Barack Obama à cheval entre le racisme et les victimes de brutalités policières

© Shannon Stapleton Source: Reuters

Les manifestations contre la violence policère se multiplient aux Etats-Unis. Evoquant huit années d'inaction de l'administration Obama, Abayomi Azikiwe, éditeur de Pan-African News Wire, confie sa vision des tensions raciales dans le pays à RT.

Avant que les problèmes d’abus des forces de l’ordre ne cessent, la Maison Blanche doit adopter une position contre le racisme, le profilage racial et le complexe industrio-carcéral aux Etats-Unis.

Samedi 9 juillet au soir, à Dallas, au Texas, des dizaines de manifestants ont été arrêtés. La police s’est heurtée aux manifestants à grand renfort de véhicules blindés et de gaz lacrymogènes.

Le jeudi qui précédait, la ville s’était retrouvée sous le choc après une fusillade lors d’une manifestation «Black Lives Matter», qui a coûté la vie à cinq officiers de police. Le tireur a été identifié : il s’agit d’un réserviste de l’armée américaine, âgé de 25 ans et qui a passé un an en Afghanistan.

La politique de Barack Obama s’est résumée à éviter tout programme spécifiquement ou directement lié à la question des Afro-Américains aux Etats-Unis 

RT : Face à tous ces événements, Barack Obama estime que «le pays n’est pas aussi divisé que certains le pensent». Que pensez-vous de cette déclaration ?

Abayomi Azikiwe (A. A.) : Je pense qu’il continue d’éviter le problème de la division naissante au sein du pays entre les forces de l’ordre et les Afro-Américains ainsi que la communauté latino-américaine. La situation a dégénéré depuis qu’il est président. Sa politique s’est résumée à éviter tout programme spécifiquement ou directement lié à la question des Afro-Américains aux Etats-Unis. Il le dit depuis 2009. Et si vous regardez et analysez ses commentaires, il ne veut pas prendre parti. On ne peut pas être du côté de forces de l’ordre racistes et répressives et en même temps dire que les Afro-Américains sont ciblés de manière disproportionnée pour le profilage racial, les arrestations, les brutalités et les meurtres incontestés. C’est ça, la réalité de la situation, c’est pour cela que, depuis quelques jours, des centaines des milliers de jeunes Afro-Américains, de Latinos, et de blancs sortent volontairement dans les rues de toutes les grandes villes des Etats-Unis.

La police continue d’employer ses méthodes fatales en toute impunité

RT : Durant son mandat, le président Obama a plusieurs fois été obligé d’évoquer les problèmes de racisme et de brutalités policières. Selon vous, a-t-il tenu sa promesse de contenir la violence ?

A. A. : Rien n’a été fait. Il ne se prononce que quand il est obligé de commenter. Il l’a été, par exemple, il y a deux ans, au moment où Ferguson a connu des révoltes, à cause de nombre d’éditoriaux étrangers remettant en question cette idée que l’Amérique est une société post-raciste. Même les éditoriaux des journaux de pays comme l’Allemagne, un allié présumé des Etats-Unis, évoquaient l’hypocrisie qui caractérise la politique intérieure en Amérique. Il n’y a donc pas eu d’initiative, pas de décret, rien n’a été fait. Ils ont fait, il y a deux ans à Ferguson, une enquête sur la mort de Michael Brown. Il existe également ce profilage racial systématique et le ciblage pour la citation en justice et l’emprisonnement des Afro-Américains. Le gouvernement a présenté l’année dernière un rapport intitulé le «Rapport Ferguson», qui mettait en lumière de manière claire – dans des mails, appels téléphoniques, protocoles – que les Afro-Américains sont délibérément ciblés par les forces de l’ordre en vue d’obtenir de l’argent et d’enrichir l’industrie carcérale. Malgré toutes ces informations et ces preuves, le ministère de la Justice a prétendu ne pas avoir de raison pour poursuivre en justice la police, les tribunaux et les services de St. Louis. La même chose est en train de se passer à Baltimore et dans beaucoup d’autres villes où le ministère de la Justice était impliqué dans l’enquête. Cela ne donne rien, et la police continue d’employer ses méthodes fatales en toute impunité.

La Maison-Blanche doit se décider et prendre une position concrète contre le racisme, le profilage racial et contre le complexe industrialo-carcéral aux Etats-Unis

RT : On a récemment introduit des caméras portatives pour les agents de police. Mais cette innovation n’est pas utilisée dans l’intégralité du pays. Quels autres idées pourriez-vous suggérer pour rendre l’activité de la police américaine plus transparente ?

A. A. : Le ministère de la Justice doit prendre des mesures. Le Congrès américain doit faire quelque chose. La Maison-Blanche doit se décider et prendre une position concrète contre le racisme, le profilage racial et contre le complexe industrialo-carcéral aux Etats-Unis. Nous avons vu qu’il importe peu que vous ayez des preuves vidéos. Diamond Reynolds, la compagne de Philando Castile, abattu tout près de Minneapolis, a tout retransmis en direct sur Facebook, mais le coupable n’a pas été arrêté. Ils font donc tout [ce qu’ils veulent] sans jamais être punis. Ils font comprendre aux Afro-Américains des Etats-Unis, et à toutes les populations du pays, que les forces de l’ordres peuvent employer des méthodes létales sans avoir de vraies raisons, et que, dans 99,9 % des cas, il n’y aura pas de conséquences.

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