John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

Présidentielle en France : les indicateurs de la capacité à survivre du système politique

Présidentielle en France : les indicateurs de la capacité à survivre du système politique© Benoit Tessier Source: Reuters
Les supporters d'Emmanuel Macron se réjouissent du résultat du premier tour de la présidentielle.

L'historien John Laughland prévoit le résultat du duel Macron-Le Pen au second tour de la présidentielle. Et ce résultat révèlerait non seulement la capacité à survivre du système politique, mais aussi les défauts du représentant de ce système.

RT France : Les résultats du premier tour de la présidentielle, vous surprennent-ils ?

John Laughland (J. L.) : Pas vraiment, puisqu’il faut admettre que pour une fois les sondages ont eu raison. On nous annonce depuis un certain temps que c’est Marine Le Pen et Emmanuel Macron qui seront en tête. C’est le cas, avec un petit détail : il semble que Marine Le Pen sera en deuxième position et non pas en première, comme les sondages l’avaient annoncé. Mais fondamentalement non, pour une fois les sondages avaient bien vu la situation, ils avaient même donné les bons chiffres, c’est-à-dire aux alentours des 23% pour les deux premiers candidats et ensuite aux alentours de 19% pour le troisième et le quatrième. Ce qui me surprend, c'est qu’il semble aujourd’hui inévitable qu’Emmanuel Macron soit élu. Peut-être que Marine Le Pen fera un meilleur score au second tour que son père en 2002, mais il me semble absolument certain qu’Emmanuel Macron va gagner. Finalement, c’est ce qui me surprend, puisque voici quelques mois, je n’aurais jamais cru que quelqu’un dont personne n’avait jamais entendu parler quelques mois auparavant pourrait emporter la présidence de la République.

La victoire d’Emmanuel Macron, si elle se confirme, va montrer la capacité du système politique à survivre, puisque malgré sa jeunesse, sa nouveauté et son manque d’expérience, il est l’incarnation-même du système

RT France : Les deux partis traditionnellement au pouvoir ne se sont pas qualifiés pour le second tour. Comment expliquez-vous cela ?

J. L. : On peut effectivement faire ce constat. Le candidat du Parti socialiste a obtenu 5%, c’est un résultat catastrophique, et le candidat républicain, pour qui l’élection était soi-disant imperdable il y a quelques mois, a lui aussi été éliminé. En même temps, je pense qu’il ne faut pas trop mettre l’accent sur cet effondrement des deux partis traditionnels. Certes, c’est un événement, mais la victoire d’Emmanuel Macron, si elle se confirme, va montrer la capacité du système politique à survivre, puisque malgré sa jeunesse, malgré sa nouveauté et son manque d’expérience, il est l’incarnation-même du système. C’est le candidat de la continuité. C’est quelqu’un qui est mis en avant pour préserver un système qu’il ne changera pas du tout, contrairement à la propagande et à la rhétorique. C’est au contraire quelqu’un qui va maintenir les grandes lignes de la politique française, exactement comme elles sont depuis plusieurs générations. En regardant Emmanuel Macron, j’ai la citation du prince de Lampedusa qui me vient à l’esprit : «Il faut que tout change pour que [rien ne change].»

Le grand défi va être de se constituer une majorité parlementaire

RT France : Il y a quand même une surprise lors de cette élection : c’est l’abstention. On s’attendait à un taux très élevé…

J. L. : Non, il me semble que le taux de participation est comparable à celui des élections présidentielles précédentes. Le choix maintenant va être entre les deux candidats et en juin, il va falloir qu’Emmanuel Macron constitue un gouvernement. Il ne faut jamais oublier que le président de la République est en quelque sorte le chef du gouvernement, mais il doit avoir un gouvernement et une majorité au Parlement. Par conséquent, le grand défi pour Emmanuel Macron, comme d’ailleurs cela aurait été le cas pour Marine Le Pen si elle avait gagné, va être de se constituer une majorité parlementaire, ce qui n’est pas évident étant donné qu’il n’a pas vraiment de parti. Les mois qui viennent vont montrer comment il va réussir à rassembler, et je pense qu’il va réussir à rassembler assez largement, notamment au centre, mais aussi au centre-droite pour constituer une majorité qui lui donne une majorité en juin.

On peut s’attendre à ce que Emmanuel Macron réussisse à constituer autour de lui un rassemblement de personnalités politiques qui vont le soutenir

RT France : Pensez-vous que les élections législatives seront aussi tumultueuses que celle-ci ?

J. L. : Malheureusement non. Dans toutes les élections présidentielles, les Français donnent la majorité à leur élu. C’est-à-dire que s’ils élisent un président de la République, ils lui donnent habituellement une majorité au Parlement. On peut donc s’attendre à ce que, dans les semaines et dans les mois qui viennent avant les élections législatives, Emmanuel Macron réussisse à constituer autour de lui, peut-être pas un parti au sens formel du terme, mais un rassemblement de personnalités politiques qui en échange, sans doute, de la promesse d'un ministère vont le soutenir.

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