Éric Coquerel : «François Hollande fait une politique de droite»

Eric Coquerel Source: AFP
Eric Coquerel

Coordonnateur du Parti de gauche, Éric Coquerel ne mâche pas ses mots sur la gauche et l'extrême gauche. Fidèle soutien de Jean-Luc Mélenchon, il confie à RT France ses coups de gueule, sa vision et ses espoirs pour le pays.

«C'est la loi la plus à droite économiquement de la Cinquième République» s'insurge Eric Coquerel à propos de la loi travail, contre laquelle il appelle à nouveau à manifester ce jeudi. Vent debout au micro de RT France, il s'en prend à «la vision du Medef et du CAC 40» de l'économie, qui visent à toujours plus grignoter la protection sociale des salariés. «Il faut arrêter avec cette idée qu'un salarié précarisé travaillerai mieux» s'emporte-t-il. Sa bête noire : l'austérité, qui selon lui empêche toute relance de l'activité.

La dernière fois qu'on a beaucoup créé d'emplois en France, c'est avec les 35 heures

Mais ce qu'il déplore le plus, c'est que cette vision de l'économie ait imprégné le gouvernement, censé être de gauche. Il accuse en effet François Hollande de faire une politique de droite et de créer la confusion chez les potentiels électeurs de gauche : «Le problème c'est que quand les gens voient la politique du gouvernement, ils se disent que c'est ça la gauche. Donc ça discrédite le mouvement !» s'agace-t-il. Selon lui, ces prises de position qui «renient toutes les promesses de campagne et ouvrent un boulevard au Front National», pourraient avoir des conséquences politiques.

La mobilisation sociale contre la loi travail pourrait-elle contraindre le premier ministre à démissionner ?

«Je crois beaucoup à la réussite de la mobilisation sociale et au fait qu'elle puisse forcer le gouvernement à retirer la loi travail. Si elle s'intensifie, cela pourrait avoir un impact» dit-il. Précisant sa pensée, il sous-entend en effet que face à l'ampleur de la contestation sociale, il ne serait pas impossible que le premier ministre - qui s'est beaucoup mis en avant sur ce projet - s'il est contraint de revenir sur la loi travail voire de la retirer, soit forcé de tirer certaines conséquences. 

Je ne connais aucun autre gouvernement qui a osé s'attaquer autant à la protection sociale

Réfutant l'argument de Manuel Valls, qui prenant l'exemple du Jobs Act en Italie, avait affirmé qu'il «fallait réformer le droit du travail comme nos voisins l'ont fait», Eric Coquerel refuse de voir un lien de cause à effet entre la mesure adoptée par Matteo Renzi, le premier ministre italien, et la création de 100 000 nouveaux emplois fixes qui en auraient découlé. «Je ne crois pas que ce soit cette situation qui a créé des emplois en Italie. Si c'était le cas, comme on applique la politique de l'offre en France depuis 25 ans, ça aurait du créer bien plus d'emplois ! Par ailleurs, l'Italie a un taux de chômage supérieur à celui de la France donc je ne suis pas sur que ce soit un modèle à suivre» accuse-t-il.

«Le Front de gauche a perdu sa dynamique»

Pas tendre avec les socialistes, Eric Coquerel ne mâche pas non plus ses mots contre l'extrême gauche, et plus particulièrement le Front de gauche, - qu'il a pourtant aidé à fonder -, justifiant les récentes critiques de Jean-Luc Mélenchon contre son ancien parti qu'il avait qualifié de «quarteron d'apparatchiks». «Aujourd'hui, nous devons faire un constat : le Front de gauche a perdu sa dynamique» concède Eric Coquerel. «Il faudrait des assemblées citoyennes qui permettent à des gens qui n'en font pas partie de peser dans le parti, ne pas rester un cartel de partis, et puis ne pas nous laisser aller aux divisions comme nous l'avons fait aux élections» plaide-t-il. 

Le discrédit du Front de gauche n'a pas atteint Jean-Luc Mélenchon. A travers sa campagne, nous voulons être capables de proposer un nouveau mouvement pour changer le paysage politique dans les années à venir

Portant tous ses espoirs sur Jean-Luc Mélenchon pour 2017, il justifie le choix du candidat du Parti de gauche de ne pas avoir consulté le Front de gauche et les communistes avant d'annoncer sa candidature. «On ne peut plus continuer à faire une petite cuisine chacun de notre côté. Etant donné la gravité de la situation - on nous parle d'un duel entre la droite et l'extrême droite - il faut que nous arrivions à représenter tout ce qui est en train de bouger dans le pays» explique-t-il. 

«L'extrême droite a été favorisée par les médias»

Bottant tout d'abord en touche concernant la perte des électeurs de gauche, qui se tournent désormais vers le Front National, Eric Coquerel met en cause les médias, pour le temps de parole accordé, et «l'establishement politique» qui s'en serait selon lui servi comme d'un «diable de confort», pour s'assurer des victoires au deuxième tour en le mettant dans le jeu. 

Revenant néanmoins sur la responsabilité de son camp dans la montée du FN, Eric Coquerel déplore que l'extrême gauche n'a pas été capable de devenir «un mouvement type Podemos», c'est à dire un «mouvement uni qui dépasserait les intérêts de boutique» et non pas un cartel de partis. 

Favorable au scrutin proportionnel, Eric Coquerel estime en effet qu'il est plus démocratique, même si cela implique accorder plus de députés au parti de Marine Le Pen, auquel il est farouchement opposé. Selon lui, penser que l'on peut juguler l'extrême droite - qui rappelle-t-il, à réussi à percer même avec un scrutin majoritaire - en ayant recours à des principes qui ne sont pas démocratiques est une erreur.

La démocratie, c'est le fait que toutes les sensibilités soient représentées. On ne s'attaque pas à une maladie en cassant le thermomètre

Inspirée par le succès de Podemos en Espagne, sa stratégie est de donner le maximum de choix aux électeurs, écartant ainsi non seulement une primaire mais aussi l'idée d'une fusion avec l'ensemble des mouvements de gauche : «On ne peut pas critiquer et manifester contre le gouvernement et ses lois, et à l'approche des élections faire comme si de rien n'était et nous rabibocher avec lui pour trouver un candidat commun. Ce serait une trahison pour les français et ça ferait le lit du Front National !» conclut-il. 

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