Les droits de l’homme, cheval de Troie de l’islamisme dans le monde arabe

Les droits de l’homme, cheval de Troie de l’islamisme dans le monde arabe© Philippe Wojazer Source: Reuters
Emmanuel Macron et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au Palais de l'Elysée, 24 octobre 2017.

Pour le philosophe Mezri Haddad, si la France se pliait à une critique «islamo-gauchiste» du président égyptien, elle risquerait de perdre un allié dans la lutte anti-terroriste, un partenaire clé au Moyen-Orient et se tromperait d'ennemi.

Le droit-de-l’hommisme est aux droits de l’homme ce que l’islamisme est à l’islam : une perversion des idéaux au profit d’objectifs politiques. C’est en cela que ces deux idéologies sont compatibles et qu’elles peuvent se coaliser pour disqualifier un Etat ou discréditer son chef, comme ce fut le cas naguère de l’Irak, de la Libye ou de l’Algérie, et comme c’est encore le cas aujourd’hui pour la Syrie ou pour la Russie.

Il s’agit aussi, en l’occurrence, de l’Egypte et de son président Abdel Fattah al-Sissi, arrivé en France pour une visite officielle de trois jours, en vue de consolider les relations séculaires et stratégiques entre une Egypte qui a repris son rôle naturel de leadership du monde arabe et une France qui retrouve à peine sa vocation historique dans un Moyen-Orient en pleine recomposition géopolitique. Le jour même de son arrivée, la «holding» du droit-de-l’hommisme transnational a publié un communiqué commun pour affirmer que l’Egypte connaissait «la pire crise des droits humains depuis des décennies» et exiger du chef d’Etat français de sortir de son «silence» pour condamner les atteintes aux droits de l’homme. Human Rights Watch, Amnesty international, Reporters sans Frontières et la Fédération internationale des droits de l’homme, qui se font appeler organisations non gouvernementales (!) – donc apolitiques et à l’objectivité insoupçonnable – entendaient ainsi faire pression sur le jeune locataire de l’Elysée pour lui dicter la politique étrangère que la France doit adopter à l’égard d’un pays à l’histoire multimillénaire et à l’importance géopolitique capitale.      

Human Rights Watch recommande au président français de suspendre toute vente d’armes à l’Egypte sous le prétexte fallacieux que leur usage est destiné à la répression de la société civile et non à la guerre contre Daesh

Dans les différents communiqués et déclarations des «ONG» autoproclamées conscience universelle, tous les stéréotypes éculés sont suggérés pour culpabiliser le président français et stigmatiser le «maréchal» égyptien. Pouvoir illégitime issu d’un coup d’Etat, atteintes graves aux droits de l’homme avec 60 000 prisonniers politiques, exécutions sommaires, atteinte à la sacro-sainte liberté d’expression, népotisme, dictature militaire... voire même «crime contre l’humanité», selon la responsable de la section française de Human Rights Watch, qui recommande au président français de suspendre toute vente d’armes à l’Egypte sous le prétexte fallacieux que leur usage est destiné à la répression de la société civile et non point à la guerre que l’Egypte mène contre les barbares de Daesh et autres mercenaires locaux. Des Rafale, des porte-hélicoptères Mistral, des frégates multi-missions (FREMM), des corvettes Gowind, pour réprimer d’hypothétiques manifestants pacifistes sur la place Al-Tahrir !

Accusations mensongères et désinformation sur commande, à l’instar des bulletins dont l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une antenne des Frères musulmans installée à Londres et liée à Amnesty international, irrigue tous les médias occidentaux, notamment l’AFP, Reuters, CNN et Associated Press. Accusations fallacieuses puisées dans le catalogue de la propagande islamiste, qui a raison d’en vouloir au président égyptien. Et pour cause : c’est par lui que les Frères musulmans ont été mis hors d’état de nuire, non guère par un «putsch militaire» comme certains le prétendent, ni par une contre-révolution réactionnaire comme d’autres le supputent, mais par le réveil patriotique des Egyptiens, qui s’est d’abord manifesté par la mobilisation impressionnante de plusieurs millions de citoyens en juin 2013, ensuite par un vote massif, lors des élections de mai 2014, qui ont porté Abdel Fattah al-Sissi au pouvoir. C’est ainsi que les comploteurs contre Nasser et les assassins de Sadate ont été chassés du pouvoir après deux années d’islamisme «modéré», qui a marqué les esprits, et pas seulement au sein de la minorité Copte.

A la suite de leur défaite, les Frères musulmans ont recouru aux attentats terroristes, tout en se faisant passer à l’étranger pour des victimes expiatoires

A la suite de cette défaite cuisante qui a renvoyé les barbus à leurs mosquées d’où ils n’auraient jamais dû surgir, et dès lors qu’ils avaient perdu un protecteur bienveillant en la personne de Barack Obama, les Frères musulmans ont recouru aux armes et aux attentats terroristes à l’intérieur du pays, tout en se faisant passer à l’étranger pour des victimes expiatoires. Chassez le naturel et il revient au galop. L’Algérie en 1991 et la Syrie depuis 2011, ont connu ce processus de transfiguration par lequel l’intégriste devient démocrate compatible et en cela défendable ; et le pouvoir, seul détenteur de la «violence légitime» (Max Weber), devient un Etat Moloch qu’il faut dénoncer et même abattre quitte à lui substituer un Etat théocratique et totalitaire.           

Cette propagande des Frères musulmans contre la République arabe égyptienne n’aurait aucun effet ni le moindre écho en France si elle n’y avait pas ses relais médiatiques et associatifs auprès d’une myriade d’organisations islamistes, auprès de certains islamo-gauchistes, auprès de certains journalistes à la fibre droit-de-l’hommistes, auprès de certains «spécialistes» du monde arabe, et surtout auprès des apparatchiks du droit-de-l’hommisme, qui se sont auto-désignés gardiens des valeurs universelles et incarnation exclusive de l’humanisme mondial.

Le seul fait que certaines ONG reçoivent l’argent du très honorable George Soros et sont rétribuées par le très démocratique et islamo-mafieux régime qatari, devrait les disqualifier aux yeux de l’opinion publique

Que sait-on sur ces «ONG» à irresponsabilité illimitée, sur leurs commanditaires, sur leurs objectifs, sur leurs sources de financement… ? Le seul fait d’apprendre que la plupart reçoivent de l’argent du très honorable George Soros, et que certaines sont bien considérées et rétribuées par le très démocratique et islamo-mafieux régime qatari, devrait les disqualifier aux yeux de l’opinion publique. Mais les carriéristes du droit-de-l’hommisme, qu’on retrouve après leur mandature chargés de mission auprès de tel ministère, patron de telle entreprise publique, ou député de tel ou tel parti politique si contestable soit-il, ont plus d’un tour dans leur poche pour renouveler leur virginité morale et perpétuer leur «mission civilisatrice», notamment dans le monde arabe et en Afrique. L’illustre penseur et juriste Michel Villey eut bien raison d’ironiser dans son remarquable essai Le Droit et les droits de l’homme : «J’ai toujours tenu pour recommandable à nos jeunes intellectuels de s’inscrire à la Ligue des droits de l’homme. Outre que c’est un bon tremplin pour une carrière politique.» (PUF, 1983) 

La doctrine des droits de l’homme n’est pas à mettre en cause, encore moins à en contester les fondements philosophiques et les aspirations politiques. Bien au contraire, il s’agit d’une éthique universelle dont la Charte reste l’une des plus belles conquêtes de l’humanité. Mais la doctrine ne doit pas se transformer en dogme, de même que le militant des droits de l’homme ne doit pas devenir le cheval de Troie ou l’idiot utile d’une idéologie théocratique et fondamentalement néofasciste –l’islamisme –, qui est assurément en opposition radicale avec les valeurs des droits de l’homme. Dernier avatar de la stupidité occidentale, emprunté au nouveau lexique des Frères musulmans, l’islamisme «modéré» n’existe que dans la logomachie des droits-de-l’hommistes et la littérature de certains journalistes ou écrivains dont l’islamisme n’est pas un objet d’étude mais un objectif idéologique et politique.

L’islamisme est à l’islam ce que le droit-de-l’hommisme est aux droits de l’homme : une perversion idéologique qui altère les valeurs originelles au profit d’objectifs résolument politiques

Que cela soit dit et répété : l’islamisme n’est pas la foi de près d’1,6 milliard de musulmans dans le monde. Mais c’est la «religion séculière» (Raymond Aron) d’une secte dont la naissance remonte à 1928, précisément en Egypte et grâce au génie machiavélique de certains stratèges Anglais, dont on retrouvera plus tard la progéniture chez les Américains, notamment dans leur conflit contre l’URSS par talibans interposés. Ils en paieront le prix plus tard avec la dissidence de leur ancien agent Oussama Ben Laden, cerveau des attentats meurtriers du 11 septembre 2001. L’islamisme est à l’islam ce que le droit-de-l’hommisme est au droit de l’homme : une perversion idéologique (Mohammed Arkoun, Jean-Louis Harouel) qui altère les valeurs originelles au profit d’objectifs résolument politiques. En cela, nulle différence de nature entre Frères musulmans, Ennahdha, FIS, GIA, Al-Qaïda, Al-Nosra, Boko Haram, Shebab, Hasm, Taliban, Daesh, djihadistes de Molenbeek ou de Seine-Saint-Denis. Comme l’a si bien résumé le président al-Sissi, dans sa récente interview au Figaro : «Un djihadiste, c’est un Frère musulman en phase terminale.»

Faut-il rappeler aux droits-de-l’hommistes que la sécurité est le premier des droits de l’homme, sans lequel la liberté n’est qu’une chimère ? 

Contrairement à la propagande islamiste relayée par les idiots utiles locaux, le terrorisme islamiste n’est pas un épouvantail, encore moins une fiction dont se servirait le «régime» égyptien pour réinstaller une «dictature militaire» ; et la neutralisation de Mohamed Morsi, suivie par la classification des Frères musulmans comme étant une organisation terroriste ne contribue pas à la radicalisation des jeunes mais à leur dissuasion. Faute de les exterminer physiquement, ce que fait la coalition occidentale en Irak et en Syrie après avoir rejoint la Russie et compris, mieux vaut tard que jamais, que Bachar n’est pas le problème mais la solution, Abdel Fattah al-Sissi a le mérite de résister aux terroristes au Sinaï, aux frontières israélo-égyptiennes ainsi qu’aux frontières entre l’Egypte et une Libye devenue replis stratégique des hordes islamo-terroristes «dégagées» d’Irak et de Syrie, constituant ainsi un péril mortel pour la stabilité au Maghreb et la sécurité de l’Europe. Faut-il rappeler aux droits-de-l’hommistes que la sécurité est le premier des droits de l’homme, sans lequel la liberté n’est qu’une chimère ? Est-il besoin de rappeler qu’outre le droit à la sécurité, les droits économiques et sociaux, le droit à l’éducation, celui à la santé, à un travail digne… sont autant de droits fondamentaux biens plus précieux aux yeux de ceux qui en manquent ou en sont privés que les droits politiques auxquels certaines sociétés ne peuvent entièrement accéder qu’après la sécularisation des esprits et l’éducation des individus. Est-il besoin de rappeler enfin qu’après la Syrie, l'Égypte est le deuxième pays le plus touché par le terrorisme islamique dans le bassin méditerranéen, que rien qu’en 2015, il y a eu 354 morts en Égypte du fait du terrorisme islamiste, notamment chez les Coptes et dans le Sinaï. À titre comparatif, la France déplore 254 morts en quatre années.

Si, avant Charlie Hebdo, le Bataclan et Nice la défense de l’islamisme «modéré» était une bêtise, aujourd’hui, elle est un crime… qui plus est contre l’humanité !

C’est sans doute parce qu’il a compris ces enjeux vitaux que le président Macron a résisté aux pressions moralisatrices de Human Rights Watch, d’Amnesty International, de la FIDH et de Reporters sans frontières. N’en déplaise aux gladiateurs des droits de l’homme, Emmanuel Macron a clairement répondu qu’il croit «à la souveraineté des Etats», que «le sujet des droits de l'homme, je l'ai considéré dans le contexte égyptien» de la lutte contre le terrorisme, et que «de la même façon que je n'accepte qu'aucun autre dirigeant me donne des leçons sur la manière de gouverner mon pays, je n'en donne pas aux autres».

En d’autres termes, dans le contexte de la guerre mondiale contre le terrorisme global, la parenthèse de l’ingérence dite «humanitaire», inventée par Bernard Kouchner et commercialisée par Bernard Henri-Lévy et Robert Ménard, est désormais fermée. Un seul péril mérite aujourd’hui la mobilisation et l’alliance de l’Orient et de l’Occident, le péril islamo-fasciste. Et si, avant Charlie Hebdo, le Bataclan et Nice la défense de l’islamisme «modéré» était une bêtise, aujourd’hui, elle est un crime… qui plus est contre l’humanité !

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