La République en marche, un navire politique à la dérive ?

La République en marche, un navire politique à la dérive ?© BENOIT TESSIER Source: Reuters
La République en marche, une famille pas si unie ? (image d'illustration).

Débâcles électorales, démissions de cadres au sein de ses instances, scission à l'Assemblée... Le parti présidentiel vit des moments politiques difficiles. Cette Berezina va jusqu'à irriter le créateur du mouvement, le président Emmanuel Macron.

Le temps de l'euphorie de 2017 semble loin pour les macroniens. Plusieurs crises internes, sociales et sanitaires plus tard, le parti de la majorité présidentielle paraît plus que jamais fragilisé. Les événements se sont d'ailleurs accélérés ces derniers jours avec les démissions médiatisées de plusieurs cadres de l'organe décisionnaire de La République en marche (LREM) : la porte-parole Aurore Bergé, le délégué général adjoint (numéro deux du parti) Pierre Person, et Sacha Houlié. Un coup loin d'être anecdotique puisque les deux députés, Pierre Person et Sacha Houlié, incarnent la jeune garde d'Emmanuel Macron.

Le premier susnommé affirme de fait qu'il démissionne pour créer «un électrochoc» dans un parti qui, selon lui, «ne produit plus d'idées nouvelles». Vexée d'avoir été mise de côté lors du dernier remaniement, Aurore Bergé confesse pour sa part, sur BFM TV le 23 septembre, qu'il y a bel et bien «un malaise profond» au sein de LREM.

A l'instar d'Hugues Renson ou d'Anne Brugnera, plusieurs élus LREM soutiennent publiquement ces démissions, insistant sur le devoir de «proposer une ligne de conduite renouvelée».

«On se prend des pelles aux élections [...] Le parti, le groupe ont fui le débat politique alors que c'est le débat politique qui unit et cimente le groupe», estime également le 22 septembre devant la presse, dans la salle des Quatre Colonnes de l’Assemblée, la parlementaire Anne-Christine Lang, qui ne se dit cependant «pas inquiète» pour l'avenir.

C'est l'amicale des losers, le retour de tous ceux qui ont foiré le début du quinquennat

Symbole du malaise, au lendemain des démissions, c'est-à-dire le 22 septembre, l'AFP rapporte que Stanislas Guerini n'a été que très faiblement applaudi, lors d'une réunion à huis clos du groupe majoritaire, alors qu'il présentait un nouvel organigramme. Les nominations ont en outre fait grincer des dents, avec celles de Jean-Marc Borello comme numéro deux, Stéphane Séjourné aux relations avec la société civile ou encore Sibeth Ndiaye au pôle «Idées». «C'est l'amicale des losers, le retour de tous ceux qui ont foiré le début du quinquennat», réagit un cadre LREM dans les colonnes du Parisien.

Loin de jouer l'apaisement, l'équipe autour de Stanislas Guerini riposte, délivre des indiscrétions auprès des journalistes en ciblant Pierre Person, accusé d'être trop souvent «absent». Dans cet esprit, le chef du service politique de France info, Jean-Jérôme Bertolus dévoile que «plusieurs dirigeants du mouvement mettent en avant l’Instagram de Pierre Person» : «Depuis un an, il a disparu. Ni sur le terrain, ni dans le débat. Son compte montre l’essentiel de son activité : ses week-end et l’entretien de sa forme physique.»

L'heure semble donc au règlement de comptes. Face à cette vague déstabilisatrice, l'équipe autour de l'actuel délégué général mis en difficulté, Stanislas Guerini, a pu recevoir un soutien de poids : celui de François Bayrou, président du principal parti allié à LREM, le MoDem. Sur Europe 1, le 23 septembre, l'actuel Haut-commissaire au plan a rappelé aux éventuels frondeurs que ce n'était «pas le moment de se livrer à des guerres internes», étant donné la situation sanitaire et économique du pays.

Les macronistes en pleine pagaille : Emmanuel Macron va-t-il taper du poing sur la table ?

Mais la question se pose : va-t-on vers une fronde ? Le terme est sans doute bien trop fort, même si des macronistes ont, en mai 2020, fait bande à part dans un nouveau groupe parlementaire (Ecologie Démocratie Solidarité, EDS, autour d'Aurélien Taché et de Matthieu Orphelin), pour infléchir le gouvernement sur une pente plus écologiste. Un coup politique, médiatique, qui a accessoirement fait perdre la majorité absolue au seul groupe LREM à l'Assemblée. En somme, si ce désagrément est symbolique pour le parti, il le fragilise également. Il doit désormais compter sur son fidèle partenaire du MoDem, pour maintenir un bloc parlementaire uni derrière l'action gouvernementale.

Une chose est certaine, contrairement à EDS, Pierre Person, Aurore Bergé et Sacha Houlié veulent toujours, publiquement, la victoire d'Emmanuel Macron pour 2022.

Ils savent que la vague macroniste de 2017 leur a, sans aucun doute, permis d'obtenir un mandat électoral. N'en demeure pas moins que ces divisions apparentes agacent le fondateur du mouvement, le chef de l'Etat Emmanuel Macron. Dans Le Point du 23 septembre, les proches du président de la République affirment qu'il voit cela comme «un concours de CM2», et la bataille des responsabilités au sein du mouvement comme «un os à ronger pour ceux qui n'ont pas de poste».

Ceux-ci assurent même qu'Emmanuel Macron «n'a jamais vraiment été attaché à ce truc», que serait LREM. C'est oublier que LREM a été une machine électorale très efficace et utile (d'abord nommée En Marche !, pour rappeler les initiales d'Emmanuel Macron), pour récolter des fonds en vue de l'élection présidentielle. Si l'actuel locataire de l'Elysée est parvenu à ses fins, il devra encore s'appuyer sur un appareil politique, avec des militants, en vue de l'élection de 2022.

Depuis les législatives de 2017, LREM cumule les échecs et s'attend à en vivre d'autres

Il serait ainsi surprenant qu'Emmanuel Macron ne s'inquiète pas des différents échecs électoraux qui s'accumulent depuis 2017. Certes, LREM a sauvé la mise pour les européennes de 2019, en étant toutefois relégué derrière le Rassemblement national. Néanmoins, les scrutins qui ont suivi ont été catastrophiques. La campagne des municipales de 2020, étaient déjà le témoin d'embrouilles au sein du parti, notamment dans leurs deux vitrines électorales, Paris et Lyon. Résultat des courses : La République en marche a perdu dans ces deux villes, n'a réussi à remporter que quelques centaines sièges – souvent au prix d'alliances avec les élus de l'«ancien monde» –, leur principale victoire étant celle d'Edouard Philippe au Havre.

Dernièrement, six législatives partielles – toutes marquées par de fortes abstentions – ont aussi pu permettre le 20 septembre de confirmer la défiance des électeurs vis-à-vis de LREM. Les représentants du parti présidentiel ont tous été éliminés dès le premier tour, avec, de surcroît, une claque dans le Haut-Rhin où Jean-Frédéric Baechler n'a récolté que 3% des voix (la candidature LREM avait fait 26% en 2017).

D'autre part, dans la onzième circonscription des Yvelines, la seule qui était aux mains de la majorité présidentielle lors de ces échéances, le candidat LREM Pierre Luce n'est arrivé que troisième, avec 15,4% des voix. Il a reconnu dans un tweet que le résultat était «sans appel [...] notre projet en soutien du gouvernement n'a pas mobilisé ni convaincu». Les différentes échéances démontrent que LREM éprouve les plus grandes difficultés pour faire émerger des figures politiques, en dehors de l'incarnation d'Emmanuel Macron.

Arrivent désormais les sénatoriales le 27 septembre 2020, et ce scrutin s'annonce compliqué puisque, faute d'ancrage local et d'un nombre substantiel de grands électeurs, LREM pourra difficilement renforcer sa présence au Sénat (actuellement 23 sénateurs avec 10 renouvelables). «On a espoir de maintenir à flots un groupe au Sénat», se rassure sur Public Sénat, le sénateur LREM des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli. Celui-ci appuie l'idée, avec d'autres sénateurs, qu'un groupe plus large au Sénat, macron-compatible, peut être créé pour «dépasser la seule étiquette La République en marche». Une coalition de la majorité présidentielle donc, qui serait même soutenue par le président de la République. Reste à savoir si les partis, comme le MoDem – et pourquoi pas des parlementaires de l'UDI et de Les Républicains – accepteraient de se fondre dans ce nouvel espace piloté par les macronistes.

Stanislas Guerini a transformé un jeune mouvement en machine à perdre

Pour LREM, il faut donc d'abord limiter la casse et tenter une nouvelle approche pour constituer un bloc macronien. Reste que l'ambiance n'est pas non plus des plus positives pour les départementales et régionales de mars 2021. Des élections où le militantisme à l'échelon local peut avoir son importance. Et tout semble laisser à penser que les forces sur le terrain se résignent peu à peu. Un cadre de LREM exprime effectivement au Parisien, son inquiétude avec le maintien de Stanislas Guerini à la tête du parti : «Il va se prendre une nouvelle claque aux régionales et il ne fait plus rêver personne.» «Il a transformé un jeune mouvement en machine à perdre, en machine à s'engueuler. On dirait le Parti socialiste dans ses œuvres !», glisse un autre dans Le Point.

LREM a-t-elle déjà fait une croix sur ces scrutins, attendant patiemment 2022 en misant sur la personnalité d'Emmanuel Macron pour refaire le coup de 2017 ? Une hypothèse crédible puisqu'il n'y a rien d'insurmontable à 18 mois de la présidentielle. Souvenons-nous : Emmanuel Macron n'avait mis qu'une petite année entre la création d'En Marche ! le 6 avril 2016 et l'élection présidentielle, pour atteindre l'Elysée et, par la logique du quinquennat, permettre aux députés de rafler une majorité au palais Bourbon. Les hauts niveau d'abstentions des derniers scrutins confirment, du reste, qu'aucune formation politique n'arrive à percer et prendre clairement le leadership de l'opposition. Un constat précaire qui peut, en attendant, rassurer les macroniens pour 2022.

Bastien Gouly

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