International

2019, une année mitigée sur le plan diplomatique pour Emmanuel Macron

L'année 2019 aura été dense pour le président de la République. Entre rapprochement avec la Russie et prises de becs avec l'OTAN ou l'Union européenne, Emmanuel Macron aura fait entendre sa voix. Avec plus ou moins de réussite.

Le président de la République a connu une année 2019 plus que mouvementée sur le plan intérieur entre mouvements sociaux et polémiques incessantes autour de ses collaborateurs. Emmanuel Macron a donc tenté d’agir sur le plan international pour porter la voix de la France, avec plus ou moins de réussite. RT France revient sur les moments marquants de l'année diplomatique du président français.

Le président français plaide le rapprochement avec la Russie

S’il y a bien un sujet sur lequel Emmanuel Macron s’est beaucoup exprimé durant l’exercice écoulé, c’est celui de la Russie. 2019 a d’abord été l’occasion pour le président français de recevoir son homologue Vladimir Poutine pour la deuxième fois depuis son entrée en fonction. Au cœur de l’été, les deux chefs d’Etat s’étaient retrouvés au fort de Brégançon pour discuter de nombreux sujets internationaux comme la situation en Ukraine ou le dossier syrien.

Au cours de cette journée, Emmanuel Macron avait souligné que, selon lui, la «Russie a une histoire avec ce que nous appelons le libéralisme politique. Le libéralisme politique, c'est l'Europe des Lumières. C'est de dire : je crois en l'individu libre et rationnel [et] la Russie y croit». Il avait par ailleurs expliqué vouloir «changer les malentendus qui se sont installés» entre les deux nations.

Quelques jours plus tard, le 27 août, lors de la traditionnelle conférence de presse de rentrée devant les ambassadeurs, le président français avait fustigé la mauvaise volonté déployée par certains acteurs des administrations russes et hexagonales afin d’empêcher un rapprochement entre les deux pays. «Vous aurez chaque jour des preuves de ne pas aller dans ce sens parce que les acteurs de part et d’autre essaieront chaque jour de menacer ce projet, y compris côté russe, car il y a beaucoup d’acteurs dans les services, dans les forces économique ou autres, qui essaieront des attaques, des provocations et essaieront de fragiliser cette voie», avait-il alors dénoncé.

Début septembre, la France avait participé à la 12e réunion du Conseil de coopération de sécurité russo-français, organisée pour la première fois depuis 2014. Jean-Yves le Drian et Florence Parly s’étaient rendus à Moscou afin d’établir une base de «confiance» selon les mots du ministre des Affaires étrangères. L’occasion pour les représentants des deux pays d’aborder le sujet du nucléaire iranien, de la course à l’armement ou encore de la stabilisation de la situation en Ukraine.

Sur ce dernier dossier, la France a rappelé à de nombreuses reprises son attachement à l’application stricte des accords de Minsk dans l’est du pays. Paris avait notamment accueilli, fin décembre, la réunion au «format Normandie», la première depuis 2016, entre Emmanuel Macron, Angela Merkel, Vladimir Poutine et le président ukrainien Volodymyr Zelensky. A l’issue de la rencontre, le locataire de l’Elysée avait mis en lumière des discussions qui ont «permis d’avancer sur des points cruciaux pour le processus de paix en Ukraine». Quelques jours plus tôt, lors d’une conférence de presse commune avec le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg, il avait déclaré que la Russie n’était pas un «ennemi» tout en réclamant un dialogue «exigeant» avec elle.

Emmanuel Macron contre l’OTAN : la guerre des mots

Si Emmanuel Macron a semblé enclin à relâcher la pression sur la Russie, il s’est montré beaucoup plus dur avec l’OTAN. Dans un entretien accordé à The Economist, publié le 7 novembre, le président français avait affirmé que l’organisation était en état de «mort cérébrale», à la suite de l’offensive de la Turquie, membre de l’OTAN, lancée en octobre contre les Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu'elle considère comme terroristes.

«Vous n'avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis [de se retirer des troupes du nord syrien] partiellement avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination […] Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l'OTAN», avait-il fait valoir.

Une sortie qui avait fait réagir la Turquie mais aussi les Etats-Unis. Lors de la visite du président Recep Tayyip Erdogan sur le sol américain, le 13 novembre, Donald Trump avait fermement répondu à son homologue français : «Je pense que le président [turc] n’a vraiment pas apprécié […] et je pense que beaucoup d’autres gens ont eu la même réaction.»

A la fin du mois de novembre, les relations s’étaient encore un peu plus tendues entre la France et la Turquie. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, avait accusé le président français de «parrainer le terrorisme» en Syrie, à la suite de l'entretien d'Emmanuel Macron avec le secrétaire général de l’OTAN. Le lendemain, le président turc avait jugé que le locataire de l’Elysée était lui-même en état de «mort cérébrale».

Des relations tendues avec l’Union européenne

Une des ambitions affichées par Emmanuel Macron dès son accession au pouvoir était de repenser l’Europe et d’emmener tous ses partenaires continentaux vers son projet. Force est de constater que l’année 2019 ne lui aura pas donné entière satisfaction. Tout d’abord sur le cas Sylvie Goulard. Proposée par Emmanuel Macron en personne pour occuper poste de commissaire responsable du marché intérieur, de l’industrie, du numérique, de la défense et de l’espace, l’ancienne ministre des Armées avait été désavouée par le Parlement, qui ne lui avait pas donné sa confiance après ses deux auditions devant l’institution, sans doute en raison de l’affaire des emplois présumés fictifs d'assistants des eurodéputés du Mouvement démocrate (MoDem), affaire dans laquelle elle a été mise en examen depuis. Thierry Breton a finalement été choisi pour la remplacer.

L’ancien ministre de l’Economie avait, en outre, fait grincer les dents des responsables des institutions européennes en s’opposant, lors d’une réunion des ministres des Affaires européennes, le 15 octobre à Luxembourg, à l’ouverture des négociations sur l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’Union européenne (UE), contre l’avis de tous les autres pays membres. «C'est une lourde erreur historique», avait regretté Jean-Claude Juncker, alors président de la Commission européenne, durant la conférence de presse tenue lors du sommet européen, le 18 octobre à Bruxelles. «Avant tout élargissement, sachons nous réformer», lui avait répondu Emmanuel Macron. Donald Tusk, le président du Conseil européen, avait lui aussi critiqué la décision française.

Mais le président français s’était également attiré les foudres de la Bulgarie lors d’une interview accordée à nos confrères de Valeurs actuelles, le 30 octobre. «Je préfère avoir des gens qui viennent de Guinée ou de Côte d'Ivoire légaux, qui sont là et qui font ce travail, [pour des secteurs comme le BTP et la restauration ayant besoin de main-d’œuvre étrangère] que des filières bulgares ou ukrainiennes clandestines», avait confié Emmanuel Macron, suscitant le courroux du président bulgare Roumen Radev, qui avait raillé, le 3 novembre, des propos «de bas étage».

Quels chantiers pour 2020 ?

L’année a donc été très chargée sur le plan international pour le président français, qui a également organisé le G7 à Biarritz, au cours duquel il aura tenté de forcer, sans succès, le rapprochement de l’Iran et des Etats-Unis, ou encore annoncé la fin du Franc CFA. Ses joutes verbales avec l’exécutif brésilien autour des feux de forêts en Amazonie ainsi que les quelques dissensions constatées avec ses alliées allemands ont, elles aussi, compliqué l’année d’Emmanuel Macron.

Reste que le président français devra faire face à de nombreux dossiers brûlants en 2020, principalement sur le règlement du conflit dans l’est de l’Ukraine mais aussi pour réintégrer la France dans le processus de décision en Syrie. Régulièrement critiquée par Bachar al-Assad, la France a perdu, au cours de l'année, tout avantage dans la région laissant à la Russie, aux Etats-Unis et à la Turquie, le soin de décider de l'issue du conflit.

Lire aussi : Macron 2019 : une année compliquée face à la rue et aux scandales entourant ses collaborateurs