Malgré les enjeux, la conférence humanitaire sur le Yémen à Paris discrètement revue à la baisse

Malgré les enjeux, la conférence humanitaire sur le Yémen à Paris discrètement revue à la baisse© Yoan Valat Source: Reuters
Le président français Emmanuel Macron et le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman en conférence de presse à l'Elysée à Paris, le 10 avril 2018.

La Conférence sur le Yémen, qui doit se tenir à Paris le 27 juin, devrait être désertée par les représentants politiques de la coalition pour n'accueillir que des «experts». Les ONG espèrent cependant un résultat sur le plan humanitaire.

Cinquante-cinq personnes ont été tuées en 24 heures dans les bombardements, les raids et les combats dans la province de Hodeida, selon des sources locales, militaires et médicales citées par l'AFP le 26 juin. De très nombreuses ONG humanitaires alertent sur une situation des plus critiques et le manque de réactivité de la France et des pays occidentaux.

La conférence sur le Yémen prévue le 27 juin à Paris par Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane, après la visite de celui-ci à Paris en avril, va prendre une tournure bien différente de celle qui était initialement prévue, ainsi que le craint l'ONG Médecins du monde, dont les locaux ont accueilli la conférence de presse inter-ONG «Yémen / urgence Hodeida : que fait la France pour empêcher une nouvelle catastrophe humanitaire ?» ce 26 juin.

Cette rencontre, initialement baptisée «Conférence humanitaire sur le Yémen», à laquelle devait participer des représentants des deux pays, va finalement devenir une simple réunion d'experts, d'après le communiqué des ONG présentes à la rencontre du 26 juin : «L'initiative française, dont l'ambition a été revue à la baisse (il s'agit désormais d'une réunion d'experts) sera jugée sur sa capacité à obtenir des engagements clairs de l'Arabie saoudite et de ses alliés pour minimiser les risques pour les populations civiles.» A cette heure, les ONG ignorent si des représentants de la coalition seront présents à cette réunion.

De plus, la conférence qui devait durer toute une journée, ne s'étendra finalement que sur une demi-journée. Une réunion des ministres français, saoudiens et d'autres pays de la coalition, qui devait se tenir dans le cadre de cette conférence, n'aura pas lieu non plus. Elle a tout simplement été annulée, sans que l'Elysée ne communique sur ce changement de programme inopiné. Le gouvernement français n'a pas non plus convié les ONG engagées contre la guerre au Yémen à participer à la réunion d'experts du 27 juin, mais seulement à une réunion de concertation organisée la veille. La plupart des ONG ont décliné cette invitation...

Lors de la conférence du 26 juin, Jean-François Corty, directeur des opérations internationales à Médecins du monde, a expliqué les raisons de ce refus : «Nous n'avons pas souhaité nous rendre à cette réunion de concertation comme toutes les associations présentes aujourd'hui à cette conférence de presse car nous avons alerté depuis plusieurs mois sur la situation critique au Yémen. Je pense que nous pouvons même parler de planification de l'horreur et nous n'avons eu en face que des réponses éparses sur les intentions de la France.»

Les ONG ont toutefois déclaré espérer que cette réunion d'experts du 27 juin aurait un impact réel sur la vie des civils au Yémen qui vivent une situation des plus dramatiques.

La diplomatie française n'a cessé de répéter que «seule une solution politique négociée permettra[it] de mettre fin à la guerre et d’arrêter la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Yémen». 

Interrogé le 4 juin sur la pertinence de l'organisation de cette conférence, le Quai d'Orsay défendait l'importance de sa tenue dans le contexte actuel : «L’urgence de la situation humanitaire au Yémen rend indispensable l’organisation de la conférence dont sont convenus le président de la République et le prince héritier d’Arabie saoudite», peut-on ainsi lire dans le compte-rendu du point presse du 4 juin.

C'est également pour cette raison «politique» que la France avait décidé de maintenir cette conférence parisienne malgré l'appel d'une quinzaine d'ONG à annuler sa tenue au moment de l'attaque du port stratégique d'Hodeida le 13 juin. 

Entre les ventes d'armes à la coalition et les appels à la retenue, la France est accusée par ces ONG de jouer un double jeu au Yémen, cherchant à la fois à préserver ses intérêts économiques et son image de défenseur des droits de l'homme. Il faut rappeler que, selon un rapport parlementaire de 2017 sur les exportations d'armement de la France, l'Arabie saoudite était entre 2007 et 2016 le second client des fabricants d’armes français

Quant aux participants invités à la conférence, la diplomatie française a éludé la question concernant une éventuelle invitation de représentants des rebelles houthis. Pour Benoit Muracciole, président de l'ONG Aser (Action sécurité éthique républicaines), invité de RT France le 13 juin, l'absence de toutes les parties rend de facto cette conférence caduque : «Quand on veut faire la paix, il faut réunir toutes les parties dans un conflit. On ne peut pas prendre une partie et la mettre sur un piédestal par rapport aux autres.»

Pour le député de La République en marche Sébastien Nadot, membre de la commission des Affaires étrangère, «la France doit prendre sa part», ce qui signifie sans doute assumer ses responsabilités dans ce conflit. L'élu de Haute-Garonne a appelé de ses vœux l'arrêt «de toutes les actions ou participations à des actions militaires».

Sébastien Nadot a porté une proposition de résolution début avril pour la création d’une commission d’enquête sur le respect des engagements internationaux de la France au regard des autorisations d’exportations d’armes, munitions, formations, services et assistance accordées ces trois dernières années aux belligérants du conflit au Yémen. Cette proposition est à ce jour restée lettre morte.

L’Arabie saoudite mène une guerre au Yémen au sein d'une coalition dans laquelle figurent également les Emirats arabes unis, avec le soutien des Etats-Unis, contre les rebelles houthis appuyés par l’Iran. Le conflit a fait plus de 10 000 morts, déplacé plus de trois millions de personnes et le pays est en proie à la famine et à une situation humanitaire des plus dramatiques.

L'émissaire des Nations unies pour le Yémen, Martin Griffiths, doit se rendre au Yémen le 27 juin. A Aden, dans le sud du pays, il tentera de mettre fin aux combats qui font craindre une catastrophe humanitaire dans la région du port d'Hodeida. Il rencontrera également Abd-Rabbo Mansour Hadi, le président yéménite présent à Aden après un exil de trois ans en Arabie saoudite.

Selon les Nations unies, la situation actuelle au Yémen est la pire crise humanitaire au monde. Quelque 8,4 millions de personnes sont à court de nourriture et risquent de mourir de faim. Entre la guerre et les épidémies, le Yémen est l'un des pays les plus pauvres du monde et l'ONU affirme que plus de 22 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire sur une population d'environ 25 millions d'habitants.

Lire aussi : Yémen : les forces pro-gouvernementales soutenues par Riyad reprennent l'aéroport de Hodeida

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