Elections aux Pays-Bas : «Une droitisation des pays européens»

Elections aux Pays-Bas : «Une droitisation des pays européens»© Alessandro Garofalo Source: Reuters
Marine Le Pen et Geert Wilders

Les progrès de Geert Wilders, bien que modérés, annoncent la droitisation de nombre de pays de l’UE et donnent une idée de ce qui peut se passer lors des élections allemandes et françaises, selon le vice-président de Debout la France Dominique Jamet.

RT France : Quelle est votre vision du résultat des élections aux Pays-Bas ?

Dominique Jamet (D. J.) : Un certain nombre de commentateurs s’étaient un peu emballés et avaient fait des prévisions un peu apocalyptiques, sans beaucoup réfléchir. Il ne faut pas oublier que le scrutin, aux Pays-Bas, est proportionnel, les résultats sont donc conformes aux votes des gens sans aucune correction. On ne voit pas très bien comment un parti qui était crédité d’à peu près 15-20% des suffrages aurait pu, par miracle, devenir le parti dirigeant aux Pays-Bas. Il n’y a pas de parti dirigeant sans la coalition, il ne pouvait  pas y avoir de raz de marée. Cela dit, il est clair que les prévisions avaient majoré le vote en faveur de Geert Wilders et plutôt minoré celui en faveur du gouvernement actuel. Cela peut s’expliquer par plusieurs raisons. La première c’est la proportionnelle. Deuxièmement, très opportunément pour le gouvernement sortant, celui-ci, juste à la veille des élections, a fait preuve vis-à-vis de la Turquie d’une fermeté qu’on n’attendait pas de lui. Les Pays-Bas ont résisté à l’ultimatum de la Turquie. Je pense que c’est une réaction de fierté et de dignité qui a compté.  

La coïncidence entre la fermeté inattendue du gouvernement néerlandais avec la Turquie et le vote ne me paraît pas fortuite 

RT France : Croyez-vous que les tensions avec la Turquie ont joué en faveur du gouvernement actuel ?

D. J. : La coïncidence entre la fermeté inattendue du gouvernement néerlandais avec la Turquie et le vote ne me paraît pas fortuite. Le gouvernement de Mark Rutte a, au dernier moment, eu un sursaut de dignité face à la Turquie, ce qui a été très utile et positif. On peut constater que le vote a été massif : 81% de votants. Je pense qu’au dernier moment il y a eu un recul devant l’hypothèse d’un succès du Parti pour la Liberté et un retour en force de la tradition de tolérance, de diversité, de pluralisme qui est attachée à toute l’histoire des Pays-Bas.

RT France : Il y a pourtant une nuance dans cette élection. Car même si le parti de Mark Rutte a gagné par le nombre de sièges, il y a une progression du nombre de voix pour le parti de Geert Wilders. Cela veut-il dire qu’il y a une montée de l’extrême droite en Europe ?

D. J. : Il est tout à fait exact que le parti de Geert Wilders a progressé, même s’il a progressé moins que ce que l’on annonçait. Ce progrès s’inscrit de toute évidence dans la droitisation de nombre de pays de l’Union européenne et donne une idée de ce qui pourrait se passer lors des élections allemandes et françaises. Mais le succès de Geert Wilders a été moindre que ce que l’on attendait, et le succès relatif du parti de Mark Rutte est également contraire aux prévisions. On avait surestimé la progression de Geert Wilders et sous-estimé la capacité de résistance du gouvernement et des innombrables partis démocratiques, humanistes, religieux des Pays-Bas.

Dans un pays comme la France l’une des raisons du progrès constant du Front national, c’est la situation désastreuse de l’emploi

Il y a également un élément qu’il ne faut pas oublier et qui complète le tableau : il est très clair que dans un pays comme la France l’une des raisons du progrès constant du Front national, c’est la situation désastreuse de l’emploi, de la croissance. C’est parce que les Français sont inquiets – le chômage, la précarité progressent en France – que le FN engrange, dans certaines catégories de population, les succès. A l’inverse, les Pays-Bas sont un pays à peu près au niveau du plein emploi, qui prospère, dont le commerce extérieur a des résultats plus positifs et, naturellement, cela explique largement aussi la structure du vote aux Pays-Bas.

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