Buzz l'Eclair compare Hollywood à l'Allemagne nazie. Où est Captain America ?

Buzz l'Eclair compare Hollywood à l'Allemagne nazie. Où est Captain America ?© Mike Blake Source: Reuters

Après la victoire de Trump, les Etats-Unis sont déchirés. Les Américains sont tous devenus «des Hitler et souffrent d'un profond malaise face aux forces déchaînées en faveur de et en opposition au président», explique l'écrivain Michael McCaffrey.

La semaine dernière, le comédien conservateur Tim Allen a déclaré que le Hollywood progressiste ressemblait à l’Allemagne des années 1930 en raison de son intolérance aux opinions politiques divergentes. Buzz l’Eclair, a-t-il raison ?

Je ne suis pas du tout fan de Tim Allen. Je préférerais plutôt me tirer une balle dans la tête que regarder une seule seconde de son travail. Je doute que Tim Allen, voix emblématique de Buzz l’Eclair et star de la série télévisée américaine Papa Bricole, se soucie quelque peu de ce que pense un nul comme moi lorsqu’il est assis dans son manoir en or massif.

Cela dit, en tant que citoyen de la République populaire d’Hollywood, la déclaration de Tim Allen m'a offensé. Jeudi dernier [16 mars], il a dit dans l’émission de Jimmy Kimmel : «Dans cette ville, je ne plaisante pas, vous devez être vraiment prudent ici, vous savez, parce que vous pouvez être attaqué, si vous ne croyez pas en ce que tout le monde croit. C’est comme dans l'Allemagne des années 1930.»

Après un examen plus approfondi, Hollywood n’est pas aussi «progressiste» que la plupart des gens le pensent

Il plaisantait et il exagérait pour faire de l’effet, mais il y avait tout de même un brin de vérité dans sa boutade. Donc, même si j’ai rejeté automatiquement l’affirmation de Buzz l’Eclair, je me suis dit qu'il fallait y regarder de plus près pour trouver cet embryon de vérité.

Tout d’abord, il est exact qu'Hollywood est progressiste du fait que la majorité des gens votent démocrate. Mais après un examen plus approfondi, Hollywood n’est pas aussi «progressiste» que la plupart des gens le pensent. Par exemple, quand Michael Moore a prononcé son fameux discours contre la guerre en Irak lors de la cérémonie des Oscars en 2003, le public l’a résolument hué. Je suppose que cet auditoire, comme les démocrates du Congrès, soutenait cette invasion funeste.

En outre, si vous jetez un coup d’œil sur les comédiens conservateurs, il est facile de comprendre qu’ils ne sont pas discriminés à cause de leurs convictions politiques. Contrairement aux gauchistes figurant sur les listes noires de McCarthy des années 1940 et 1950, aucun conservateur n’a été banni, n'est devenu persona non grata dans le cinéma ou à la télévision. C’est plutôt l’inverse qui s'est produit.

La preuve est évidente, Tim Allen en est l'exemple parfait. Si Hollywood était l’Allemagne des années 1930, Tim Allen ne participerait pas à sa série terrible, C’est moi le chef ! (ce qui signifie que l’Allemagne des années 1930 n'était pas si mauvaise !) La cote de popularité de cette série est moyenne et sa valeur culturelle est nulle ; les gros bonnets d’Hollywood pourraient facilement la supprimer en plus du conservatisme de Tim Allen.

A Hollywood, en réalité, ce qui importe le plus ce n’est pas la politique, mais les revenus que vous générez

Tim Allen continue son show pour une seule raison – il a rendu riches beaucoup de gens avec ses œuvres comme Papa Bricole, Toy Story et Super Noël. C’est la chose à retenir quand on parle de politique à Hollywood. En réalité, ce qui importe le plus ce n’est pas la politique, mais les revenus que vous générez.

La liste des stars républicaines du cinéma est étonnamment similaire à la liste des célébrités qui sont en tête du box office au fil des ans. Clint Eastwood, Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger, Mel Gibson, Bruce Willis, Dwayne Johnson «The Rock» et Adam Sandler, sont tous ouvertement conservateurs, et aucun d’entre eux n’a jamais aspiré à travailler avec le Hollywood progressiste.

Il en va de même pour les stars de la télévision Patricia Heaton et Kelsey Grammar. Tom Selleck, Gary Sinise et Jon Voigt qui s’en tiennent tous aux croyances conservatrices, mais qui ont toujours eu des carrières cinématographiques actives.

Alors que l’argent est la puissance majeure à Hollywood, beaucoup de ces comédiens républicains se sont également vus décerner des prix qui sont votés par leurs collègues de gauche. Clint Eastwood, Mel Gibson et Jon Voigt ont remporté des Oscars, et Patricia Heaton, Gary Sinise, Bruce Willis et Kelsey Grammar ont remporté des Emmys. Cela prouve que le Hollywood gauchisé a traditionnellement traité les artistes conservateurs avec bien plus d'égards si l'on se réfère aux listes noires des années 1940 et 1950 répertoriant les artistes libéraux.

Depuis la victoire de Trump, la colère contre les opinions opposées à Hollywood s’est accrue énormément

Compte tenu de ces éléments et après réflexion, même si je suis peu disposé à le faire, j’avoue que Tim Allen aurait pu toucher juste avec ses blagues dans l'émission de Jimmy Kimmel. Quelque chose a changé ici à Hollywood depuis l’élection de Donald Trump.

Le comédien Chris Evans, mieux connu en tant que Captain America, a annoncé récemment dans une interview parue dans Esquire concernant l’élection de Donald Trump qu’il était «enragé et furieux». 

Chris Evans n’est pas seul à éprouver de la rage et de la fureur. Depuis l'élection de Donald Trump, la colère contre les opinions contraires à celles d'Hollywood s’est énormément accrue. Je ne suis pas partisan de Donald Trump, à vrai dire, j’ai méprisé cet homme pendant 30 ans et je n’ai jamais hésité à le critiquer, mais j’ai perdu des amis pour avoir critiqué les démocrates dans mes articles, de même qu'Hillary Clinton. J'ai même été qualifié de n’importe quoi, du laquais de Poutine et du Kremlin au raciste «condescendant».       

Je ne doute pas qu’on n’aime pas Tim Allen pour ses opinions, mais l’aversion et la discrimination sont deux choses différentes. Tim Allen considère que cette aversion est menaçante, mais il s’agit plutôt de son sentiment d'insécurité personnel que d’une intention violente de ses collègues libéraux. Car sa crainte de se retrouver au sein de la minorité et le sentiment de menace qu'il perçoit émanant de ses adversaires politiques n’est pas une chose uniquement hollywoodienne, mais bel et bien américaine.

J’ai récemment passé une semaine à rendre visite à ma famille dans le centre de la Pennsylvanie, que les habitants indigènes appellent tendrement «Pennsyltucky», car c’est en Pennsylvanie, mais ça ressemble beaucoup au Kentucky. C’est l’Amérique des red necks (la partie du pays qui vote principalement pour les républicains), le cœur du pays de Trump, et le contraste avec Hollywood n’aurait pas pu être plus grand.

Ce mec de la classe ouvrière n’est pas une minorité ethnique ou religieuse, mais une minorité politique, et, comme Tim Allen, il est troublé par le décalage qui s’est produit depuis l’élection de Trump

Lors de mon séjour,  j’ai eu une conversation avec l'une de mes vieilles connaissances qui vit dans une ville rurale de Pennsylvanie. Un homme blanc issu de la classe ouvrière, qui travaille à l’usine et qui n’est pas partisan de Trump. Il se sent isolé, et franchement, tout comme Tim Allen, un peu effrayé. Il essaie d’élever ses enfants merveilleux pour qu’ils soient gentils, aimables et ouverts d’esprit, tandis que leurs camarades de classe portent souvent des chemises au drapeau confédéré à l’école. Ses voisins arborent le drapeau confédéré sur leur maison ou sur leurs camionnettes, ce qui est ironique, car non loin d’ici, Abraham Lincoln a prononcé son discours de Gettysburg. Il m’a dit qu’il avait entendu prononcer «le mot en N» [façon polie qu'ont les Américains d'euphémiser le mot «nègre»] au travail au cours des trois derniers mois, plus de fois que dans les 15 années passées. Il m'a aussi avoué que quelqu’un avait gravé une croix gammée sur la porte intérieure de son usine. Ce mec de la classe ouvrière n’appartient pas à une minorité ethnique ou religieuse, mais à une minorité politique, et, comme Tim Allen, il est troublé par le décalage qui s’est produit depuis l’élection de Trump.

Alors que je parlais avec mon ami et son épouse, les deux m’ont dit qu’ils étaient énervés et qu’ils avaient l'impression que la victoire de Donald Trump avait relâché «quelque chose d’odieux», que leurs voisins et collègues avaient maintenant le sentiment que «les gants avaient été enlevés» et qu'ils pouvaient maintenant être aussi «vicieux et méchant» qu’ils souhaitent. Ils étaient profondément préoccupés pour leurs enfants et pour le monde dont ces derniers allaient hériter.

Nous étouffons les débats, la discussion ou l’enquête authentique parce qu’il est plus facile d’hurler et de crier au lieu d’écouter et d’apprendre

Ce résident de Pennsylvanie centrale ne vit pas dans un manoir en or massif et ne conduit pas une voiture de course garnie de diamants, comme peut-être Tim Allen, mais il a quelque chose en commun avec le star d’Hollywood, il ressent un profond malaise devant les forces qui ont été déchaînées en faveur de et contre Donald Trump.

Hollywood ressemble-t-il à l’Allemagne des années 1930 ? Si vous voulez mon opinion, tout ce pays foutu commence à ressembler à l’Allemagne de 1930. A gauche comme à droite, nous sommes devenus une nation de petits tyrans faibles d’esprit qui se définissent par ce qu’ils détestent plutôt que par ce qu’ils aiment. Nous étouffons les débats, la discussion ou l’enquête authentique parce qu’il est plus facile d’hurler et de crier au lieu d’écouter et d’apprendre. Malheureusement, la réalité c’est qu'aujourd'hui nous sommes tous devenus des Hitler.

Chris Evans a été perspicace dans les propos qu'il a tenus dans Esquire en déclarant : «Certaines personnes disent "Ne voyez-vous pas ce qui se passe ? Il est temps de crier." Oui, je le vois et il est temps de se calmer. Car ceux qui ont voté Trump ne sont pas tous des fanatiques horribles.»

Le personnage de Captain America a été créé en 1941, sorte de super-soldat pour combattre Hitler et les nazis. Le Captain America de notre époque, Chris Evans, nous a révélé le chemin pour vaincre le nazi qui vit en nous tous. Nous devons rester calmes, surmonter notre rage et notre fureur, nous engager dans le débat, entamer une discussion et éviter de recourir à la haine.

Chaque fois que je verrai apparaître un nazi intérieur à Hollywood, dans la Nation ou en moi-même, je vais pousser le cri plaintif : «Sauve-nous, Captain America !»

Espérons que les craintes de mon ami pennsylvanien et de Buzz l’Eclair concernant ce que l'avenir nous prépare ne se matérialiseront pas. Cependant, la preuve anecdotique du fait que notre nation se déchire est convaincante à plus d'un titre.

Avec de la chance nous allons trouver, en citant Abraham Lincoln, l'homme qui est le plus associé à Gettysburg en Pennsylvanie, «les meilleurs anges de notre nature» afin de nous réunir et de progresser.

Je reconnais que l'horizon semble bien sombre et que nous devons parcourir un chemin difficile, mais je promets que, chaque fois que je verrai apparaître un nazi intérieur à Hollywood, dans la nation ou en moi-même, je vais pousser le cri plaintif : «Sauve-nous, Captain America !» J’espère qu’il nous écoutera.

Du même auteur : La La Land est la version hollywoodienne du «Make America great again» de Donald Trump

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