Mossoul : La coalition internationale expérimente ce qui était reproché à la Russie à Alep

Mossoul : La coalition internationale expérimente ce qui était reproché à la Russie à Alep © Alaa Al-Marjani Source: Reuters
Des irakiens portent des blessés touchés lors des combats dans l'est de Mossoul.
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Alors que le sort des civils bloqués à Mossoul inquiète les ONG et l'ONU, les combats contre Daesh s'intensifient. Pour Nicolas Dhuicq la coalition internationale ne pourra éviter un lourd bilan humain dans cette offensive étonnamment peu médiatisée.

RT France : 150 000 civils ont réussi à quitter Mossoul et ses environs et ont rejoint différents camps d'accueil. L'OMS s'attend d'ici à la fin de l'offensive à plus de 700 000 déplacés. Pour l'instant un million de civils sont coincés à Mossoul. Se dirige-t-on vers une catastrophe humanitaire ?

Nicolas Dhuicq (N. D.) : Oui mais c'était prévisible. Le siège n'est pas totalement bouclé, les alentours de la ville ne sont pas totalement tenus. Il y a peut-être une hésitation de la part de l'armée irakienne majoritairement sunnite à faire intervenir les Kurdes ou les milices chiites. Les civils ont certainement peur de représailles. Il faut comprendre que, comme ça a été le cas à Alep, malgré le danger, les habitants préfèrent, s'ils le peuvent, rester chez eux, que de fuir vers les camps. Mais la crise humanitaire était prévisible car les guerres font malheureusement des morts et nous sommes ici dans des combats de rue qui rendent la situation bien plus difficile que ce que les Etats-majors avaient prévu au départ.

Les Américains sont en train de faire l'expérience de ce que les Syriens et les Russes ont vécu à Alep et personne n'en parle

RT France : Selon l'ONU, 47% des blessés de Mossoul sont des civils là alors que dans ce type d'offensive urbaine on tourne autour de 20% des blessés. Il y a quelques semaines, la Défense américaine a reconnu avoir bombardé un hôpital près de Mossoul. La coalition internationale a-t-elle échoué à éviter les pertes civiles ?

N. D. : Malheureusement oui. Les Américains sont en train de faire l'expérience de ce que les Syriens et les Russes ont vécu à Alep : les islamistes se cachent dans les hôpitaux, dans la ville. Dans le cas de l'hôpital que vous mentionnez, l'armée américaine a dû frapper ce qu'elle pensait être une cible djihadiste et se sont rendus compte après coup que c'était un hôpital. C'est assez triste de voir que ce qui était reproché aux Russes à Alep, est expérimenté en ce moment par la coalition internationale et personne n'en parle Sur les pertes civiles, à terme il faudra faire la différence entre ceux qui ont été tués pendant les combats et ceux qui auront été assassinés à dessein par Daesh. Je suis persuadé qu'on trouvera à Mossoul, des charniers comme c'était le cas à Alep. Daesh, en position difficile, doit terroriser encore plus la populations civile et mener des exactions et exécutions sommaires dans sa fuite des zones reprises. Il est difficile pour l'instant de voir clair dans la situation, mais il est évident qu'il y aura un certain nombre de civils tués exprès par l'Etat islamique.

Ces gens qui ne peuvent pas aller dans les secteurs tenus par les islamistes sont les premiers à répercuter leur propagande

RT France : Comment expliquer, comme vous le relevez, qu'il y ait une si faible couverture médiatique sur les conséquences des combats et sur cette crise humanitaire là où les médias ont été très volubiles sur la bataille d'Alep

N. D. : A mon sens, il y a deux phénomènes qui expliquent ce silence. La sécurité des journalistes est difficile à assurer dans certains lieux où ils ne peuvent de fait pas pénétrer, en particulier dans les zones tenues par les islamistes. On le voit par exemple avec Idlib en Syrie. Il y a donc une véritable difficulté de couverture médiatique à Mossoul. L'autre point, c'est que l'idéologie dominante a été tellement forte pour dire que Bachar el-Assad était un tyran qui massacrait son peuple, que les gens qui se sont trompés pendant des années ont du mal à le comprendre et à l'accepter. Parler de Mossoul, ce serait l'accepter. D'autant que ces gens qui ne peuvent pas aller dans les secteurs tenus par les islamistes sont les premiers à répercuter leur propagande. Daesh en particulier est très puissant en matière médiatique. Daesh envoie même des drones qui filment l'explosion de leurs bombes ou voitures suicides.

A Mossoul, l'intrication entre la population générale et les combattants djihadistes est certainement beaucoup plus forte qu'elle ne l'était à Alep

RT France : La plupart des civils qui fuient Mossoul ont vécu pendant plusieurs années sous le jong de l'Etat islamique, certains jeunes enfants n'ont rien connu d'autres. Doit-on craindre d'une partie des civils évacués de Mossoul un soutien plus ou moins tacite aux djihadistes ? Comment l'en empêcher ? 

N. D. : C'est une vraie problématique. Je pense que la situation sera différente, en un sens même pire, avec les civils de Mossoul qu'avec ceux d'Alep. A Alep vous aviez un maximum de combattants étrangers qui occupaient la partie est de la ville, entre 8 à 12 000. A Alep, en quelque sorte, les combattants islamistes étaient plus considérés comme des étrangers que comme des Syriens. A l'inverse à Mossoul, le gouvernement irakien et l'attitude américaine lors de l'invasion en Irak de mettre au chômage tous les cadres de l'armée de Saddam Hussein ont donné des recrues faciles à Daesh. Cela rend à Mossoul, l'intrication entre la population générale et les combattants djihadistes certainement beaucoup plus forte. Ce qui explique les précautions prises par les combattants kurdes et des milices chiites. 

Mais c'est une préoccupation régionale. J'en ai parlé avec le Premier ministre libanais qui m'a confirmé qu'une majorité des réfugiés syriens dans son pays étaient des femmes et des enfants. C'est aussi le cas dans les camps des évacués d'Alep et ailleurs à l'intérieur du pays. Par exemple lors de l'attaque dont nous avons été victimes à l'aéroport d'Alep - qui était très organisé et pour laquelle l'armée syrienne a combattu pendant trois heures et demies - les dernières informations, c'est-à-dire notre minute d'arrivée à l'aéroport, ont été données par des gens du camp que nous avions visité juste avant. Parmi les évacués, on peut trouver des femmes qui sont encore des combattantes dans l'âme, d'autres qui sont sous influence et chantage car les islamistes ont en otage des membres de leurs familles et menacent de les tuer si elles ne coopèrent pas y compris à l'extérieur. Il est donc difficile de faire la part des choses car tout cela n'est pas verbalisé.

Le sentiment national syrien est réel, alors que celui irakien s'est délité

C'est un risque sécuritaire majeur qui sera très long à gérer dans un premier temps avec les adultes mais également dans dix ans avec les réactions psychologiques des enfants. Comment un enfant dont le père a été tué parce qu'il combattait du côté des islamistes et qui est vu comme un héros va-t-il sortir du cycle de la haine? C'est une grosse interrogation, pour laquelle je n'ai pas de solution mis à part une vigilance extrême. Cette problématique va se poser aussi à Mossoul où je pense que l'intrication entre les djihadistes et les civils est plus forte. Je pense que le sentiment national syrien est réel, alors que celui irakien s'est délité. On le voit avec la situation des Chrétiens d'Orient. En Syrie, ils tiennent à se dire minoritaires démographiquement mais se revendique comme syriens à part entière. En Irak, ils ont dû souvent changer de lieu de résidence ces quinze dernières années et sont épuisés. Je pense qu'à terme ils quitteront l'Irak. La situation des Chrétiens d'Orient est bien plus désespérée en Irak qu'en Syrie.  

Lire aussi : Crise humanitaire pour les déplacés de Mossoul : «Le pire est malheureusement encore à venir»

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