Macron assume son impopularité et botte en touche sur le mécontentement lié aux carburants

Macron assume son impopularité et botte en touche sur le mécontentement lié aux carburants© Pool Source: Reuters
Emmanuel Macron à Pont-à-Mousson, (image d'illustration).

Emmanuel Macron entame son «itinérance mémorielle» et a accordé un entretien à Nikos Aliagas depuis la ville de Verdun. L'occasion pour le président de revenir sur l'affaire Benalla, sa baisse dans les sondages ou la hausse du prix du carburant.

Emmanuel Macron a accordé à Europe 1 sa première interview radio depuis son élection. Diffusé le 6 novembre, cet entretien a été enregistré la veille, le 5 novembre, à Verdun. Outre la colère des Français sur les prix des carburants, l'actuel locataire de l'Elysée a répondu aux questions de l'animateur Nikos Aliagas sur l'Europe, l'affaire Benalla, les violences à l'école ou encore la démission de Nicolas Hulot. «On va parler de tout avec le président de la République, les yeux dans les yeux. On va essayer de répondre aux questions que se posent les Français, notamment sur les carburants», avait annoncé Nikos Aliagas.

Le président, en pleine tournée mémorielle (baptisée «itinérance mémorielle» par l'Elysée) à travers la France, a notamment abordé la question de la montée des nationalismes et des menaces extérieures, tout en concédant : «Notre responsabilité c'est de reconnaître la peur et la colère contre une Europe [...] devenue ultralibérale [...] qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre.»

Manifestation du 17 novembre : «Il y a beaucoup de gens qui veulent simplement tout bloquer»

Abordant la question de la mobilisation du 17 novembre et de la hausse des prix du carburant, Nikos Aliagas a alors fait part des questions que les Français qu'il dit avoir croisés lui auraient demandé de faire remonter au président : «Demande-lui pourquoi il nous taxe.» 

Reconnaissant l'attachement des Français à la notion de mobilité, Emmanuel Macron a alors évoqué l'ouvrage Mythologies de Roland Barthes et a cité Georges Pompidou : «"La bagnole, c'est quelque chose", comme disait Pompidou.» Le chef d'Etat a également déploré : «Malheureusement, je ne conduis plus», puis il a expliqué que si le prix à la pompe augmentait c'était principalement à cause des cours mondiaux sur le pétrole, «à 70 ou 80%» et de plaider : «Quand vous me voyez me déployer au Moyen-Orient, c'est pour vous, pour vos moyens», tout en faisant valoir : «Il y a toujours eu des taxes [...] et il faut davantage taxer les énergies fossiles.»

Malheureusement, je ne conduis plus

Lorsque Nikos Aliagas a demandé au président de la République s'il s'agissait d'«écologie punitive», Emmanuel Macron a alors rétorqué : «Ceux qui peuvent [acheter un véhicule moins polluant], on les accompagne»... Et l'animateur de demander : «Et les autres ?» Le président s'est alors montré plus flou : «Moi, je souhaite qu'on bouge un peu. [...] Qu'est-ce qui fait qu'on pollue beaucoup ? C'est parce que les Français roulent avec des vieux diesels. Ils polluent plus et ils consomment beaucoup.» Et le président d'affirmer qu'une prime de 1 500 à 2 000 euros viendrait aider les acheteurs.

Je suis toujours prudent sur ces mouvements sur lesquels s'agrègent toute sorte de démagogie.

«Nos concitoyens qui prennent la voiture tous les jours pour aller travailler, [...] je comprends leur colère. Ils me disent à juste titre : "c'est la double-peine, je suis courageux et on me pénalise"», affirme Emmanuel Macron. «Il faut qu'on regarde comment améliorer le chèque énergie parce qu'on ne peut laisser les gens alors que l'hiver commence dans une situation qui ne permet pas de se chauffer dignement», affirme encore le président de la République.

Mais à propos de l'opération gilets jaunes et des blocages routiers prévus pour le 17 novembre, il semble douter : «J'entends les colères légitimes, mais sur ce type de mouvement, je suis toujours prudent, parce que ça agrège beaucoup de choses qui n’ont rien à voir, toutes les formes de démagogie [...] Généralement, on trouve derrière un peu tout et n'importe quoi. Il y a beaucoup de gens qui veulent simplement tout bloquer.»

Sur sa propre impopularité, Macron fait le dos rond et n'espère pas une embellie prochaine

Abordant le sujet des sondages et de son image dégradée auprès des Français, Emmanuel Macron a reconnu les difficultés et a semblé assumer cette baisse de sa cote de popularité : «Elle le sera encore un bon moment. Cela durera encore. Si d'aucuns qui m'avaient précédé avaient regardé leur cote de popularité ils n'auraient pas continué.»

A la question de Nikos Aliagas sur la démission de Nicolas Hulot, «comment vous ressentez cette démission ?», le président a estimé : «Je ne suis pas sûr qu'il ait été très heureux comme ministre [...] Il a dû tenir des engagements forts que j'avais pris devant les Français.» A ce moment de l'interview, ce n'est pas le sujet du glyphosate qui a été abordé mais bien celui des centrales à charbon, avant d'enchaîner rapidement sur l'affaire Benalla.

Benalla : «L'Elysée n'a rien caché. Il n'y a pas de milice de l'Elysée»

Nikos Aliagas s'est enquis de savoir si Emmanuel Macron n'avait pas de regrets sur sa façon de communiquer pendant l'été sur l'affaire Benalla : «D'abord je vais vous rassurer, ça vous a peut-être occupé, vous [les médias], mais ça ne m'a pas empêché de faire d'autres choses.» Et d'expliquer, pédagogue : «C'est un jeune homme qui m'a accompagné à l'Elysée en qui j'ai eu confiance. Je lui ai confié des responsabilités. Il a fait une faute.» Emmanuel Macron a également déploré à propos du parlement et des médias : «On a peut-être perdu l'esprit de mesure. L'Elysée n'a rien caché. Il n'y a pas de milice de l'Elysée, c'est faux. C'est mon point [...] J'ai de l'indulgence à l'égard de ceux qui ont commis des fautes. La raison, le respect, la civilité, ce sont de bonnes choses dans nos sociétés.»

La discussion a alors logiquement roulé vers les violences à l'école et Emmanuel Macron a abandonné toute indulgence à propos du jeune qui avait braqué une enseignante à l'arme factice : «Ce sont des actes intolérables, c'est pour cela que j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de réagir aussitôt. [...] La peur va changer de camp et doit changer de camp.» Faut-il faire entrer la police à l'école ? «Il faut que cette possibilité soit ouverte», lâche Emmanuel Macron.

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