Les drames du mandat de Monsieur Hulot

Les drames du mandat de Monsieur Hulot© Charles Platiau Source: Reuters
Nicolas Hulot.

Le ministre de la Transition écologique, qui a claqué la porte du gouvernement en dénonçant notamment l'influence des lobbies, aura passé une année mouvementée. Il s'est attiré les foudres de tous, collègues comme défenseurs de l'environnement.

S'il n'a pas toujours convaincu l'opinion durant ses fonctions en tant que ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot n’a jamais cessé d’avertir qu’il démissionnerait du gouvernement si son action était entravée. Ce qu'il a donc fait ce 28 août, à la surprise générale, dénonçant notamment la «présence des lobbies dans les cercles du pouvoir». Après un an de «tensions», selon ses propres termes, la liste de ses déceptions, drames intérieurs et conflits ouverts ou larvés avec ses différents interlocuteurs est longue.

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Renoncements politiques

Le mandat de 15 mois de Nicolas Hulot a notamment été marqué par de nombreux renoncements à ses convictions. L’accord sur le libre échange avec le Canada, le Ceta, dont il était un farouche opposant, est entré en vigueur en septembre 2017. Nicolas Hulot a du revenir sur ses promesses concernant la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique. Recul également sur le glyphosate, dont l’interdiction, maintes fois promise et fixée à cinq ans, n’a pas été catégoriquement entérinée ni inscrite dans la loi. En avril 2018, les Etats généraux de l’alimentation, annoncés en grande pompe, n’ont été qu’une série de revers pour les défenseurs d’une agriculture durable et d’une alimentation saine : il s'en était préalablement retiré, sentant la débâcle. Encore plus surprenant au regard de ses convictions, Nicolas Hulot a donné l’autorisation en mai 2018 à Total d’exploiter une raffinerie d'huile de palme.

En outre, son plan qualité de l'air n'a pas empêché pas le renvoi de la France devant la justice européenne. En juillet 2018, son autorisation à abattre des loups lui a valu de nouvelles inimitiés. Il faut ajouter à ces humiliations des mesures favorisant les chasseurs, avec la division par deux du prix du permis de chasse en août 2018 par Emmanuel Macron.

Le conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs a en effet assisté à la réunion avec le chef de l’Etat sur le sujet. Sa présence inopinée a été perçue par Nicolas Hulot comme l'infiltration d'un lobby au plus près du pouvoir. «C'est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner», a-t-il avoué. 

Auteur: RT France

Brouilles à répétition avec écologistes et ONG

Le mandat de Nicolas Hulot aura en outre été émaillé de nombreuses prises de bec avec les écologistes, ONG et associations de défense de l'environnement, qui ne lui pardonnaient pas de céder aux pressions, ou lui reprochaient son impuissance.

A commencer par le député européen EELV Yannick Jadot, qui n’a cessé de commenter sans ménagement son action au gouvernement. «La vérité est très dure pour Nicolas Hulot. Il est piétiné par le gouvernement, par l'Assemblée nationale, par le président de la République. Il donne un sentiment d'impuissance de l'écologie», avait-t-il déclaré sur France 2 en mai 2018. «Le ministre de l'Ecologie, si emblématique soit-il, se retrouve KO dans les cordes. Quel retournement effrayant…» avait-il en outre déclaré au Parisien. «Avez-vous seulement mené la bataille ?», lui avait rétorqué le ministre alors en exercice.

Sur France 3, en mai 2018, Michèle Rivasi, élue EELV, avait quant à elle incité le ministre à quitter ses fonctions : «Je lui dis de quitter le gouvernement, qui tient un discours écologiste sans le respecter dans la réalité. Nicolas, si tu tiens à ta crédibilité, tu pars.»

Julien Bayou, porte parole d'EELV, n’avait pas eu la dent moins dure au moment ou le ministre avait appelé à «l'union sacrée sur le climat». «Hulot lance un nouvel appel pour le climat. Bien... En attendant c'est l'Etat qui fait appel du jugement qui enterrait le projet EuropaCity. Et c'est le gouvernement qui joue "l'union sacrée" pour le nucléaire, la méga mine d'or ou les forages pétroliers en Guyane», avait dénoncé l'écologiste sur Twitter en juillet 2018.

Du côté des ONG, le cynisme était de mise. L'économiste altermondialiste Maxime Combes d’Attac avait raillé le politique en juillet 2018 : «C'est vraiment dommage que Nicolas Hulot ne soit pas ministre de l'Ecologie et de la Transition énergétique».

Brouille avec Brigitte Bardot

Même des personnalités médiatiques se sont attaquées au ministre. Qualifiant le 11 août dans Var Matin le ministre d'Etat de «trouillard de première classe», l'actrice et militante Brigitte Bardot a estimé qu'il ne «ser[vait] à rien». Contestant l’abattage des loups et la politique menée vis-à-vis du glyphosate, l'actrice, qui s'était pourtant réjouie de sa nomination en mai 2017, l'avait tancé : «Au final, ce type me fait peur car il est dangereux», ajoutant : «Tout ce qu'il fait est destructeur.»

Réagissant avec véhémence, c’est un Nicolas Hulot sur la défensive qui lui avait téléphoné le 12 août pour lui faire des remontrances. Un échange relaté sur le compte Twitter de l’actrice.

D’autres détracteurs médiatiques ont contesté les contradictions et paradoxes de Nicolas Hulot. L'écrivain Michel Onfray s’est ainsi fendu de chroniques vidéos acerbes, dont l'une appelée «Hulot le rigolo» fustigeant le bilan carbone de ses anciennes activités en tant que présentateur télévisé et son parc automobile.

Les rumeurs de scandale sexuel

La vague de révélations de scandales sexuels présumés consécutifs à l’affaire Weinstein n’a pas épargné le ministre, qui s'est retrouvé ciblé par des rumeurs, dans un article publié début février par feu le magazine Ebdo. La publication affirmait que Nicolas Hulot aurait fait l’objet de deux plaintes, de la part d’une ancienne collaboratrice de sa fondation et d’une autre jeune fille. Toutefois l’une des deux plaintes avait été classée sans suite, et le ministre a affirmé que la seconde plainte n’avait jamais existé, l’intéressée ayant bien confirmé cette version au magazine Le Point.

Ces révélations ont néanmoins beaucoup affecté le ministre. Il s’est senti obligé de prendre les devants et de désamorcer le scandale en allant exposer sa version des faits à la radio le 8 février. Au micro de Jean-Jacques Bourdin, il s’était dit très éprouvé par ces accusations qu'il rejette. «On touche à ma famille, mes enfants et là, je dis stop», avait-t-il martelé.

La crise existentielle perpétuelle

Cette année de mandat aura surtout été marquée par la crise existentielle d’un homme politique sous pression, dans une position intenable face aux orientations du pouvoir et la «présence des lobbies dans les cercles du pouvoir», selon ses propres termes.

Dès octobre 2017, il ne cachait pas ses doutes quand à sa capacité d'action au sein du gouvernement, dans un entretien au journal Le Monde : «Je me donne un an pour voir si je suis utile, si j’ai réussi à créer des convergences, à insuffler une forme de cohérence dans l’action du gouvernement en faveur de la transition écologique.»

Décrite comme un coup de théâtre, sa démission n’est-elle pas au fond la chronique d’une mort annoncée ? Mi-mai 2018, Nicolas Hulot avait déclaré au micro de BFMTV qu’il ferait son bilan au cours de l’été : «J’aurai suffisamment d’éléments pour savoir si je participe à la transformation sociétale.»

Il comptait en discuter à ce moment avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe. «Si je sens qu’on n’avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire éventuellement qu’on régresse, à ce moment-là, j’en tirerai les conclusions», avait-t-il déclaré. Cette fois, il a pu tenir parole.

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