Avec la flambée des prix de pétrole provoquée par l’agression américaino-israélienne contre l’Iran, il devient de plus en plus difficile pour le marché mondial de se passer des hydrocarbures russes. Le journaliste Sergueï Strokan décrypte la levée partielle des sanctions antirusses par Donald Trump.
Répétant toujours son mantra selon lequel les États-Unis seraient en train de « gagner » en Iran, le président Trump vient pourtant de subir une défaite géopolitique majeure. Faute d’avoir su anticiper l’ampleur des conséquences d’une attaque contre l’Iran sur le marché pétrolier mondial, Donald Trump a été contraint de tempérer ses propres promesses, lui qui jurait de couper l’Inde et les autres partenaires de Moscou de « l’or noir » russe.
Ce refrain s’est brusquement interrompu après le premier entretien téléphonique de l’année entre les dirigeants américain et russe. « Nous levons également certaines sanctions liées au pétrole pour réduire les prix. Nous imposons actuellement des sanctions à certains pays. Nous allons suspendre ces sanctions jusqu’à ce que la situation se rétablisse. Si la paix revient, peut-être que nous n’aurons même plus besoin de les imposer à nouveau », a-t-il déclaré.
Voici les raisons clés de cette décision : le marché pétrolier se trouve dans une « tempête parfaite », ses alliés et partenaires paniquent devant Trump, on prévoit une flambée des prix des carburants aux États-Unis, et aucune solution rapide n’est en vue.
Une part importante des exportations du Moyen-Orient est bloquée en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. Lors d’une réunion d’urgence, les ministres des Finances du G7 ont pris la décision de libérer conjointement les réserves pétrolières stratégiques. Mais cela ne calmera la situation que pour un temps.
Ainsi, Donald Trump a dû admettre que sans le pétrole russe, le marché énergétique mondial ne peut être stable. Une fois la décision politique prise à Washington, le processus a démarré et a même, pourrait-on dire, véritablement décollé.
Sous le coup de cette levée temporaire des restrictions américaines, environ 100 millions de barils de pétrole russe actuellement en transit sont sortis des neiges avec ce dégel.
Dès les premières heures ayant suivi la suspension des sanctions américaines, une file d’attente d’acheteurs s’est formée. Parmi eux, la chaîne CNBC a cité l’Inde et la Thaïlande, tout en mentionnant l’intérêt du Japon.
Rappelons qu’auparavant, Donald Trump avait présenté l’Inde comme un modèle de sa politique de sanctions pétrolières. En février, Washington et New Delhi avaient signé un accord-cadre prévoyant l’annulation des droits de douane de 25 % imposés à l’Inde à cause de ses achats de pétrole russe. Cependant, cette dernière décision de Trump signifie qu’en cas d’augmentation des importations de pétrole russe par l’Inde, les États-Unis n’abandonneraient plus l’accord avec New Delhi.
Dans ce contexte, les experts s’interrogent sur les perspectives de livraisons massives de pétrole russe vers l’Inde, une fois le conflit régional terminé. Par ailleurs, les partisans européens d’un assouplissement des restrictions sur les hydrocarbures russes ont reçu un argument de poids dans leur débat avec Bruxelles. Ainsi, la Hongrie a appelé l’UE à suivre l’exemple américain et à alléger les sanctions contre le pétrole russe. « Nous ne devons pas être à la botte de Zelensky », a déclaré Péter Szijjártó, chef de la diplomatie hongroise.
Il est très symbolique que la levée des sanctions sur le pétrole russe a coïncidé avec un nouveau déplacement aux États-Unis de l’envoyé spécial du président russe, Kirill Dmitriev. Ce dernier a qualifié la décision de Trump d’« autre précédent important démontrant que les sanctions sont inefficaces et produisent l’effet inverse de celui escompté ». Les deux parties ne communiquent pas sur les résultats des négociations à Miami ; ce qui est logique : nombreux sont ceux qui souhaitent faire dérailler le processus, tant en Europe qu’aux États-Unis.
Pour sa part, l’Ukraine, bien entendu, continue d’en rêver.
À cet égard, l’objectif principal de la mission de Kirill Dmitriev était de transformer cette exemption temporaire de 30 jours en une annulation définitive, pour qu’au pétrole russe, on ne dise plus jamais « non ».
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