Loi du plus fort : l’ordre mondial s’effondre-t-il ?

Loi du plus fort : l’ordre mondial s’effondre-t-il ?
Loi du plus fort : l’ordre mondial s’effondre-t-il ? [image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Alors que Donald Trump bafoue l’ordre mondial établi, on peut légitimement se demander si la loi du plus fort va à nouveau primer sur le reste, faisant fi du droit international. Mais rétrospectivement, ne serait-ce pas elle qui a toujours dominé ? Jimmy Lisnard-Panetier a voulu creuser le sujet.

On aime se conforter dans l’idée que l’ordre mondial est une construction stable. Et pourtant, empires et royaumes sont tous nés d’un chaos, d’une guerre ou d’un effondrement, et tous ont fini par être contestés.

Du Congrès de Vienne en 1815 à la fin de la guerre froide, des traités de Westphalie en 1648 aux accords de Yalta, chaque génération a proclamé l’avènement d’un nouveau monde, plus rationnel et plus stable que le précédent. Mais systématiquement, l’Histoire a rappelé que ces équilibres n’étaient que temporaires.

Et derrière les jolis discours sur le droit international et la coopération multilatérale, l’ordre mondial est toujours resté structuré par les rapports de force. Les règles existent tant qu’elles servent les puissants ; elles s’effacent dès qu’elles deviennent contraignantes. Ce constat n’est ni nouveau ni cynique : il est au cœur de l’histoire des relations internationales.

Dès lors, la question n’est peut-être pas de savoir si l’ordre mondial est en train de s’effondrer, mais s’il n’était pas, depuis le début, plus fragile qu’on ne voulait bien l’admettre.

Le cas Donald Trump

Présenté comme un élément perturbateur venant ébranler les fondations établies depuis 1945, le président américain a pourtant, à quelques nuances près, le même modus operandi que ses prédécesseurs. 

En 2003, via la voix de Colin Powell, l’administration Bush invoquait la menace d’armes de destruction massive en Irak devant l’ONU, pour au final « sécuriser une région stratégique sur le plan énergétique ».

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec les discours de Trump par rapport au Venezuela – possédant les plus importantes réserves de pétrole au monde – ou encore au Groenland qui selon le GEUS posséderait des dizaines de millions de tonnes de ressources minérales stratégiques.

Dans le premier cas, le locataire de la Maison Blanche a justifié son intervention au nom de la sacrosainte démocratie alors que pour le deuxième, il invoque la « sécurité nationale » et la menace des Chinois et des Russes. Comme le dit le proverbe « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».

Organisations obsolètes ?

Lorsque Washington cesse d’être le garant automatique de la stabilité occidentale, l’Union européenne se retrouve confrontée à un vide stratégique qu’elle ne sait combler. Les réactions européennes aux crises récentes – du Venezuela au Groenland, en passant par l’Ukraine – illustrent cette impuissance : des prises de position morales, des communiqués fermes, mais peu de leviers concrets. Vous deviez mettre l’économie russe à genoux monsieur Le Maire, non ?

L’UE est trop embourbée dans sa bureaucratie infernale et ses jeux d’ombres. Elle est persuadée de son influence sur l’échiquier politique mondial, mais s’est affaiblie peu à peu et n’est aujourd’hui plus respectée par personne.

Sans armée commune, sans doctrine géopolitique unifiée et sans capacité de projection crédible, elle peine à exister dans un monde redevenu fondamentalement conflictuel. Là où d’autres puissances assument le rapport de force et l’ont toujours compris, l’Union européenne continue de raisonner comme si les règles suffisaient à contenir les ambitions.

Trump ne fait donc que mettre en exergue les failles de cette institution, comme celles de l’OTAN ou de l’ONU, allant même jusqu’à défier les fondements de cette dernière avec la création de son Conseil de paix.

Ce sont des organisations poussiéreuses et incapables de s’adapter au nouvel équilibre mondial qui pourtant se dessine devant leurs yeux. 

L’avènement des BRICS

Tandis que l’Europe découvre ses limites et que l’Amérique redéfinit brutalement ses priorités, un autre acteur émerge : les BRICS. 

Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud représentent désormais environ 40 % de la population du globe et environ 25 % de son PIB. Revendiquant une voix indépendante, ils construisent des banques de développement alternatives et cherchent à réduire la dépendance au dollar, pour in fine, s’en émanciper presque totalement.

Bien qu’encore « fragile », notamment à cause de divergences politiques ou géographiques, ce bloc offre une alternative nouvelle aux pays africains, éternels « mis à l’écart » et héritiers des anciennes puissances coloniales qui les ont dominés – comme l’a fait et tente de le faire encore la France, pour ne citer que cet exemple.

Rien ne change jamais totalement…

Il serait tentant de conclure que l’ordre mondial s’effondre. Mais cette impression de rupture masque une vérité plus subtile : certaines logiques fondamentales persistent depuis des siècles. Et la règle d’or reste toujours la même : la force commande, le droit et le discours suivent.

Le monde de demain pourrait ainsi ressembler à celui d’hier, mais avec des nuances nouvelles, des acteurs émergeants et des fractures inattendues. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si le monde change, mais de quelle manière ses fondations historiques persistent à orienter ce changement.

Depuis les débuts de son histoire, l’Homme n’a cessé de se battre pour s’imposer face à ses rivaux, car il reste avant tout un animal. Et dans la nature, la raison du plus fort est toujours la meilleure, comme l’avait écrit La Fontaine dans une de ses fables. Il n’y a que les rôles qui s’inversent au fil des siècles.

Reste à présent à savoir qui seront les prochains loups et les prochains agneaux !

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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