Pour l'institut de sondage TNS Sofres les électeurs sont à la recherche d'alternatives pour 2017

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François Hollande ne se qualifierait pas pour le second tour en 2017 quelle que soit la configuration envisagée, selon une enquête TNS Sofres. Laure Salvaing, directrice au sein de l’unité publique Affaires de l'institut de sondage nous l'explique.

RT : À un an des élections présidentielles, comment interprétez-vous les résultats de ce sondage ?

Laure Salvaing (L.S.) : Tout d’abord ce sondage confirme le poids politique du Front national dans le paysage français. Marine Le Pen est en tête quelles que soit les hypothèses testées, sauf lorsque c’est Alain Juppé le candidat des Républicains.

Deuxièmement, on observe l’affaiblissement du président, qui se perçoit également dans les côtes de popularité. François Hollande reste entre 13 et 16% d’intentions de vote ce qui est très loin de son niveau de la présidentielle de 2012. Pour rappel, au premier tour il faisait 28,63% des voix. Il faut noter qu'il sort d’une séquence très compliquée pour lui : déchéance de nationalité, loi El Khomri, mouvement Nuit Debout…D'ailleurs, ce mouvement montre que la population est non seulement mécontente mais aussi qu’elle cherche de nouvelles solutions.

Le maître mot de ce sondage c’est la recherche d’alternatives

Le maître mot de ce sondage c’est la recherche d’alternatives. C’est pour cela qu’Alain Juppé arrive aussi haut : 35% d’intention de vote au 1er tour. C’est le seul candidat qui permet de déclasser Marine Le Pen. Il rassemble beaucoup plus que son propre camp, et récupère des électeurs de gauche.

Toujours dans cette idée d'alternative, lorsque François Bayrou se présente, il fait 12%. C’est un moyen pour les électeurs de se positionner différemment de Nicolas Sarkozy ou François Hollande ou bien des candidats «classiques». On voit une désaffection très claire pour Nicolas Sarkozy, c’est un personnage politique très clivant mais il continue à être suivi majoritairement par son camp : 73% des électeurs LR voteraient pour lui. Il fait le plein de son camp mais mord très peu dans les autres électorats. Nicolas Sarkozy n’arrive pas à recréer un lien avec les électeurs et les français d’une façon générale. Quant à François Hollande, il est l’un des présidents qui fait le plus l’unanimité contre lui.

 

RT : Jean-Luc Mélenchon est tout proche de François Hollande avec 12% d'intention de vote au premier tour, comment expliquez-vous de tels scores ?

L.S. : Il faut rappeler que Jean-Luc Mélenchon faisait 11% en 2012, il n’a pas décroché et compte toujours dans le paysage politique français. C’est une des personnalités qui reste dans le top 10 de ceux que la population veut voir jouer un rôle à l’avenir. Le mois dernier, il était en augmentation, de plus en plus de personnes voulaient qu’il ait un rôle dans le futur, y compris chez les sympathisants FN.

Les électeurs se baladent sur l’échiquier politique

Les Français manquent de repères aujourd’hui, les électeurs sont un peu troublés, les clivages sont différents et les lignes ont un peu bougé. Les électeurs se baladent sur l’échiquier politique ce qui montre aussi une grande flexibilité et une grande ouverture dans ce qui peut se passer dans les mois à venir.

Avec les débats sur la déchéance de nationalité et la loi travail, le gouvernement a donné le sentiment qu’il s’éloignait de plus en plus de son ancrage à gauche. Si Jean-Luc Mélenchon talonne François Hollande c’est aussi une des conséquences de l’action du gouvernement à l’heure actuelle.

RT : Comment voyez-vous l’avenir de la gauche dans les mois à venir ?

L.S. : Ce qui est clair c’est qu’il y a un vrai souhait de rebattre les cartes, voire de trouver une nouvelle façon de concevoir la politique et la société française. Les électeurs de gauche notamment sont un peu troublés par un manque de vision de la société. Autant les électeurs du FN voient très bien quelle est la société que le FN souhaite mettre en place, tout comme les électeurs de droite.

83% des sympathisants de gauche souhaiteraient l’organisation d’une primaire de la gauche

A gauche c’est plus compliqué. Le PS a des lignes assez différentes entre Emmanuel Macron, Manuel Valls et d’autres personnalités de gauche. 83% des sympathisants de gauche souhaiteraient l’organisation d’une primaire de la gauche. Ils ont besoin de débattre pour trancher, et suivre une ligne claire avec une personnalité qui puisse incarner cette ligne à la suite d’un vote lors d’élection primaire.

L’avenir de la gauche, c’est d’éclaircir l’avenir et proposer aux électeurs une vision pour la société avec évidemment des valeurs de gauche. 

RT : Aujourd’hui quel serait votre pronostic pour 2017 ?

L.S. : La bataille va être rude ! On dit souvent que les gens ne s’intéressent pas à la politique mais c’est faux : 77% des électeurs, à un an des élections, disent qu’ils sont intéressés par l’élection présidentielle. Il y a beaucoup de paradigmes à retracer, à réévaluer et à recadrer aussi, autant à droite qu’à gauche. Ce qui est clair, c’est que même dans une stratégie où Marine Le Pen est moins présente, on voit que le FN continue à progresser et à être très fort. Les choses sont assez ouvertes, et il va falloir composer avec l’extrême gauche, le centre…

Les choses sont assez ouvertes, et il va falloir composer avec l’extrême gauche, le centre…

Les électeurs se baladent d’un candidat à l’autre selon l’hypothèse testée. L’appartenance partisane vole un peu en éclats aujourd’hui. C’est celui qui apportera la vision la plus claire de la société, avec des actes forts et des idées marquées qui sera capable de l’emporter. Mais en l’état si on en croit ce sondage, le candidat Les Républicains serait présent au second tour face au candidat FN.

 

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