A défaut d'une destitution, l'enquête russe promet-elle à Trump l'isolement et l'impuissance ?

A défaut d'une destitution, l'enquête russe promet-elle à Trump l'isolement et l'impuissance ?© Kevin Lamarque / Reuters
Le Capitole, à Washington.

Depuis deux ans, Donald Trump fait face à des accusations de collusion avec la Russie. Si l'enquête atteint des sommets de complexité, un constat simple s'impose : depuis 2016, aux Etats-Unis, le pouvoir judiciaire est en guerre contre l'exécutif.

Dans la guerre qui oppose une partie de l'appareil d'Etat américain à une autre, Donald Trump a sans doute perdu une bataille. Le 21 août dernier, le président américain a été directement mis en cause par son ex-avocat, Michael Cohen. Celui-ci a déclaré avoir procédé à deux versements d'argent pour acheter le silence de deux femmes qui affirmaient avoir eu des relations avec Donald Trump – dont l'actrice pornographique Stéphanie Clifford, alias Stormy Daniels.

La transaction entre Michael Cohen et Stormy Daniels avait été négociée un mois avant l'élection présidentielle remportée par Donald Trump. La relation sexuelle présumée remontait elle à dix ans, alors que le magnat de l'immobilier new-yorkais convolait déjà avec son épouse actuelle Melania.

Mais, plus embarrassant, Michael Cohen affirme être en mesure de prouver que Donald Trump a donné son accord à une rencontre – désormais connue comme le Trump Tower meeting – entre plusieurs de ses proches, dont son fils Donald Jr., et des lobbyistes russes en juin 2016. Cette entrevue fait partie des pistes les moins fragiles permettant d'inférer une «collusion» avec sinon la Russie, du moins des Russes.

Le peuple américain se révolterait contre ça

Autre mauvaise nouvelle pour le dirigeant américain, Paul Manafort, son directeur de campagne en 2016, a été reconnu le 21 août coupable de fraude fiscale et bancaire. Il n'en a pas fallu plus aux adversaires de Donald Trump, ainsi qu'à une partie de la presse, pour évoquer la possibilité d'une procédure de destitution du président – «impeachment» en anglais. Ce à quoi l'avocat de Donald Trump et ex-maire de New York a rétorqué le 23 août : «Vous ne pourriez destituer [Donald] Trump que pour des raisons politiques, mais le peuple américain se révolterait contre ça.»

A défaut d'«impeachment», Donald Trump empêché de facto

Evoquée, et même ardemment souhaitée dès le début de son mandat par ses opposants, la perspective d'une destitution de Donald Trump reste néanmoins pour l'heure hypothétique : même en cas de défaite aux prochaines élections législatives de novembre 2018 – les «midterm elections» –, le Sénat devrait rester acquis au président américain et bloquer toute tentative d'«impeachment», laquelle requiert une majorité qualifiée des deux chambres. En outre, une large frange de l'opinion publique devrait lui rester favorable, ne serait-ce qu'en raison de l'amélioration de la situation économique aux Etats-Unis

Les ennuis judiciaires de Donald Trump attestent surtout de l'ampleur de la guerre qui fait rage au sommet de l'Etat et dont le premier effet, non des moindres, est d'entraver l'action du président. Bien qu'aucune preuve d'une ingérence russe – qui de hackers russes, qui de la Russie, d'oligarques ou hommes d'affaires russes, voire de Vladimir Poutine lui-même – n'ait été apportée, l'enquête du procureur spécial Robert Mueller emporte tout sur son passage, mettant au jour les turpitudes de la classe politique et de l'élite états-unienne.

Car de fait, Michael Cohen a beau affirmer qu'il est en mesure de faire des révélations sur cette fameuse immixtion de la Russie dans les élections américaines... il lui reste à les faire. Et pour l'heure, cet ex-fidèle de Donald Trump n'est accusé que de violation des lois sur le financement électoral, et non pas de collusion avec la Russie. Sa parole est désormais conditionnée – particularité du droit américain qui n'est pas exempt de dérives – par un accord de négociation de peine avec les autorités, c'est-à-dire plus précisément avec le procureur spécial Robert Mueller... qui instruit justement à charge l'enquête sur la Russie. 

Théories du complot... contre les Etats-Unis

Outre le mélange des genres et le brouillage des limites de la séparation des pouvoirs, il est un fait inédit : Donald Trump tente de continuer à exercer le pouvoir, tandis qu'autour de lui ses collaborateurs tombent les uns après les autres.

En décembre 2017, première pièce maîtresse dans le jeu du président américain à flancher : le conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump Michael Flynn. Celui-ci avait ainsi été inculpé pour «complot contre les Etats-Unis». Non pas pour collusion avec la Russie mais pour avoir menti FBI sur ses conversations fin 2016 avec l'ambassadeur de Russie, Sergueï Kisliak, sous la présidence de Barack Obama (soit après l'élection de Donald Trump mais avant son investiture officielle).

Signe de l'isolement croissant de Donald Trump au sommet d'un Etat dont il ne tient pas toutes les commandes, le successeur de Michael Flynn, Herbert Raymond McMaster, s'est appliqué à faire le ménage au Conseil de la Sécurité nationale, limogeant des collaborateurs jugés proches de Steve Bannon, figure de l'alt-right américaine et théoricien du «trumpisme». 

Une revanche posthume pour Hillary Clinton

A bien des égards, la justice américaine semble accorder du crédit à ces mêmes accusations régulièrement proférées par Hillary Clinton, candidate malheureuse – bien que favorite – à l'élection américaine. Depuis sa défaite en 2016, même si elle se fait plus rare, l'ex-secrétaire d'Etat de Barack Obama semble n'avoir de cesse que son ancien rival ne soit à son tour compromis, comme elle l'avait été par l'emailgate, dont elle attribue la responsabilité à Donald Trump et son équipe. En juin 2017, elle affirmait ainsi : «Nous obtenons de plus en plus d'informations sur des contacts entre des responsables de la campagne de Trump et ses proches avec les Russes avant, pendant et après l'élection.» «1 000 agents russes ont été impliqués dans la transmission de messages», soutenait-elle encore, ne renonçant toujours pas à tourner la page.

Fait notable, l'avocat que s'est choisi Michael Cohen, longtemps un fidèle de Donald Trump, est un proche des Clinton. Comme le rapporte CNN, Lanny Davis entretien des liens poussés avec Bill et Hillary depuis ses études à Yale au début des années 1970. Dans les années 1990, sa carrière avait connu une accélération lorsqu'il était bombardé conseiller juridique spécial à la Maison Blanche.

Confronté à une enquête qu'il juge partiale, Donald Trump fait feu de tout bois, quitte à donner l'impression que Capitol Hill est pris de folie. Après avoir incendié le procureur spécial Robert Mueller en lui reprochant son «sale boulot» dans l'enquête russe, le chef de l'exécutif américain a une nouvelle fois dérogé à la règle de la séparation des pouvoirs en s'en prenant à son ministre de la Justice, Jeff Sessions. «[Il] n'a jamais pris le contrôle du département de la Justice», a-t-il fulminé lors d'une interview sur la chaîne Fox News le 22 août. Et d'ajouter : «Tout le monde voit ce qui se passe au ministère de la Justice. Je mets maintenant toujours "justice" entre guillemets.» Face aux protestations de Jeff Sessions, Donald Trump a encore fait monter la pression ce 24 août, l'invitant à enquêter sur les liens possibles entre le FBI, le Parti démocrate et l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, soupçonnés d'avoir financé le «dossier Trump» en 2016. L'enquête sur l'ingérence russe supposée va-t-elle faire exploser le sommet de l'Etat américain ?

Lire aussi : «La menace russe» : Hillary Clinton persiste à accuser Moscou de tous les maux

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