Edouard Philippe Premier ministre, le choix «peu correct» et «stratégique» d'Emmanuel Macron

Edouard Philippe Premier ministre, le choix «peu correct» et «stratégique» d'Emmanuel Macron© LOIC VENANCE Source: AFP
Edouard Philippe et Emmanuel Macron, alors ministre, lors d'une cérémonie à Saint-Nazaire en février 2016.

Le sénateur UDI Yves Pozzo di Borgo revient sur la nomination du maire LR du Havre comme Premier ministre. Un geste qu'il décrit comme «inélégant» de la part d'Emmanuel Macron, qui poursuit l'objectif de «casser les partis de gauche comme de droite».

RT France : Emmanuel Macron a nommé le juppéiste et député-maire républicain du Havre Edouard Philippe comme Premier ministre. Que vous inspire ce choix ?

Yves Pozzo di Borgo (Y. P.d.B.) : Ma première impression est que le nouveau président – jeune et sympathique au demeurant – n'est pas très correct avec les partis politiques de la droite et du centre. Il refait la même erreur que François Mitterrand en 1988 et que Nicolas Sarkozy en 2007 en essayant de récupérer des responsables de la droite et du centre un par un. Ce n'est pas très élégant.

Emmanuel Macron considère son élection comme une révolution et qu'il faut maintenant casser les partis de gauche comme de droite

RT France : Quel est selon vous l'objectif poursuivi derrière une telle nomination ?

Y. P.d.B. : Son but est tout simple. Actuellement, Emmanuel Macron considère son élection – qui s'est un peu jouée sur une accumulation de chances qu'il a eues – comme une révolution et qu'il faut donc maintenant casser les partis de gauche comme de droite. Il est arrivé à casser les partis de gauche en mettant comme candidat aux législatives essentiellement des personnes qui viennent de la gauche ou de nouveaux visages issus de son camp. En ce qui concerne les partis de droite, comme il sent qu'il n'est pas sûr de gagner les élections législatives, il fait semblant et donne l'impression avec ce Premier ministre qu'il va diriger avec la droite et le centre.

Emmanuel Macron met en place un Premier ministre jeune, intelligent, respecté, qui a du talent qui pourra après les législatives mener la recomposition politique

Il y a ainsi deux objectifs. Pour les législatives du mois de juin, le premier objectif est de dire aux Français : «Regardez, je suis de droite et de gauche» – ce qui est hypocrite puisque le seul candidat de droite qui sera à ses côtés sera le Premier ministre. C'est un objectif tactique qui peut lui permettre de grignoter des voix de la droite et du centre. L'autre objectif – qui est plus utile – intervient dans le cas où il n'arrive pas à obtenir une majorité. Il risque d'y avoir dans ce cas une recomposition politique. Emmanuel Macron met donc en place un Premier ministre jeune, intelligent, respecté, qui a du talent, que je connais bien, qui pourra lui après les législatives mener cette recomposition politique avec une partie du centre, une partie des socialistes et des Républicains. Ces deux éléments, d'après moi, expliquent le choix d'Edouard Philippe à Matignon.

Il est normal que la gauche qui dit «on veut bien voter Macron car c'est un nouveau socialiste, un socialiste moderne» se sente trahie

RT France : De nombreuses figures politiques ont réagi à cette décision. A gauche comme à droite, de nombreux élus évoquent une trahison. Est-ce également votre sentiment ?

Y. P.d.B. : Ce n'est pas une trahison. On pourrait dire qu'Emmanuel Macron est un accident politique industriel. Il considère lui son élection comme une recomposition politique générale – il n'a peut-être pas tort d'ailleurs. Il reste donc dans la logique de cette recomposition et la poursuit en disant : «J'ai mis beaucoup de candidats de gauche aux législatives mais je veux continuer avec la droite et le centre, c'est la raison pour laquelle mon Premier ministre en vient.» Il reste dans sa logique.

Il est donc normal que les partis de la droite et du centre trouvent que cette nomination est inélégante et qu'elle trahit la droite et le centre. Tout comme il est normal que la gauche qui dit «on veut bien voter Macron car c'est un nouveau socialiste, un socialiste moderne» se sente trahie par ce candidat de droite. C'est la stratégie qu'a choisie Emmanuel Macron. Les électeurs décideront en juin si sa stratégie était la bonne ou non.

Les électeurs décideront en juin si sa stratégie était la bonne ou non

RT France : Pensez-vous qu'il parviendra à cette recomposition politique ?

Y P.d.B. : Je n'arrive pas à le savoir. Les élections législatives nous le diront. J'ai mon idée. J'ai mon intuition mais je ne peux pas prédire ce qu'il va se passer. Le résultat des législatives garantira pour lui soit la recomposition soit l'échec de sa stratégie. Ce n'est pas à nous parlementaires de dire ce qu'il va se passer. Je considère que sa manière de faire est une erreur, mais si les Français élisent une majorité derrière lui, cela voudra dire qu'il aura réussi sa recomposition politique. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il réussira son quinquennat. Il aura encore de nombreux problèmes à régler. Il est possible que d'ici six mois ou un an il n'ait plus la même audience que celle qu'il a aujourd'hui. Seuls les électeurs et les législatives – qui sont peut-être beaucoup plus importantes que l'élection présidentielle – indiqueront si la recomposition politique a lieu ou non.

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