Le plan de Trump résistera-t-il à sa ligne résolument pro-israélienne ?

Le plan de Trump résistera-t-il à sa ligne résolument pro-israélienne ?© JONATHAN ERNST Source: Reuters
Donald Trump et son gendre Jared Kushner devant le mur des lamentations à Jérusalem, le 22 mai 2017.

Convaincu de pouvoir résoudre le conflit israélo-palestinien grâce à son plan – dont les contours demeurent un mystère –, le président américain Donald Trump ne brille pourtant pas par son impartialité dans ce dossier depuis sa prise de fonction.

Le président américain Donald Trump l'assure depuis le début de son mandat, il travaille à élaborer un plan à même de satisfaire Palestiniens et Israéliens dans le conflit qui les oppose, pour conclure ce qui serait sans conteste le plus grand succès diplomatique de ces dernières décennies.

Si les spéculations vont bon train, les détails de cet «accord ultime» – pour lequel il a mandaté son gendre Jared Kushner et un émissaire spécial, l'avocat Jason Greenblatt – ne devraient être rendus publics qu'après le 9 avril, date des élections législatives israéliennes. En attendant, chaque initiative américaine prise par l'administration Trump laisse un peu plus apparaître le penchant pro-israélien de Washington, permettant de douter sérieusement de l'impartialité du président américain, nécessaire à une résolution rapide du conflit.

Le Golan, un avertissement pour la Palestine ?

Dernier exemple en date, le 21 mars, lorsque Donald Trump a évoqué sur Twitter une possible reconnaissance par la Maison-Blanche de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan. «Après 52 années, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, qui est d'une importance cruciale pour la stratégie et la sécurité de l'Etat d'Israël sur la stabilité régionale !», a-t-il écrit.

Conquise sur la Syrie par Israël lors de la guerre des Six Jours, la région occidentale du Golan fait partie des territoires que l'Etat hébreu occupe et au sujet duquel le Conseil de sécurité de l'ONU avait adopté en 1967 sa fameuse résolution 242. Le territoire a été annexé en 1981 après un vote de la Knesset, contre l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU, qui considère l'annexion comme «nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international».

S'il peut être interprété comme un coup de pouce électoral à Benjamin Netanyahou – l'interlocuteur privilégié de Jared Kushner dans le dossier israélo-palestinien, dont le règne à la tête du pays est menacé par l'alliance de ses principaux rivaux – le message envoyé par Donald Trump à de quoi inquiéter l'Autorité palestinienne sur le devenir de la Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Jérusalem, la «claque du siècle»

D'autant que le président américain a prouvé qu'il n'hésitait pas à passer de la parole aux actes, comme en témoignage sa décision unilatérale de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, en décembre 2017. «De nombreux présidents ont dit qu'ils voulaient faire quelque chose [dans ce sens] et ils ne l'ont pas fait», expliquait alors le président pour justifier une décision à rebours de plusieurs décennies de prudente diplomatie américaine sur ce sujet délicat.

En effet, si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s'est félicité d'un «événement historique», pour de nombreux dirigeants arabes, au premier rang desquels ceux de l'Autorité palestinienne, il s'agit d'un véritable casus belli. Annexée illégalement par Israël en 1967, Jérusalem-Est est revendiquée par les Palestiniens comme capitale de l'Etat dont ils espèrent depuis de longues années une reconnaissance internationale. Le statut de Jérusalem est par conséquent l'une des principales questions sur lesquelles se déchirent Israéliens et Palestiniens.

Ce bouleversement diplomatique impulsé par Donald Trump, qui a embrasé le monde arabe durant des semaines, ne constitue selon lui que la «reconnaissance d'une réalité historique», qu'il a d'ailleurs appuyée en déplaçant dans la foulée l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, pour la plus grande satisfaction des autorités israéliennes. En revanche, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, un temps ouvert au «pragmatisme» de Donald Trump, a eu du mal à digérer la décision américaine : «Nous disons à [Donald] Trump que nous n'accepterons pas son plan, l'affaire du siècle s'est transformée en claque du siècle.»

La fin de l'aide aux Palestiniens comme moyen de pression

Face au tumulte provoqué par cette décision, le président américain a revendiqué une «nouvelle approche» sur le conflit israélo-palestinien, tout en réaffirmant qu'il ferait son possible pour qu'un accord de paix soit trouvé. Une approche qui s'est traduite par l'annulation en août dernier de plus de 200 millions de dollars d'aide américaine aux Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, quelques mois après que les Etats-Unis ont drastiquement coupé leur contribution à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Puis en septembre, le président américain a ordonné la suppression d'une aide de 25 millions de dollars aux hôpitaux palestiniens à Jérusalem-Est. A chaque fois, ces décisions ont été officiellement justifiées par le département d'Etat «pour s'assurer que ces fonds soient dépensés en accord avec les intérêts nationaux américains».

La raison profonde a toutefois été révélée par le locataire de la Maison-Blanche à l'occasion d'une rencontre avec des dirigeants juifs à Washington, lorsqu'il leur a expliqué que ces décisions avaient pour objectif de contraindre les Palestiniens à négocier : «Les Etats-Unis leur payaient d'énormes sommes d'argent. Je dis :"Vous aurez l'argent mais nous ne vous paierons pas avant que nous ayons conclu un accord. Si nous ne concluons pas d'accord, nous ne payons pas".» Depuis l'annonce de la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d'Israël, l'Autorité palestinienne avait en effet gelé ses relations avec Washington, lui déniant tout rôle de médiateur dans le processus de paix.

L'attitude de Washington a offusqué l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui a dénoncé un «chantage politique», allant contre «la décence humaine et la morale». Pour Hossam Zomlot, l'envoyé de l'OLP à Washington, le retrait de ces fonds ne fait par ailleurs que «confirmer l'abandon de la solution à deux Etats et l'adhésion complète à l'agenda anti-paix du [Premier ministre israélien Benjamin] Netanyahou».

Au contraire, Israël a tenu à saluer la fin de l'aide américaine à l'UNRWA, accusant cette agence de «perpétuer le conflit» en cultivant l'idée que les réfugiés palestiniens et leurs descendants auraient un jour le droit de retrouver les terres qu'ils ont dû quitter en 1948.

Retrait du Conseil des droits de l'homme de l'ONU

Si la démarche américaine interpelle sur le plan moral de nombreux acteurs internationaux, l'administration Trump ne semble pas s'embarrasser de ce genre de considérations. En témoigne notamment le retrait des Etats-Unis du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU (CDH) en juin 2018, annoncé par celle qui était encore la représentante permanente des Etats-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley.

Qualifiant cette institution de «cloaque de partis pris politiques», Nikki Haley l'a surtout accusée d'entretenir une partialité systématique à l'encontre d'Israël. «Nous prenons cette mesure parce que notre engagement ne nous permet pas de continuer à faire partie d'une organisation hypocrite et servant ses propres intérêts, qui fait des droits de l'homme un sujet de moquerie», avait-elle fait valoir à l'époque.

Un argument que n'avaient pas renié les responsables israéliens, qui s'étaient empressés de saluer cette décision. «Depuis des années, le CDH a prouvé qu'il était une organisation hostile, avec un biais anti-Israël, qui a trahi sa mission de défendre les droits de l'homme», avaient ainsi déclaré les services du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou dans un communiqué, saluant une «décision courageuse».

Il faut dire que peu de temps avant l'annonce de ce retrait, le CDH avait voté une résolution pour envoyer une équipe internationale spécialisée dans les crimes de guerre, afin d'enquêter sur les événements à Gaza, théâtre depuis plusieurs mois de protestations hebdomadaires le long de la barrière.

Le CDH a d'ailleurs publié en février 2019 les conclusions de son rapport, dans lequel il estime que la réponse d'Israël pouvait «constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité». Une donnée que Donald Trump s'est donné le droit d'ignorer lorsque viendra le temps de proposer son plan.

Lire aussi : Al-Jazeera mène une enquête explosive sur le lobby pro-israélien... avant de geler sa diffusion

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