La La Land est la version hollywoodienne du «Make America great again» de Donald Trump

La La Land est la version hollywoodienne du «Make America great again» de Donald Trump© Panoramic Source: www.globallookpress.com

L'idée clé du film musical nominée à un nombre record d'Oscars est la même que celle qui a fait élire Donald Trump : le retour du célèbre «rêve américain», ce compte de fées qui fascine toujours les Américains, suggère l'écrivain Michael McCaffrey.

Hollywood est révolté par Donald Trump, alors que les électeurs de Donald Trump méprisent Hollywood, mais les deux camps sont enchantés par le même mythe américain traditionnel. La nostalgie optimiste du slogan de Trump «rendre sa grandeur à l'Amérique» et de La La Land sont la preuve de l'existence d'un conte de fées qui les lie.

A l’instar des prémisses de La La Land, la candidature de Donald Trump était basée sur une semblable attente exubérante et une inspiration passéiste

La La Land, candidat pour un nombre record de 14 Oscars, est un spectacle musical fantastique qui raconte l'histoire de Mia, serveuse et actrice en herbe, et de Sebastian, un musicien qui se bat pour sa vie, qui naviguent dans leur relation et dans les vicissitudes de la vie à Hollywood. Même si l’histoire de Mia et Sebastian n'est qu'une pièce de théâtre sur le sujet d'une vieille histoire d'amour dans un spectacle musical, l'idée de base de ce film est une confiance passionnée et inconsciente et le désir nostalgique d’un retour à la gloire.

A l’instar des prémisses de La La Land, la candidature de Donald Trump était basée sur une semblable attente exubérante et une inspiration passéiste. Le Make America Great Again de Donald Trump était nébuleux et plein d’espoir, tout comme les slogans des précédentes campagnes victorieuses, de Ronald Reagan avec son It’s Morning Again in America (C'est de nouveau le matin en Amérique) à Don’t Stop Thinking About Tomorrow (N'arrêtez pas de penser à demain) de Bill Clinton et Hope and Change (Espoir et changement) et Yes We Can (Oui, nous pouvons) de Barack Obama. Ce message optimiste et anticipé a pendant des générations joué en faveur de l'idéalisme de l’espoir américain.

Donald Trump revient sur le passé de la grandeur de la nation, ce qui trouve également un écho dans La La Land. Le film est une ode cinématographique à l’histoire de Hollywood. Mia, interprétée par Emma Stone, a été biberonnée aux films vintage et travaille dans une cafétéria sur le territoire d'un studio, où elle baigne dans les endroits où tous les grands classiques ont été tournés. De plus, Sebastian interprété par Ryan Gosling, est un musicien de jazz puriste, traditionnaliste et un ardent idéaliste. Le type de jazz que Sebastian vénère était au sommet de sa gloire dans les années 1940-1950 et le début des années 1960, ce qui coïncidait avec l’âge d’or de Hollywood de la comédie musicale classique. L'ère révolutionnaire d'avant 1960 est souvent évoquée par Donald Trump, dans ses promesses pour un retour vers la grande Amérique.

Il y a une vague interminable de jeunes venus de partout qui arrivent à Los Angeles, inspirés par cette même histoire

Tout comme le milliardaire Trump qui vend l'histoire américaine du succès, La La Land reprend la vieille rengaine hollywoodienne des pauvres qui deviennent riches. Si Mia, la serveuse, travaille assez dur et y croit assez fort, son rêve de devenir actrice devient réalité. En tant que professeur de théâtre à Los Angeles, je peux témoigner qu’il y a une vague interminable de jeunes venus de partout qui arrivent ici, inspirés par cette même histoire. Ils peuvent avoir ou ne pas avoir de talent ou d'allure, ou d'éthique de travail, mais tout comme Mia, ils ont tous un rêve et des ambitions sans limites.

Et je sais que des gens «ordinaires» en Amérique centrale peuvent rire de ces acteurs potentiels passionnés et croient qu'ils sont stupides de suivre leur rêve. Je comprends, cela paraît ridicule de l’extérieur, mais les libéraux de gauche pensent la même chose de ceux qui les opposent politiquement. Ces électeurs de Springsteen, les partisans de Donald Trump de la classe travailleuse blanche en provenance de la «ceinture de la rouille», paraissent aussi imprudemment optimistes que les starlettes aspirant à la célébrité sorties du bus qui arrivent à Tinseltown par milliers pour réclamer leurs millions. L’ingénue voit La La Land comme source d’inspiration, et l’électeur de Springsteen voit Donald Trump comme un personnage ambitieux. Les deux sont certainement irréalistes et peu pragmatiques, mais cela ne veut pas dire que leurs rêves ne se réaliseront pas, mais uniquement que cela prendra au mieux du temps.

Les Américains, peu importe leur parti politique, leur race ou leur religion, ont le trait typique de non seulement croire, mais d'avoir besoin de croire. Les Américains vont croire en n'importe qui et n'importe quoi qui restaurerait leur croyance dans leur pays et en eux-mêmes. Faire les gens «croire» à leurs rêves a dès le premier jour été l’objectif de l’industrie du film. Le panneau«Hollywood» pourrait tout aussi bien être une bannière indiquant «Rêves à vendre» dominant l'intégrité du pays. Donald Trump s'est fait un nom, une fortune, une présidence, en ayant recours à la même chose. Donald Trump a réussi à convaincre, et ses adversaires disent «à tromper», les gens de retrouver leur confiance en eux pour restaurer leurs rêves pour le pays.

Comme avec La La Land, ce sont les défauts de Donald Trump qui l’ont rendu plus attrayant aux yeux du public

Tandis que Trump et La La Land vantent sentimentalement une époque révolue, ils lui donnent aussi une nouvelle jeunesse. Par exemple, La La Land n’est pas juste la reprise d’une comédie musicale classique, mais plutôt une nouvelle interprétation d'un genre musical ; c’est la «comédie musicale du millénaire», si vous me permettez l'expression. Le film est intentionnellement moins raffiné, et à cause de cela, il semble être plus vrai que ses ancêtres clinquants et luxueux. Les deux célébrités du film, Gosling et Stone, savent bien danser et chanter, mais ne sont pas aussi impeccables techniquement que les stars du passé. La raison c’est ce que leurs défauts les rendent plus humains, et, par conséquent, plus attractifs pour le public contemporain qui apprécie cette proximité par-dessus tout.

Tout comme Donald Trump, qui est le politicien du nouveau millénaire. Ses discours ne ressemblent pas aux discours d'hommes politiques accomplis auxquels il s’est frotté. Il parle vulgairement, spontanément, pareillement à son auditoire. C’est pourquoi Donald Trump a rencontré un écho chez ces électeurs de Springsteen ; ils pensaient que, même s’il était un milliardaire né avec une cuillère en argent dans la bouche, il était aussi brutal qu’eux. Comme avec La La Land, ce sont les défauts de Donald Trump qui l’ont rendus plus attrayant aux yeux du public, car c’est ce qui le rend plus proche de lui.

Pour répondre à un besoin psychologique, beaucoup de gens ont besoin de se construire un mythe, et voici une brève anecdote qui viendra illustrer mes porpos. Il y a plusieurs années, j’ai eu une discussion avec un comédien qui avait près de 80 ans. C'était un homme brillant, un cœur d'or, en bref quelqu'un de bien. Il n’a jamais connu le succès en tant qu’artiste, mais il aimait sa profession, et il se démenait pout trouver un travail. Pour vous donner une indication, où il en était dans sa carrière au moment de notre conversation, son seul travail était d'être comédien volontaire de stand up à la maison de soins. Nous avons parlé de nos vies et de notre amour pour la profession d’acteur, du théâtre et du cinéma, quand il a fait une pause, comme s’il voulait se ressaisir.

Il s’est tourné lentement vers moi, et il m’a regardé dans les yeux, en disant avec une sincérité profondément émouvante : «Je dois vous dire, Mick, je me le demande parfois… Réussirai-je jamais un jour ?» J’ai été stupéfait par son émotion sincère, et j’ai posé ma main sur son épaule pour le réconforter.

Il a alors répondu : «Je ne sais pas ce que je vais faire, si je ne le fais pas.» Je savais très bien qu’il n’arriverait jamais à «le faire», mais je voyais l’affliction dans ses yeux, même à la seule idée d’une telle possibilité, et cela a renforcé ma conviction de ne pas crever sa bulle.

La La Land, les multiples significations de son titre, et la parabole de son cœur, sont une métaphore merveilleuse de l’état actuel des Etats-Unis

Il serait facile à prendre mon concitoyen idéaliste pour un fou ou un imbécile, car sa vision chimérique du vedettariat était évidemment un rêve illusoire. Mais, comme le machiniste au chômage de Youngstown, ou l’ancien ouvrier sur une chaîne d’assemblage de Flint, mon vieux copain n’était pas timbré, juste un rêveur désespéré. Mon ami, aussi bien que les électeurs de Donald Trump de la «ceinture de la rouille», voulait croire à cette fable que Hollywood lui avait présentée, comme les Américains ordinaires ont besoin de croire à la fable que Donald Trump leur a proposé, ce qui en revient au même. Ce mythe a donné du sens à la vie de mon ami, de la même façon que Donald Trump a fixé un but à ceux qui pensaient qu’ils n'en avaient plus du tout.

Mon ami est décédé depuis longtemps, et ses rêves de gloire ensevelis avec lui. Il aurait sans aucun doute aimé La La Land, car il aurait fait écho à son amour inhérent au fantastique et à son espoir éternel de l’impossible, pareillement à la raison pour laquelle les électeurs de Springsteen aiment Donald Trump.

Le titre du film La La Land a deux sens, le premier c’est celui d’un surnom de décor de cinéma, la ville de Los Angeles et Hollywood. La seconde définition du terme est «un pays de rêve ou un monde onirique». La La Land, les multiples significations de son titre, et la parabole de son cœur, sont une métaphore merveilleuse de l’état actuel des Etats-Unis. Peu importe si nous voulons l’admettre ou pas – nous habitons maintenant tous dans La La Land.

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