Situation sous tension à Aulnay : «C'est quelque part à la police de marquer un geste de solidarité»

Situation sous tension à Aulnay : «C'est quelque part à la police de marquer un geste de solidarit黩 FRANCOIS GUILLO Source: AFP
Des habitants d'Aulnay-sous-Bois manifestent contre les violences policières après l'arrestation et le viol de Théo.

Comment apaiser le contexte tendu à Aulnay ? Pour l'avocat Asif Arif, les policiers enverraient un signal fort en rejoignant les manifestations de soutiens à Théo. Pour lui, «au travers des violences policières, la police elle-même est attaquée.»

RT France : Le gouvernement et le ministre de l'Intérieur Bruno Leroux ne se sont exprimés qu'aujourd'hui sur l'interpellation violente de Théo par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois. Alors que manifestations et violences animent la ville depuis trois jours, cette attente vous semble-t-elle étonnante ? 

Asif Arif (A. A.) : Il est certain qu'au vu de la gravité des faits, le gouvernement aurait pu réagir plus vite en termes de communication. La mise en examen est intervenue le lundi six février 2017 ; ils auraient pu ainsi suivre le ministère de la Justice et publier un premier communiqué en ce sens et condamner les actes. On peut néanmoins comprendre ce temps de réaction. L'Etat n'est pas un appareil uniforme. L'information a dû passer par différents véhicules qui tempèrent l'information. Ils ont sans doute dû attendre des rapports d'expertises. Le gouvernement a certes pris son temps, mais il a peut-être attendu d'avoir tous les éléments entre les mains avant de réagir officiellement.

Les forces de l'ordre n'ont pas hésité à manifester pour dénoncer leurs conditions de travail, ils peuvent donc le faire aussi pour dire : «Nous ne sommes pas des policiers qui agissent d'une telle manière.»

RT France : La volonté de «fermeté» affichée par le gouvernement contre les policiers incriminés et les appels de la famille de Théo à mettre fin à toutes manifestations de violence peuvent-elles suffire à apaiser la situation ? 

A. A. : Je pense que ce qui pourrait calmer la situation serait que des policiers annoncent officiellement se désolidariser de ces actes. On a toujours demandé aux musulmans après les attentats d'exprimer leur désolidarisation. Aujourd'hui, ce geste devrait venir des policiers. Ils devraient eux aussi aller dans la rue. Ils n'ont pas hésité à le faire pour dénoncer leurs conditions de travail, ils peuvent donc le faire aussi pour dire : «Nous ne sommes pas des policiers qui agissent d'une telle manière.» Il faudrait affronter ce corporatisme. Je pense que lorsqu'une injustice de la sorte a lieu, la police devrait s'exprimer. Au travers des violences policières, la police elle-même est attaquée et disqualifiée. C'est quelque part à la police de marquer un geste de solidarité. La révolte, la colère et la violence dans la rue, elles existent depuis 2005. Cette révolte n'était pas gratuite, elle n'était pas faite pour le plaisir de brûler les voitures des gens qui vivent également en banlieue. Cette révolte existe depuis plus de dix ans et pourtant on voit que rien n'a changé.

RT France : La situation tendue actuelle pourrait-elle s'envenimer si ce n'était pas le cas ?

A. A. : Je ne pense pas que la situation va se traduire par une escalade. Il faut maintenant que le gouvernement agisse et rassure ces personnes présentes dans la rue. Qu'il rappelle que cette affaire est scandaleuse et inacceptable, mais qu'elle ne fait pas partie des pratiques courantes. C'est au gouvernement de faire ce travail d'apaisement. Plus important encore à mes yeux : il ne faut pas tomber dans l'inversion des charges. Ce phénomène qui consiste à dire que c'est forcément de la faute de ceux qui se révoltent. C'est vrai, mais cela n'est pas fait sans raison. Sur ces situations tendues, il ne faut pas se borner à la vision policière. Cela requiert une réflexion sociologique un peu plus relevée que celle que l'on a aujourd'hui.

Il faudrait une meilleure redistribution de la police

RT France : Quelles mesures pourraient permettre de rétablir la confiance et le sentiment de sécurité mutuels entre les forces de l'ordre et les citoyens selon vous ?

A. A. : Je pense qu'il faudrait une meilleure redistribution de la police. Il me semble que des policiers issus des banlieues seront plus à même de comprendre et réagir. Un officier de province qui arrive dans ces milieux-là par affectation, il n'aura pas l'habitude et les réflexes appropriés face à ce qui va se passer devant lui. Je pense qu'il faut effectivement adapter la police aux attentes des citoyens. 

Je suis favorable également, par exemple, à la mise en place d'un système de vidéo-surveillance que les officiers de police judiciaire porteraient sur eux lors des arrestations. Il me semble que ce qui est important désormais c'est de trouver des mesures proportionnelles à la violence de cette histoire qui permettent de mieux contrôler les actions des policiers, sans pour autant tomber dans les excès de l'état d'urgence. A mon sens, ce contrôle ne devrait pas être limité à celui de l'IGPN, la police des polices. Même si on ne va pas remettre en cause leur indépendance, il existe un esprit corporatiste par principe. D'autant que leur contrôle intervient toujours après les événements. Il faudrait un contrôle plus accru et mieux géré que ce que l'on a actuellement dans le dispositif législatif.

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