Ancien du Pentagone : il faudra au moins un an avant que Daesh ne soit vaincu à Mossoul

Ancien du Pentagone : il faudra au moins un an avant que Daesh ne soit vaincu à Mossoul© Alaa Al-Marjani Source: Reuters
Un soldat américain prend un selfie dans la base militaire irakienne de Qayyara à quelques kilomètres de Mossoul.

Pour Michael Maloof, l'offensive sur Mossoul s'annonce plus longue et difficile que prévue. Le destin des civils présents dans la ville inquiète également l'ancien fonctionnaire américain à l'heure où l'on ne parle plus qu'en «dommages collatéraux».

RT : Après la sortie du rapport montrant que la coalition menée par les Etats-Unis avait tué près de 200 civils depuis le début des opérations en Syrie et en Irak, des voix se sont élevées pour minimiser ces morts en évoquant des dommages collatéraux. Les «dommages collatéraux» sont-ils devenus inévitables dans ce genre de guerre ?

Michael Maloof (M. M.) : Malheureusement oui. C'est tragique mais c'est la réalité. C'est vrai pour tous les camps. Le problème c'est que les Etats-Unis sont censés vérifier deux fois, voire trois, avant toute frappe pour s'assurer qu'il n'y aura pas de mise en danger des civils. Mais étant donné la situation sur le terrain, il y a bel et bien des morts civils. Mais pour moi, le vrai problème est d'entendre la Défense américaine parler de «sources non vérifiables». Cela veut clairement dire qu'ils n'ont pas assez d'informations pour déterminer s'il y a bien eu, ou non, des civils tués comme dommages collatéraux. Cela veut dire que nous n'avons pas de renseignements sur le terrain. Nous ne devrions pas bombarder des zones où nous manquons de renseignements fiables. C'est devenu un problème majeur, d'autant plus depuis que les rebelles se sont mêlés à la population civile pour se protéger. Mais tout cela, c'est la réalité en temps de guerre, notamment de guerre urbaine.

Le Pentagone tend à considérer que dans une zone où la situation est aussi critique, il y aura forcément des civils comme dommages collatéraux

RT : Peut-on voir dans la publication de ce rapport le 2 janvier un choix tactique ? La Défense espérait-elle que le public passe à côté de cette information dans cette période de festivités ?

M. M. : C'est toujours le cas. A chaque fois qu'ils veulent publier quelque chose de controversé, ils choisissent soit un vendredi soir, soit un moment pendant une longue période de vacances comme ils l'ont fait ici. Le rapport lui-même évoque 188 morts civils. C'est absolument inacceptable. Je pense qu'ils veulent éviter que les grands médias y portent de l'attention. Pour l'instant, je n'ai vu cette information dans aucun des médias de référence américains. Je suppose qu'on est en train d'accepter cette réalité. J'ajouterais d'ailleurs que le Pentagone tend à considérer que dans une zone où la situation est aussi critique, il y aura forcément des dommages collatéraux. C'est assumé. Alors oui ce ne sont pas des gens de leurs familles, mais ce sont des personnes innocentes qui ont été tuées pour toucher une «cible de grande valeur» comme ils disent.

Quand vous êtes face à une ville comme Mossoul, où les civils vont être pris en otages, la situation est extrêmement difficile

RT : Le haut-commandant américain en Irak a exprimé son espoir d'achever l'offensive contre l'Etat islamique à Mossoul assez rapidement. Partagez-vous son optimisme ?

M. M. : Pas du tout. Ils ne sont même pas encore dans la ville. Ils se cantonnent aux abords de Mossoul. Ils sont grosso modo à 50 km. Ils n'ont pas pu pénétrer la ville où vivent encore plus d'un million de personnes. Ils vont devoir agir maison par maison, quasiment pièce par pièce. Cela va probablement prendre toute une année. Ils avaient planifié que l'offensive ne prendrait que quelques semaines, puis quelques mois. Pour moi, c'est évident que cela prendra près d'une année entière, et encore c'est s'ils arrivent à tenir et s'ils ont l'endurance pour le faire. Quand vous êtes face à une ville comme Mossoul, où les civils vont être pris en otages, la situation devient extrêmement difficile.

L'armée irakienne n'a pas suffisamment de soldats expérimentés pour gérer ce genre de combats

D'autant plus que l'Etat islamique a une stratégie bien rodée dans ce genre de cas. Ils vont aller attaquer d'autres zones du pays, comme ils l'ont fait ces derniers jours à Bagdad. C'est un moyen pour diviser l'armée irakienne. Cela fait partie de leur stratégie et cela va rendre l'offensive encore plus compliquée. Cela entraînera une diversion vers d'autres zones du pays et cela forcera les forces spéciales à se répartir. Et honnêtement, l'armée irakienne n'a pas suffisamment de soldats expérimentés pour gérer ce genre de combats. Je ne sais pas quelle longévité aura l'Etat islamique à Mossoul. Il faudra voir ce que prévoira l'administration de Donald Trump. Il pourra décider - je ne dis pas qu'il va le faire, c'est une possibilité - de donner un rôle plus actif aux forces américaines sur le terrain. Peut-être que les troupes que nous avons là-bas vont ouvertement participer aux combats. Ils sont suffisamment nombreux pour agir de manière efficace.

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