réaffirme la priorité de sa sécurité.
Après les cérémonies du 9 mai et les rencontres avec les dirigeants étrangers présents pour l’occasion à Moscou, le président russe a donné une conférence de presse. Celle-ci fut essentiellement centrée sur la symbolique du 9 mai et les conflits en cours, en Ukraine surtout et en Iran.
Le 9 mai, comme Vladimir Poutine l’avait déjà souligné lors de son allocution sur la place Rouge lors du défilé, est une date sacrée pour la Russie. Si les pertes sont estimées à environ 27 millions de citoyens soviétiques au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Russie en a supporté près de 70 %. Chaque famille a été touchée, puisque tout le peuple s’est levé contre l’envahisseur et que les armées d’occupation ont procédé à un véritable génocide sur les populations civiles.
Tout sentiment national se construit autour de symboles fondateurs. Le 9 mai est l’un d’entre eux pour la nation russe.
En ce sens, la présence à Moscou des dirigeants de l’espace post-soviétique et des pays libérés par l’Armée Rouge a été qualifiée par le président russe d’acte de courage. En effet, la réécriture de l’histoire activement mise en œuvre en Occident, visant à minimiser le rôle tenu par l’Union soviétique dans la Victoire, doit justifier le Monde global, et la domination atlantiste, pour ne pas dire américaine.
Une guerre existentielle pour la Russie
Celui qui « raconte » le passé, maîtrise l’avenir. Mais comme l’a souligné Vladimir Poutine, la question sera réglée d’elle-même, dès que la Russie sera suffisamment forte. Régler le problème à la base est un gage de réussite.
Et la guerre conduite sur le front ukrainien est l’élément principal du processus de renforcement de la Russie. Elle est existentielle, autant pour elle que pour les Atlantistes.
Les déclarations de Vladimir Poutine furent particulièrement claires à ce sujet.
Le président russe a clairement déterminé contre qui la Russie se bat en Ukraine. Contre les élites globalistes. Ces élites, qui n’ont pas permis les Accords de Minsk, alors que ceux-ci prévoyaient que les territoires de l’Est de l’Ukraine devaient rester justement en Ukraine. Ces élites, qui ont encore abusé de la bonne volonté de la Russie lors des premières négociations d’Istanbul, quand le président français, Emmanuel Macron, a dit aux Russes que les Ukrainiens ne pouvaient pas signer avec un pistolet sur la tempe et qu’il fallait retirer les troupes de Kiev. Ensuite, l’ancien Premier ministre britannique, après le retrait des troupes russes, a bloqué le processus.
Cela illustre parfaitement l’inexistence politique et juridique de l’Ukraine, qui est un territoire, un front, mais n’est plus un État.
Suite à cela, deux autres affirmations importantes ont été formulées, qui sont liées entre elles : si la Russie est ouverte aux négociations, elle n’est prête qu’à de véritables négociations ; et en attendant, elle étendra sa « zone de sécurité » autant que cela sera nécessaire, voire jusqu’à la frontière Ouest de l’Ukraine, pour que les territoires russes ne soient plus touchés.
Les négociations, comme l’expérience l’a montré, sont pour les Atlantistes un instrument de pression et non pas un moyen de trouver un véritable compromis, qui permette de mettre réellement fin au conflit. Or, la Russie n’envisage les négociations que comme un moyen de résoudre le conflit à la source. Mais les Globalistes, eux, tentent d’obtenir sur le front diplomatique ce qu’ils ne peuvent obtenir par les armes. Et comme Vladimir Poutine l’a souligné, ils cherchent uniquement une défaite militaire magistrale de la Russie.
Poutine est prêt à recevoir Zelensky à Moscou
Donc, la période des cirques diplomatiques, des éternelles discussions qui ne conduisent à rien (puisque le but est uniquement soit de faire plier l’ennemi, soit de gagner du temps) est révolue.
Poutine est ainsi prêt à recevoir Zelensky à Moscou s’il veut discuter. Pour se rencontrer dans un État tiers, il faut alors qu’un travail de fond préalable ait été réalisé et qu’un accord soit véritablement finalisé. Ce qui n’est pas le cas. D’autres hypothèses ne sont pas envisagées, car elles sont dénuées de sens.
La Russie est par ailleurs prête à avancer sur le terrain, autant que cela est nécessaire pour assurer sa sécurité. Et l’augmentation des tirs en profondeur sur le territoire russe ne fait pas peur, ce qui est recherché, mais limite objectivement les possibilités de la Russie de ne pas étendre la zone qu’elle contrôle.
La balle est donc dans le camp des Atlantistes : leur attitude conditionne l’extension du front. Le territoire est ici important, non seulement parce que la Russie ne se bat pas à l’extérieur, sur un territoire étranger, mais aussi parce que le retour de ces territoires dans la Fédération de Russie est le seul moyen d’éviter, qu’ils ne soient instrumentalisés contre elle par les Atlantistes. Et pas uniquement pour un temps, mais définitivement.
Pour autant, le président russe estime que la question de la guerre en Ukraine doit être réglée entre l’Ukraine et la Russie, maintenant ainsi l’illusion de l’existence étatique de l’Ukraine. Si des tiers, comme les États-Unis veulent aider à cela, libre à eux, mais la décision finalement doit être prise par les deux pays.
L’Arménie sera-t-elle la prochaine Ukraine ?
Cette position est d’une certaine manière en contradiction avec l’affirmation selon laquelle les élites globalistes se battent en Ukraine contre la Russie, sauf à considérer que le président russe appelle ainsi les Ukrainiens à reprendre possession de leur pays et à se débarrasser de ces élites, qui les asservissent. Or, la montée de la Résistance, reconnue en Ukraine et dans les médias occidentaux, montre bien que les Globalistes n’ont pas réussi, malgré le régime de terreur instauré, à totalement écraser la population ukrainienne. Vladimir Poutine rappelle ainsi les Ukrainiens à la responsabilité, ce qui va de pair avec le pouvoir.
Un parallèle intéressant a également été officiellement fait entre l’Ukraine et l’Arménie, où le Sommet européen fut l’occasion de dangereuses décisions – dangereuses pour les Arméniens. En effet, la crise ukrainienne de 2014 a commencé elle aussi avec la volonté des élites dirigeantes d’une intégration européenne.
Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Il y a des chances que la très faible cote de popularité du Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, qui varie ces deux dernières années entre 13 et 18%, ne soit pas étrangère à cela. L’Arménie serait-elle la prochaine Ukraine ? C’est en tout cas ce que les Européens recherchent et Pachinian y travaille avec enthousiasme.
Cette conférence de presse du président russe a posé des bases solides pour un renforcement de la position de la Russie sur la scène internationale. Effectivement, seule une position non seulement forte, mais également ferme, qui ne varie pas en fonction des aléas du calendrier politique des élites atlantistes, permettra à la Russie de se faire entendre et de faire respecter ses intérêts. Les Globalistes vont très certainement tester les limites de cette résistance, à la Russie de montrer son évolution.
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