Wauquiez et Dupont-Aignan : rude concurrence à droite pour incarner le souverainisme

Wauquiez et Dupont-Aignan : rude concurrence à droite pour incarner le souverainisme© JACQUES DEMARTHON Source: AFP
Nicolas Dupont-Aignan ne comprend pas l'obstination de Laurent Wauquiez à refuser une alliance entre le parti souverainiste DLF et Les Républicains

Favori pour prendre la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez assure vouloir faire bouger la ligne du parti sur l'Europe. Nicolas Dupont-Aignan s'agace que Laurent Wauquiez reprenne ses idées tout en refusant une alliance avec lui.

«Laurent Wauquiez dans Le Figaro reprend mon discours sur l'Europe des Nations», s'offusque Nicolas Dupont-Aignan ce 15 novembre sur les réseaux sociaux. Partisan d'une union des droites allant des Républicains au Front National face à ce qu'il appelle l'«arnaque Macron», le président de Debout la France a souhaité montrer ce qu'il estime être les contradictions de Laurent Wauquiez : «Pourquoi ne veut-il pas une union face aux eurofédéralistes ?»

La question que pose Nicolas Dupont-Aignan fait suite à des déclarations du favori à la présidence des Républicains (LR) dans un entretien accordé au Figaro le 15 novembre. Celles-ci revêtaient en effet un fort caractère souverainiste. «Je crois à l'Union des États nations», avait-il déclaré, tranchant avec le vocabulaire habituellement employé par LR. Plaidant pour un recentrage autour d'«un noyau dur, sans doute autour de douze pays», il avait ajouté : «L'Europe de l'immigration, cela ne marche pas ! Je préconise que la France retrouve la souveraineté sur sa politique migratoire et qu’on bâtisse un nouveau Schengen, sans cette politique migratoire.»

S'il refuse l'étiquette d'«eurosceptique», Laurent Wauquiez prend cependant le risque de bousculer son parti s'il en prend la présidence à l'issue du vote qui aura lieu en décembre prochain. LR, qui avait défendu le traité de Lisbonne en 2009, validant donc le renforcement des accords de Schengen, et qui avait avait voté pour le traité constitutionnel européen de 2005, compte en effet dans ses rangs plusieurs promoteurs d'une intégration européenne plus poussée.

Laurent Wauquiez, l'incarnation d'une droite euro-critique ?

Prenant acte de la nécessité de rassurer une partie de l'électorat traditionnel des Républicains, Laurent Wauquiez a tout de même affirmé être «un européen convaincu». Il s'est d'ailleurs positionné à plusieurs reprises contre une union avec le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France. En effet, le président de la région Rhône-Alpes-Auvergne considère l'alliance du député de l'Essonne avec le Front national de Marine Le Pen, lors du second tour de la présidentielle, comme un casus belli entre sa propre formation politique et celle de Nicolas Dupont-Aignan.

Refuser l'alliance avec Nicolas Dupont-Aignan qui avait quitté l'UMP (parti rebaptisé LR en 2015) pour fonder son propre mouvement eurosceptique, à une époque où lui-même soutenait le renforcement des accords de Schengen, tout en tentant de le concurrencer sur la ligne souverainiste... Voilà un pari compliqué pour Laurent Wauquier. D'autant que ses propres prises de position par le passé semblent confirmer un réel revirement idéologique.

En effet, dans une interview au Monde en avril 2011, l'ancien ministre sarkozyste de François Fillon déclarait, à propos de l'intégration de la Croatie dans l'UE : «La France gagne quand elle est sur des positions résolument pro-européennes.» En 2010 et en 2011, il se prononçait également, à l'Assemblée nationale pour l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen : «La Roumanie et la Bulgarie ont vocation, à terme, à entrer dans l’espace Schengen. Cela constituera le prolongement de leur adhésion à l’Union européenne, point qui ne fait aucun doute.»

Sans doute la stratégie de Laurent Wauquiez est-elle dictée par l'espace politique qui se dégage à la droite de LR. Depuis le second tour de la présidentielle, le Front national, détenant jadis le quasi-monopole de l'euroscepticisme, ne fait plus de la critique de l'UE une priorité. Le départ de Florian Philippot du parti de Marine Le Pen et ses tentatives de mains tendues à Jean-Luc Mélenchon témoignent d'ailleurs de ce que le courant souverainiste connaît une dynamique qui dépasse le simple cadre de la droite.

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