Jusqu'à quel point Macron va-t-il laisser l'affaire Benalla endommager son mandat?

Jusqu'à quel point Macron va-t-il laisser l'affaire Benalla endommager son mandat?© Ludovic MARIN / POOL Source: Reuters
Le président français Emmanuel Macron visite le Salon International de l'Agriculture au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 24 février 2018.

L'affaire Benalla continue de brouiller l'image de l'Elysée et l'action du chef d'Etat. Malgré le danger que représente l'ex-conseiller et quasi-garde du corps et en dépit de multiples révélations, l'exécutif semble incapable de le neutraliser.

L'affaire Benalla n'en finit pas. Et ressemble de plus en plus à une affaire d'Etat. Ce 21 janvier, Alexandre Benalla, accusé d'avoir passé à tabac des manifestants tout en usurpant la fonction de policier le 1er mai 2018, doit répondre, de nouveau, à la commission des Lois du Sénat, en compagnie de Vincent Crase, gendarme réserviste chargé de sécurité pour La République en marche (LREM). Tous deux étaient présents place de la Contrescarpe à Paris le 1er mai 2018.

Enième déballage embarrassant pour l'Elysée ? Peut-être pas : Alexandre Benalla pourrait invoquer le secret de l'instruction. Le 17 janvier dernier, l'ex-responsable de la sécurité d'Emmanuel Macron a en effet été placé en garde à vue pour la seconde fois à la suite de nouvelles révélations fracassantes. Il est accusé d'avoir eu recours à un faux en écriture, un document manuscrit non signé à en-tête du chef de cabinet de l'Elysée, afin d'obtenir un passeport de service.

Au total, il pourrait s'agir de pas moins de cinq passeports, trois diplomatiques, et deux dits «de service» qu'Alexandre Benalla aurait utilisés abusivement, notamment lors de voyages d'affaires en Afrique ou encore en Israël. Le 29 décembre, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire, notamment pour abus de confiance, concernant la non-restitution de deux passeports diplomatiques alors qu'il n'était plus en fonction à l'Elysée.

Affaire Benalla et Gilets jaunes, un cocktail détonnant

Alors que l'insurrection, d'abord fiscale, puis politique et démocratique des Gilets jaunes persiste, Emmanuel Macron, contesté dans sa légitimité, n'avait vraiment pas besoin de ça : depuis l'éclatement de l'affaire, en juillet 2018, jusqu'à aujourd'hui, le président de la République apparaît toujours plus fragile. Et pourtant, quand il n'était pas réfugié dans le mutisme, le chef d'Etat a fait preuve depuis le début de l'affaire Benalla d'une singulière mansuétude.

C'est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla

En déplacement en Dordogne le 19 juillet, au lendemain des révélations du journal Le Monde, Emmanuel Macron pouvait encore affirmer : «La République, elle est inaltérable.» Puis, après quelques jours d'un silence radio, le chef de l'Etat, encore jupitérien, lançait un défi, en petit comité de fidèles et à l'abri des murs de la Maison de l'Amérique latine à Paris. «S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français [...]. C'est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla», avait-il martelé le 24 juillet. Presque six mois plus tard, ces mots sonnent comme une prophétie alors que «Macron, on vient te chercher chez toi !» est devenu l'un des slogans de prédilection des Gilets jaunes. Chaque samedi, face aux manifestants, le périmètre du palais de l'Elysée se transforme en camp retranché,  défendu par des colonnes interminables de véhicules de transport des forces de l'ordre. Aussi, tandis que le président bunkerisé tente de reprendre la main avec le lancement du grand débat national, l'éternel retour d'Alexandre Benalla à la une des médias vient compromettre un peu plus l'hypothétique rebond du président de la République.

Des liens difficiles à rompre 

Et pourtant. Malgré sa capacité de nuisance pour l'exécutif, Alexandre Benalla paraît toujours jouir d'une grande liberté d'action. Même si l'Elysée s'est fait à l'occasion plus menaçant, l'embarrassant ex-conseiller continue de mener ses affaires tambour battant, cultivant avec soin son carnet d'adresse. Avec pour projet professionnel dès l'adolescence d'assurer la sécurité des grands de ce monde – en classe de 3e, il écrit une lettre au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy pour un stage d'observation – Alexandre Benalla, 27 ans seulement, est un «homme pressé». Aussi, le scandale du 1er mai n'ébranle pas sa détermination.

En pointillés, sous surveillance des médias, on peut ainsi relever des indices de son intense activité. Il est par exemple repéré fin novembre par le magazine Marianne dans un restaurant du VIIIe arrondissement à l'occasion de l'anniversaire des 70 ans du JDD. Parmi les invités figuraient le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, ainsi que le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand. C'est avec ce dernier, ex-socialiste, compagnon de route d'Emmanuel Macron dès octobre 2016 comme secrétaire général du mouvement En Marche!, qu'Alexandre Benalla a été vu s'entretenant «longuement», d'après le magazine. «On nous a expliqué qu’il dînait ce soir-là à l’étage, par hasard», s'était alors empressé de rectifier l'un des invités. Signe que tous les liens n'ont pas été rompus, Alexandre Benalla se vante auprès de Mediapart d'avoir gardé le contact avec Emmanuel Macron. Et même de se montrer presque menaçant. «Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable. Nous échangeons sur des thématiques diverses. C’est souvent sur le mode "Comment tu vois les choses ?"», affirme alors l'ex-conseiller déchu.

J'ai de l'indulgence à l'égard de ceux qui ont commis des fautes

Le 6 novembre 2018, lors d'une interview accordée à Europe 1, Emmanuel Macron critiquait vertement le traitement médiatique de l'affaire. «J'ai de l'indulgence à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. La raison, le respect, la civilité, ce sont de bonnes choses dans nos sociétés [...] Il a fait des fautes. Est-ce qu'il mérite d'être traité comme le plus grand criminel en liberté ? Je ne suis pas sûr», plaidait-il alors. Ce même 6 novembre, c'est avec beaucoup moins de mansuétude que le président de la République, encore adepte de la verticalité du pouvoir, fustigeait le mouvement naissant des Gilets jaunes. «J'entends les colères légitimes, mais sur ce type de mouvement, je suis toujours prudent, parce que ça agrège beaucoup de choses qui n’ont rien à voir, toutes les formes de démagogie [...] Généralement, on trouve derrière un peu tout et n'importe quoi. Il y a beaucoup de gens qui veulent simplement tout bloquer.»

Au point qu'une question surgit : y aurait-il un subtil équilibre de la terreur entre Emmanuel Macron et Alexandre Benalla ?

Alexandre Keller

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