«Il y en a marre»: les présidents de régions vont au clash contre Edouard Philippe sur les dotations

«Il y en a marre»: les présidents de régions vont au clash contre Edouard Philippe sur les dotations
Edouard Philippe a reçu un accueil houleux lors de la Conférence des territoires le 28 septembre 2017, photo ©GUILLAUME SOUVANT / AFP

Les élus locaux attendaient de pied ferme le Premier ministre Edouard Philippe. Dénonçant les coupes budgétaires imposées, les présidents de régions ont quitté la Conférence des territoires instaurée par Emmanuel Macron.

La Conférence des territoires, instaurée par Emmanuel Macron en juillet 2017, a très mal commencé pour le Premier ministre Edouard Philippe. Avant même sa venue, les présidents de régions avaient déjà promis un accueil «compliqué» au chef du gouvernement. Et, de fait, après plusieurs échanges houleux, les élus régionaux ont annoncé à la mi-journée ce 27 septembre 2017 leur départ de la conférence – lieu de «concertation» et de «pédagogie» selon les mots utilisés par la communication de l'exécutif – afin de dénoncer la baisse des crédits alloués aux régions.

C'est notamment la suppression d'un fonds de 450 millions d'euros de soutien au développement qui a mis le feu aux poudres. Philippe Richert, président Les Républicains (LR) de la région Grand Est, ne mâche pas ses mots. «On découvre la suppression de 450 millions qui étaient destinés aux régions pour accompagner les entreprises», a-t-il dénoncé. «On est en train de travailler à la reprise, on se dit que ça se concrétise, cet argent est prévu pour accompagner l'innovation et les exportations. Tout d'un coup, ces 450 millions ne sont pas là», déplore-t-il encore. Et d'ajouter : «Ces 450 millions, on les a signés entre le gouvernement et les régions de France. C'est passé au Parlement. C'est voté.»

Le Premier ministre a bien essayé de faire porter le chapeau aux gouvernements précédents de François Hollande, évoquant des «chèques en bois» pour revenir sur la dotation des régions.

Levée de boucliers générale des présidents de régions

Mais en vain. Le mécontentement dépasse même les clivages politiques. «Les régions se retirent de la Conférence territoriale et ne participent pas à partir d'aujourd'hui à des discussions sur des réformes qui sont le faux nez d'une reprise des responsabilités qui leur ont été confiées», a ainsi accusé le socialiste François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire.

«C'est nous qui faisons des économies. A la différence de l'Etat, il n'y a aucune collectivité locale qui peut voter un budget en déséquilibre», a rappelé pour sa part le président (LR) de la Région Hauts-de-France Xavier Bertrand, très énervé. «Il y en a marre», a-t-il encore lancé, interrogé par la chaîne de télévision Public Sénat, déplorant que la relation de confiance avec l'Etat soit «terminée».

Les collectivités territoriales, bons élèves punis ?

Les coupes budgétaires décidées par Emmanuel Macron et le gouvernement d'Edouard Philippe avaient déjà suscité des remous ces derniers mois. En juillet, l'exécutif, alerté par la Cour des comptes, annonçait avoir découvert un trou budgétaire de quelque 8 milliards d'euros, donnant le signal d'une plus grande rigueur budgétaire, et accusant le gouvernement précédent de ne pas avoir provisionné les dépenses dans la loi budgétaire.

Le gouvernement prévoit en outre, dans le cadre d'une maîtrise du déficit budgétaire conforme aux attentes de l'Union européenne, de faire 80 milliards d'économies de dépenses publiques au cours du quinquennat. Les collectivités territoriales devraient, elles, être sollicitées à hauteur d'au moins 13 milliards. Les baisses de dotation toucheront également les communes, déjà inquiètes du projet de suppression de la taxe d'habitation.

Le coup de rabot budgétaire suscite d'autant plus d'irritation chez les élus locaux que les collectivités sont loin de faire figure de mauvais élèves en matière budgétaire. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes soulignait en effet que les collectivités locales ne représentaient que 20% des dépenses publiques... tout en supportant 50% de l'effort de réduction du déficit sur les trois dernières années. Mais le gouvernement semble déterminé à ne pas céder. Ce qui promet encore quelques frictions.

Lire aussi : Robert Ménard suscite la polémique avec des affiches choc contre la baisse des dotations de l'Etat

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.