Exprime-toi, Madonna, mais arrête de prêcher !

Exprime-toi, Madonna, mais arrête de prêcher !© Shannon Stapleton Source: Reuters
Madonna lors de la Marche des femmes, le 21 janvier 2017.

Madonna, comme d'autres célébrités, peut bien critiquer Donald Trump dans des discours passionnés... elle ne fait, en réalité, que se tirer une balle dans le pied et dans celui de tout le clan libéral, remarque l'écrivain Michael McCaffrey.

Permettez-moi de dire, d'abord, que je ne suis pas de ceux qui croient que les célébrités ne doivent jamais parler politique. A mon avis, tous les Américains, y compris les célébrités, doivent partager leurs idées comme ils l'entendent. Je crois également que les gens, et surtout les célébrités au regard de leur public, devraient être responsables de ce qu'ils disent. C'est ce qui nous fait penser à Madonna et à la marche des femmes, pendant la semaine de l'investiture du président.

Lors de cet événement anti-Trump/pro-femmes, Madonna s'est livrée à un discours vulgaire dans lequel elle a dit : «Oui, je suis en colère. Oui, je suis scandalisée. Oui, j'ai pensé faire sauter la Maison Blanche.» Les services secrets sont sans aucun doute en train de tirer à la courte-paille pour savoir qui aura la tâche misérable d'interroger l'ex-Material Girl. Si la majorité ne voit dans les propos de Madonna qu'un peu d'absurdité émotionnelle, les services secrets, malheureusement pour eux, n’ont pas ce luxe.

La diatribe lors du rassemblement apportera à Madonna l'attention tellement désirée, mais il est presque certain qu'elle va saper la cause anti-Trump au nom de laquelle elle prétendait s'exprimer

Pas vraiment culturellement adéquate, l'ex-princesse pop de 58 ans peut certainement percevoir son manque d'à-propos. Sans parler de l'insignifiance artistique de Madonna, sa diatribe au rassemblement lui apportera sans aucun doute l'attention tellement désirée, mais il est presque certain qu'elle va saper la cause anti-Trump au nom de laquelle elle prétendait s'exprimer.

Le problème numéro un, avec le discours de Madonna, est que vous ne pouvez pas dénoncer ce que vous considérez comme des déclarations scandaleuses de Donald Trump en faisant vous-même des déclarations scandaleuses. Si vous le faites, cela ne fera que mettre en évidence votre hypocrisie et normaliser ce que vous voyez d'inapproprié chez Donald Trump. En outre, le discours violent, que ce soit Madonna, Donald Trump ou quelqu'un d'autre qui s'exprime, ne peut pas rester incontesté par le public. Un discours violent peut éventuellement mener à des actions violentes.

C'est ce qui est arrivé lors d'un rassemblement pour Donald Trump en Caroline du Nord pendant la campagne. Un manifestant a dû faire face à un coup bas de la part d'un partisan de Donald Trump après que ce dernier a appelé à avoir une attitude ferme avec les indésirables agitateurs. Richard Spencer, leader de la droite alternative, a été frappé au visage en plein jour par un homme masqué, alors qu'il donnait une interview au coin d'une rue à Washington.

Quoi que vous pensiez du manifestant au rassemblement de Trump ou de Richard Spencer, il ne peut y avoir de tolérance pour la violence à l'égard de personnes pour leurs arguments politiques. Si vous ne pouvez pas convaincre les gens de vos arguments avec vos mots, vous ne pourrez certainement pas les convaincre avec vos poings.

Tout comme le récent discours de Meryl Streep aux Golden Globes, la tirade de Madonna n'était pas supposée convaincre tout le monde, mais seulement prêcher des convertis

Si l'on parle de problèmes de conviction, qui Madonna essayait-elle de persuader avec sa diatribe ? Tout comme le récent discours de Meryl Streep aux Golden Globes, la tirade de Madonna n'était pas supposée convaincre tout le monde, mais seulement prêcher des convertis. Madonna et Meryl ont toutes deux donné à leur public ce qu'il voulait et ont reçu les acclamations qu'elles attendaient. Mais le problème est que, même si ces discours étaient destinés à ceux qui les partageaient à l’intérieur de la bulle Hollywood, des gens «ordinaires» du pays les ont également entendus.

Parmi ces derniers se trouvaient des électeurs indécis que les démocrates devraient persuader s'ils ont envie d'arrêter Donald Trump et reprendre le pouvoir. Je pourrais parier que ces 80 000 électeurs de la classe ouvrière blanche, ou, comme je les appelle, les «électeurs de Springsteen» qui avait deux fois voté pour Barack Obama et ont permis à Donald Trump de triompher en Pennsylvanie, dans le Michigan, dans l'Ohio et le Wisconsin en 2016, ont moins apprécié le discours de Madonna que les libéraux au sang bleu qui l'acclamaient à la marche des femmes.

Le président Trump a twitté sa réponse aux manifestations : «J'ai regardé les manifestations hier, mais j'ai l'impression qu'on vient juste d'avoir une élection. Pourquoi ces gens n’ont pas voté ? Les célébrités nuisent vraiment à la cause.»

Je ne suis ni électeur, ni partisan de Trump ; en réalité, je ne l’aime pas du tout. Cela dit, il a raison dans cette dernière phrase, «les célébrités ne font qu’aggraver la situation». Trump connaît extrêmement bien son public cible, et il a bien conscience que les Américains venant du centre du pays, dont les «électeurs de Springsteen» font partie, en ont assez d’être l'objet de prêches et méprisés par les élites libérales de la côte. Alors, chaque fois qu’une célébrité ou un média attaque Trump, il devient considérablement plus fort, tandis que ses adversaires deviennent plus faibles.        

Même si la diatribe de Madonna lui a peut-être donné satisfaction à elle personnellement, et a momentanément excité ses admirateurs parmi les démocrates, c’était horriblement contre-productif, pour la résistance stratégique à Trump. Madonna et Meryl Streep sont enfoncées si profondément dans leur caisse de résonance, qu’elles n’arrivent pas à comprendre comment leurs harangues sont perçues par les grandes masses mal lavées qui habitent le centre du pays. Les Américains ordinaires, qui sont des électeurs hésitants, ne considèrent pas ces discours anti-Trump comme des réfutations sincères et émotionnelles contre le président Trump, mais plutôt comme des crises de colère intéressée de la part d'artistes gâtés.

Tout le monde a le droit de parler, mais, d'un point de vue stratégique, il est parfois mieux de garder le silence

Si les célébrités souhaitaient vraiment aider leur cause et faire mal à Trump, ils devraient arrêter de penser et d’agir émotionnellement, et commencer à penser et agir stratégiquement. Au lieu de réagir immédiatement à tout ce que Trump dit, ils devraient répondre méthodiquement et rationnellement à ce que Trump fait. Ils devraient représenter toutes ces choses que, selon eux, Donald Trump n’est pas ; ils doivent être modérés, calmes et réfléchis. Avant de prononcer un mot, il faut qu’ils pensent à la façon dont ces «électeurs » clés «de Springsteen» dans la «Rust Belt» entendront le message qu’ils essaient de transmettre.

Ces électeurs hésitants peuvent se laisser convaincre (et les démocrates les ont influencés avant), alors, au lieu de les qualifier de racistes ou d'idiots ou de misogynes, parce qu’ils ont voté pour Trump, les libéraux doivent lécher leurs plaies, et, ensuite, commencer à les persuader méthodiquement pour qu’ils reprennent leur point de vue, en appliquant la logique et le bon sens, et non les émotions.

Un dernier argument : voici un élément de preuve, une anecdote que je vais partager avec vous. Le lendemain de la «Marche des femmes», j’ai eu une discussion avec ma voisine, ici, à Los Angeles. C’est une femme, la quarantaine, qui vient de Pennsylvanie (tout le monde, ici, vient d’une autre région).

Quand le sujet de la «Marche des femmes» a surgi, elle m’a dit que «toutes ses amies» avaient pris part à la marche. J’étais surpris et impressionné de l’entendre, et cela m’a fait penser que cette mobilisation et cette résistance à Trump avaient une base élargie et était très répandue. J’ai établi ensuite une liste des noms de ses amies venant de la Pennsylvanie, en demandant si elles assistaient à la marche.

«Lisa y est-elle allée ?»

«Non».

«Et Jenny était-elle présente ?»

«Non».

«Karen y a-t-elle pris part ?»

«Non. Aucune de mes amies de Pennsylvanie n’y a pris part, uniquement mes amies de LA.»

«Bon – ai-je dit, alors que tableau était devenu clair – mais tes amies de Pennsylvanie, qu’est-ce qu’ont-elles publié à propos de la marche sur Facebook ?» Après une pause, mon amie a répondu : «Elles ne l’ont pas commentée du tout.»

Cette conversation est une des raisons pour lesquelles j’estime que Madonna et les autres célébrités échouent si lamentablement quand elles attaquent Trump imprudemment. Les compagnons de route de Madonna et de Streep, qui habitent dans les grandes villes majeures, auront tous leur mot, mais les «électeurs de Springsteen» qui peuvent faire la différence électoralement dans le Michigan, l'Ohio, le Wisconsin ou en Pennsylvanie, se débrancheront, rejetteront la cause libérale, se tourneront vers Trump, au son du sermon politique des célébrités, même s’il provient de leur idole Bruce Springsteen.

Je suis sûr que Madonna se sentait revigorée, en prononçant son discours samedi dernier, entourée par ses fans et ses admirateurs, mais elle ne se sentira pas très bien quand elle devra tenir un autre discours devant le même groupe de ces libéraux piétinés après l’investiture de Trump en janvier 2021. Si ces célébrités sont préoccupées par la cause anti-Trump, elles devraient se montrer sages et réfléchir sérieusement pour se doter d'une vision sur le long terme, avant de l’attaquer de manière si téméraire. Tout le monde a le droit de parler, mais, d'un point de vue stratégique, il est parfois mieux de garder le silence. Comme le dit le vieil adage, «fol semble sage quand il se tait».

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