Sanctions contre la Russie : «Cette résolution du Sénat va obliger l'Europe à réfléchir»

Le sénateur Yves Pozzo di Borgo à la sortie du vote de la résolution du Sénat, le 8 juin 2016.
Le sénateur Yves Pozzo di Borgo à la sortie du vote de la résolution du Sénat, le 8 juin 2016.

Le parlement français a été le premier en Europe à s'exprimer sur les sanctions contre la Russie. La résolution votée au Sénat a su rassembler tous les partis politiques, estime le sénateur Yves Pozzo di Borgo.

Yves Pozzo di Borgo (Y. P. d. B.) : Je ne pense pas que l’on puisse dire que c’est un triomphe. C’est simplement un travail de réflexion qui a été fait de la part du Sénat. Il a aussi été fait à la Commission des Affaires européennes, à la Commission des Affaires étrangères et de la défense. Je crois que comme il le fait toujours, le Sénat a réfléchi, a posé les problèmes, a fait une résolution très modérée. C’est vrai que je ne m’attendais pas à un résultat aussi massif, ce qui prouve qu’il y a quand même dans ce pays des interrogations sur les sanctions.

Le gouvernement va être obligé de tenir compte de cette résolution

Quelle sera la réaction du gouvernement ?

Y. P. d. B. : Tout d’abord le gouvernement n’est pas tenu par la résolution mais c’est quand même un fait politique important que le Sénat, qui représente la plupart des régions de France, des départements, de toutes les collectivités territoriales, ait pris cette décision. Et, d’ailleurs, vous avez vu que le gouvernement a été très prudent. Il ne veut pas être gêné dans les négociations qu’il a avec ses partenaires européens et qu’il a sur les accords de Minsk. Mais je pense que le gouvernement va être obligé de tenir compte - tout étant dans sa propre liberté - de cette résolution qui va être votée aujourd’hui.

Cette résolution va évidemment pousser l’ensemble des pays européens à réfléchir

RT France : Il y a un conseil européen fin juin. Que pensez-vous qu’il va se passer ?

Y. P. d. B. : Le principe pour le moment est de dire qu'on maintient les sanctions. Mais je vous rappelle quand même que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, sera à Saint Pétersbourg le 18 juin et qu’il va rencontrer le président Poutine. Je ne sais pas si cette résolution va provoquer un changement à ce conseil européen, ce que je sais c’est qu’elle va évidemment pousser l’ensemble des pays européens à réfléchir à cela.

La position du gouvernement est de lier les sanctions aux accords de Minsk, et de lever les sanctions quand les accords de Minsk sont respectés. Pensez-vous que ces sanctions ne concernent en réalité que la Russie ?

Y. P. d. B. : J’étais avec le président de la République quand il était à Astana. Il est allé voir le président Poutine. J’étais dans l’avion présidentiel, j’étais dans le voyage du président, je n’ai pas participé à ses discussions, mais je me souviens très bien que le président Hollande, qui est un des acteurs importants de ces accords de Minsk, avec le président Poutine, ont passé beaucoup d’accords. A la suite de cela, en janvier ou février 2015 il y a eu le Conseil européen où là, et c’est un fait nouveau, il y a eu une politique étrangère européenne. C’est la politique des 28 pays. Ces 28 pays ont passé un compromis entre eux en disant «nous reviendrons sur les sanctions lorsque les accords de Minsk seront résolus». C’est vrai que notre résolution, que nous avons fait voter aujourd’hui, va obliger l’ensemble des pays européens à réfléchir, ce qui ne veut pas dire que ça va changer. Mais je crois que c’est un fait politique très important, majeur, car n’oubliez pas que tous les partis, y compris les partis du gouvernement, ont voté cette résolution.

L’ensemble des partis politiques ont voté pour cette résolution. C’est très rare 

RT France : qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent que votre résolution était trop timide, notamment par rapport à celle proposée par Thierry Mariani à l’Assemblée nationale ?

Y. P. d. B. : Il y a toujours une diplomatie parlementaire et une diplomatie des pays. Dans une diplomatie parlementaire nous sommes obligés de tenir compte de l’ensemble des choses. Je n’ai pas à critiquer la résolution qu’a faite mon collègue Thierry Mariani. Par contre, nous, au Sénat, nous avons eu l’ensemble des partis politiques qui ont voté pour cette résolution. C’est très rare que cela arrive. Je crois qu’il y a eu 302 voix pour et 16 voix contre et il y a eu quelques interrogations donc des gens se sont abstenus. Mais tous les groupes politiques, majoritairement ou en totalité, ont voté pour cette résolution.

Pourquoi le respect des accords de Minsk par l’Ukraine n'a-t-il jamais été mentionné ?

Y. P. d. B. : Nous sommes dans un débat politique. C’est à l’exécutif de le faire. Dans ce genre de négociations, tous les détails sont importants. Ce n’est pas à nous, les parlementaires, de prendre la place des négociateurs, je crois qu’il faut les laisser faire. Nous-mêmes, nous représentons une grande partie du pays, nous avons dit «voilà nous avons une interrogation sur ces sanctions». D’où cette résolution qui est équilibrée, qui reprend d’ailleurs une partie de la position diplomatique du gouvernement français et c’est la raison pour laquelle je crois cette résolution a eu un succès aussi important.

Il y a eu une action collective du sénat et c’est quelque chose de nouveau

Pensez-vous qu’il y ait de fortes chances que les sanctions soient levées ?

Y. P. d. B. : L’Europe est quelque chose de nouveau, qui fonctionne. L’Europe a sur l’Ukraine une politique étrangère commune. Mais jamais les parlements nationaux ne s’étaient exprimés sur ces sanctions, que ce soit quand elles ont été mises ou maintenant. Pour la première fois un parlement national s’interroge et dit «voilà, nous, nous souhaitons qu’on regarde à nouveau le problème des sanctions, qu’il y ait des sanctions peut-être plus nuancées, qu’on fasse  d’ailleurs comme le disait Frank-Walter Steinmeier en Allemagne, step-by-step». C’est ce que l’on a proposé, mais en laissant l’initiative – nous n’avons pas la compétence – au président de la République français et au ministre des Affaires étrangères français qui sont chargés de gérer cela. Ils savent très bien quelle est la position du sénat qui est importante. Ils sont assez compétents et ils auront eux-mêmes l’opportunité de savoir s’il faut tenir compte complètement de ce que l’on a fait ou s’il faut petit à petit provoquer le débat au sein du Conseil européen.

Le président Obama a laissé faire les Européens

RT France : Qu’est-ce que vous répondez aux intervenants qui disent que la politique étrangère de la France et plus largement de l’Union européenne est calquée sur celle de Washington ?

Y. P. d. B. : Sur cette affaire des accords de Minsk, le président Obama lui-même a laissé faire les Européens. Je sais très bien qu’il y a beaucoup de réseaux américains qui ont une influence forte sur la politique étrangère européenne. Mais ce que je peux confirmer, et j’ai vraiment un tas d’éléments qui me le confirment, c’est que dans cette affaire, dans ces négociations qu’il y a eu sur les accords de Minsk, dans ce qu’il se passe au sein du Conseil européen, les Américains, même s’ils peuvent avoir de l’influence sur les pays, ont laissé, du moins le président Obama a laissé, le président Hollande et la chancelière Merkel gérer tout cela.

Le président du sénat comme le président de la Commission des Affaires européennes et le président de la Commission des Affaires étrangères ont bien compris l’importance du sujet et ont aidé les auteurs de la résolution qui sont moi-même et Simon Sutour. Je crois qu’il y a eu une action collective du sénat dans cette affaire, il y a eu une action collective dans l’ensemble des groupes et je crois que c’est quelque chose de nouveau et qui est important. C’est un fait politique, pas une décision juridique.

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