Sergueï Lavrov : «Daesh et d’autres extrémistes dénaturent la grande religion qu’est l'islam»

Le ministère des Affaires étrangères Sergueï Lavrov© Maxim Shemetov Source: Reuters
Le ministère des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

Le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a accordé une interview au journal algérien L'Expression dans laquelle il évoque la coopération économique et technologique entre les deux pays, ainsi que la menace terroriste devenue mondiale.

L'Expression : Premier acheteur d’armement russe, l’Algérie a conclu en 2006 un contrat d’un montant de 7,5 milliards de dollars pour la livraison de différents type d’armement. Cependant, les relations économiques dans le domaine civil n’ont pas atteint un niveau comparable. La part des investissements russes en Algérie reste faible. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?

Sergueï Lavrov : Le domaine de la coopération militaro-technique demeure la «locomotive» de la coopération entre nos pays. Le travail dans ce domaine est mené dans le cadre de la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne sur la coopération militaro-technique.

Mais aussi, en ce qui concerne les relations commerciales et économiques en général, l’Algérie est traditionnellement l’un des principaux partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe.

Depuis plus d’un demi-siècle de coopération fructueuse, nous avons obtenu des résultats significatifs dans les domaines de l’énergie, de l’exploitation minière et l’industrie des métaux, dans la machinerie et la gestion de l’eau. Parmi les exemples les plus évidents, il y a le complexe métallurgique de Al-Hajar, la centrale d'énergie à vapeur de Jijel, le gazoduc Alrar-Tinfuye-Hassi Messaoud, la digue de Beni Zid, qui ont été créés en Algérie avec notre aide.   

Aujourd'hui, les chiffres du commerce bilatéral semblent assez bons – le volume des échanges a été multiplié l'an dernier par 2,2 et s’est élevé à près de 2 milliards de dollars.

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Ce qui est important, et nous sommes d’accord avec nos partenaires algériens là-dessus, c’est de ne pas nous arrêter là, mener une recherche permanente de nouveaux potentiels domaines d’application de nos efforts communs. Les possibilités existent déjà, y compris le mécanisme bien réglé du partenariat d’affaire bilatéral, la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique. Sa huitième session, dont les termes sont en train d’être négociés en ce moment, doit avoir lieu en Algérie. Une base solide pour l’appondissent des relations est la Déclaration sur le partenariat stratégique, signé en 2001 lors d’une visite à Moscou du président de l’Algérie Abdelaziz Bouteflika.

Le domaine de la coopération militaro-technique demeure le «locomotive» de la coopération entre nos pays

Il existe d’assez bonnes solutions déjà prêtes dans le domaine de la construction industrielle et civile, de l’irrigation, de l’infrastructure, du transport et des hautes technologies. 

Nous considérons que le domaine de l’agriculture fait partie des domaines prometteurs du développement du partenariat d’affaire russo-algérien. D’assez bonnes perspectives se présentent pour l’augmentation du volume d’export de la production agricole vers la Russie, y compris dans le contexte de la mise en place par la Russie de sanctions réciproques à l’égard des pays de l’UE et de la Turquie.

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Le monde des affaires des deux pays va significativement dans le même sens. Nous évaluons positivement les résultats de la récente visite d’un groupe de représentants d’hommes d’affaires algériens à Moscou dirigé par le président de la Chambre de commerce de l'Algérie M. Benamorom. Dans le cadre de cette visite, un forum économique bilatéral s’est tenu avec succès, auquel ont participé plusieurs centaines d’hommes d’affaires algériens et russes.

J’aimerais également noter l’action du Conseil d’affaires russo-arabe et du Conseil d’affaire russo-algérien, sous l’égide desquels sont organisées des expositions régulières de produits et de services russes.

Donc, nous regardons vers l'avenir avec optimisme.

L'Expression : Etat le premier acheteur de l’armément russe, l’Algérie a conclu en 2006 un contrat d’un montant de 7,5 milliards de dollar pour la livraison des différents type de l’armement. Cependant, les relations économiques dans le domaine civil n’ont pas atteint un niveau comparable. Le part des investisseurs russes en Algérie reste faible. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?

S.L. : Le domaine de la coopération militaro-technique demeure le «locomotive» de la coopération entre nos pays. Le travail dans ce domaine est mené dans le cadre de la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne sur la coopération militaro-technique.

Mais aussi, en ce qui concerne les relations commerciales et économiques en général, l’Algérie traditionnellement est l’un des principaux partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe.

Depuis plus de demi-siècles de coopération fructueuse, nous avons obtenu des résultats significatifs dans les domaines, tels que l’énergie, l’exploitation minière et l’industrie des métaux, dans la machinerie et la gestion de l’eau. Parmi les exemples les plus évidents, c’est le complexe métallurgique à Al-Hajar, la centrale d'énergie à vapeur à Jijel, le gazoduc Alrar-Tinfuye-Hassi Messaoud, la digue «Beni Zid» qui ont été créés en Algérie avec notre aide.   

Aujourd'hui, les chiffres commerciaux bilatéraux semblent assez bonnes – le volume des échanges a été multiplié l'an dernier par 2,2 et s’est élevé à près de 2 milliards de dollars.

C’est qui est important, et nous sommes d’accord avec nos partenaires algériens là-dessus, est de ne pas s’arrêter là, mener une recherche permanente des domaines perspectifs nouveaux de l’application des efforts communs. Les possibilités nécessaires existent déjà, y compris le mécanisme bien réglé du partenariat d’affaire bilatéral, la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique. Sa huitième session, dont les termes sont en train d’être négociés en ce moment, doit avoir lieu en Algérie. Une base solide pour l’appondissent des relations est la Déclaration sur le partenariat stratégique, signé en 2001 lors d’une visite à Moscou du président de l’Algérie Abdelaziz Bouteflika.

Il existe d’assez bonnes solutions déjà prêtes dans le domaine de la construction industrielle et civile, de l’irrigation, de l’infrastructure du transport, des hautes technologies. 

On considère que le domaine de l’agriculture fait partie des domaines prometteurs du développement de partenariat d’affaire russo-algérien. D’assez bonnes relations se présentent pour l’augmentation du volume d’export de la production agricole vers la Russie, y compris, dans le contexte de la mise en place par la Russie des mesures réciproques à l’égard des pays de l’UE et de la Turquie.

Le monde des affaires des deux pays contribue de manière significative dans le travail commun. Nous évaluons positivement les résultats de la récente visite d’un groupe des représentants des hommes d’affaires algériens à Moscou dirigé par le président de la Chambre de commerce de l'Algérie Monsieur Benamorom. Dans le cadre de la visite, le forum économique bilatéral s’est tenu avec succès, auquel ont participé plusieurs centaines des hommes d’affaires algériens et russes.

J’aimerais également noter l’action du Conseil d’affaires russo-arabe et du Conseil d’affaire russo-algérienne, sous l’égide desquels sont organisées des expositions régulières des produits et des services russes.

Donc, nous regardons vers l'avenir avec optimisme.

L'Expression : Durant sa visite à Moscou en 2001, les présidents Bouteflika et Poutine se sont prononcés en faveur de la coopération sur le long terme dans le domaine de l'énergie. Afin de se préparer à la «période de l’après-pétrole». M. Bouteflika a reconnu la nécessité de construire une centrale nucléaire, qui, selon ce qui a été prévu, doit être lancée avant 2018. Pouvons-nous en savoir plus sur le niveau de coopération russo-algérienne dans le domaine énergétique ?

S.L. : Comme je viens de le souligner, la coopération dans le domaine énergétique est une composante importante de nos relations commerciales et économiques bilatérales. Les principales entreprises russes que sont «Gazprom», «Rosneft», «Stroïtransgaz», «Tehnopromoeksport» travaillent en Algérie avec succès depuis plusieurs années, en coopération avec l’entreprise d’Etat algérienne «Sonatrach». Aussi, d’autres grandes entreprises russes montrent leur intérêt à pénétrer le marché algérien. Nous apprécions hautement la collaboration avec nos homologues algériens dans le cadre du Forum des pays exportateurs du gaz.

En septembre 2014, un Accord intergouvernemental bilatéral sur la coopération dans le domaine de l'utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques a été signé à Alger. Dans le cadre de sa mise en œuvre, du 1er au 3 mars, une réunion du comité bilatéral sur la coopération dans le domaine de l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques est programmée à Alger.

Pour lutter efficacement contre le terrorisme, il faut s’unir sur la base solide du droit international

Au cours de cette réunion, il est prévu de discuter de la possibilité de construire sur le territoire de l’Algérie une centrale nucléaire de conception russe, du développement de l’infrastructure nucléaire en Algérie, ainsi que de l’utilisation non-énergétique des technologies nucléaires, par exemple, dans le domaine médical. 

L'Expression : La Russie, ainsi que l’Algérie, luttent contre le terrorisme islamique, surtout contre le phénomène de radicalisation via les réseaux sociaux. Y a-t-il des mécanismes spécifiques de coopération entre les deux pays pour la lutte contre ce phénomène global ?

S.L. : Le terrorisme est une menace mondiale, qui est à présent devenue l’une des priorités clé dans le domaine de la sécurité internationale. Comme l’a noté le président de la Russie Vladimir Poutine lors de son discours à la 70ème session de l’Assemblé générale de l’ONU, Daesh et d’autres extrémistes profanent par leurs crimes sanglants la grande religion mondiale qu’est l’islam, dénaturant ses vraies valeurs.

La récente série d'attaques terroristes sanglantes est devenue non seulement la démonstration de la nature barbare de l’idéologie et de la pratique de ce qu’on appelle «l’Etat Islamique», mais a également démontré que dans un monde interdépendant, la volonté de créer des «oasis de sécurité» séparés, de se dissocier des régions voisines agitées n’est pas possible.

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Pour lutter efficacement contre le terrorisme, il faut s’unir sur la base solide du droit international, avec le rôle central de coordination accordé à l’ONU, sans les «doubles standards». Aujourd’hui, il est nécessaire de mettre de côté les ambitions et les différences et sans harmonisation quelconque ni conditions préalables nous unir pour vaincre Daesh et les autres groupes extrémistes qui ont lancé un défi à la civilisation humaine. C’est dans cela que réside le principal sens de l’initiative de Vladimir Poutine sur la formation d’un large front antiterroriste. Bien sûr, la société civile doit être activement impliquée dans les efforts complexes et universels.

Le Forum des pays exportateurs de gaz ne peut pas être assimilé à l'OPEP, les préoccupations des pays consommateurs prétendant qu'il va dicter ses règles sur le marché de gaz sont sans fondement

Nos pays savent ce qu’est une agression terroriste, ils ont accumulé beaucoup d'expérience dans ce domaine. Nous saluons la coopération sur ces questions, mise au point entre les organismes compétents de la Russie et de l'Algérie. En particulier, sous l’égide des ministères des Affaires étrangères, opère un groupe de travail interministériel bilatéral sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, la cinquième réunion de celle-ci s’est tenue à Alger en février 2013. Nous choisissons de développer notre coopération dans ce domaine. Je suis convaincu que notre travail en commun avec les partenaires algériens sur la piste antiterroriste contribuera de façon utile aux efforts de la communauté internationale.

L'Expression : Lentement, mais sûrement, l’idée de la création d’un nouveau cartel gazier monte en puissance. Comment voyez-vous la perspective d’un «OPEP gazier» ? Que pensez-vous du fait que cette initiative va inspirer des craintes à de nombreux pays, compte tenu du fait que l’Algérie et la Russie assurent 40% des besoins de l’Europe en gaz ?

S.L. : Les pays-membres du FPEG (Forum des pays exportateurs de gaz) détiennent environ 60% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel et ont la capacité unique de produire une énergie propre et sécurisée dans les quantités nécessaires pour satisfaire les besoins en énergie grandissants partout dans le monde. Ainsi, compte tenu du potentiel dans le domaine de la production et de l’export du gaz naturel, le FPEG est tout à fait comparable en termes de ressources avec l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) dans le domaine du pétrole.

Toutefois, les pays qui participent au fonctionnement du Forum, y compris la Russie et l'Algérie, n’ont pas l’objectif de transformer le FPEG en un «OPEP du gaz». L'adhésion au Forum ne comporte pas d’engagement en termes de volume de production et de vente. Ainsi, il ne peut pas être assimilé à l'OPEP, et donc les préoccupations des pays consommateurs prétendant que le FPEG va dicter ses règles sur le marché de gaz sont sans fondement.

La coopération et la coordination entre les pays membres du FPEG se fait grâce à l’échange d’informations sur le secteur du gaz et sur les meilleures pratiques, ainsi que grâce aux actions conjointes pour encourager l'utilisation du gaz naturel. Nos pays voient dans le rôle du Forum la promotion d’un dialogue ouvert et constructif avec les importateurs de gaz naturel dans le cadre d’organisations de forums énergétiques internationaux et régionaux, y compris sur les questions liées à la demande de gaz naturel et sur le développement de l'infrastructure de gaz transfrontalière nécessaire. Il est question d’une répartition équitable des risques entre les fournisseurs et les consommateurs de gaz naturel grâce à la mise en œuvre d’une politique fiscale, commerciale, énergétique et écologique prévisible, non-discriminatoire, en conformité avec les cadres juridiques et politiques nationaux.

Je suis convaincu que le Forum, en dépit du contexte économique difficile, a de bonnes perspectives. En particulier, le troisième sommet du FPEG qui s’est tenu à Téhéran en novembre 2015 confirme cela, une réunion à laquelle a participé le président Vladimir Poutine et le Premier ministre de l’Algérie Abdelmalek Sellyal. Durant cette réunion, des points de vue convergents ont été mis en évidence sur le développement de l'industrie du gaz dans le contexte des nouveaux défis liés à l'instabilité du marché mondial de l'énergie, l'importance d'une large utilisation du gaz naturel. Dans la déclaration finale du sommet ont été établies des conditions clés pour la Russie et l’Algérie, telles que la souveraineté des pays membres du FPEG quant à leurs ressources naturelles, le rôle fondamental des contrats à long terme sur la livraison du gaz et le financement des projets gaziers à grande échelle. Nous espérons que les résultats du sommet contribueront au développement durable du marché mondial du gaz.

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