Législatives aux Pays-Bas : premières élections de 2017, année de tous les dangers pour l'UE

Législatives aux Pays-Bas : premières élections de 2017, année de tous les dangers pour l'UE
Manifestation de Turcs à Rotterdam aux Pays-Bas contre l'interdiction d'un meeting pro-Erdogan, le 11 mars 2017, photo ©Emmanuel DUNAND / AFP

Les yeux des dirigeants européens sont rivés sur Amsterdam. Après le Brexit en 2016 et avant la présidentielle en France, l'accession au pouvoir de souverainistes eurosceptiques et anti-immigration aux Pays-Bas pourrait bien avoir un effet domino.

Ce 15 mars 2017, les Néerlandais sont invités à renouveler la chambre basse de leur Parlement, soit 150 députés. Alors que la coalition entre libéraux et démocrates-chrétiens emmenée depuis 2012 par Mark Rutte semble à bout de souffle, le Parti de la liberté (PVV) souverainiste, eurosceptique et anti-immigration de Geert Wilders a de grandes chances de l'emporter. Jusque là infréquentable, adversaire farouche de l'islam, auteur en 2008 de Fitna, court documentaire à charge contre l'islam et l'immigration qui avait suscité un tollé, il se retrouve en position de diriger la première formation politique des Pays-Bas, une configuration inimaginable en 2015 encore, alors que Geert Wilders mettait à profit son temps d'antenne politique à la télévision publique néerlandaise pour diffuser des images de caricature du prophète Mahomet

En cas de victoire, Geert Wilders n'a  donc pas fait mystère de ses intentions. Il s'est ainsi engagé à organiser un référendum sur la sortie du pays de l'Union européenne, – un «Nexit» – et à stopper toute immigration en provenance des pays musulmans. Le dirigeant du PVV va même plus loin, promettant à ses électeurs de fermer toutes les mosquées et les écoles islamiques. Le Coran serait d'ailleurs banni et les criminels binationaux déchus de leur nationalité et expulsés.

Crise diplomatique inouïe entre la Turquie et les Pays-Bas

Les partis pro-européens néerlandais, comme celui de l'Appel chrétien-democrate (CDA), favorable à l'intégration européenne et à l'adhésion de la Turquie, jouent de malchance. Le torchon brûle entre les Pays-Bas et la Turquie, après que le gouvernement néerlandais a interdit le 11 mars 2017 la tenue d'un meeting pro-Erdogan à destination de la communauté turque. Et sur la scène diplomatique le ton monte aussi, Recep Tayyp Erdogan ayant juré de faire «payer le prix fort» à Amsterdam.

De quoi alimenter le discours de Geert Wilders, délaissant pour un temps la communauté marocaine aux Pays-Bas, afin de se saisir du climat de quasi-émeute et de dénoncer le communautarisme turc. Lors d'un ultime débat télévisé avant le scrutin du 15 mars, le candidat du PVV a ainsi mis en demeure son adversaire, Mark Rutte, de «fermer les frontières» et d'«expulser l'ambassadeur turc».

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L'Union européenne accablée

La controverse sur la place de la communauté turque dans la société néerlandaise n'est qu'un des symptômes du renversement de perspective à l'œuvre aux Pays-Bas et de la désaffection pour l'idéal européen. Les bons scores du PVV témoignent aussi d'un mécontentement plus large de la population néerlandaise à l'égard de l'Union européenne. 

La crise migratoire en Europe, depuis le Printemps arabe en 2011, et son aggravation à partir de la politique de la «porte ouverte» de la chancelière Angela Merkel en 2015, a porté un coup fatal à l'image déjà écornée de l'Union européenne aux Pays-Bas. L'incapacité de l'organisation supranationale à protéger ses frontières extérieures, doublée d'une politique d'accueil sans limite des migrants, a fini par dresser contre elle une bonne partie de la population.

En regard de la politique migratoire imposée par Bruxelles, les eurosceptiques néerlandais font valoir que les Pays-Bas, sixième économie par leur produit intérieur brut, sont le plus gros contributeur par tête au budget de l'Union européenne, 150 euros en moyenne pour chaque citoyen néerlandais en 2015.

Le traité d'association UE-Ukraine, le déclic ?

Et l'Union européenne n'a décidément pas de chance, le réel donnant raison à ceux de ses détracteurs qui dénoncent son caractère antidémocratique, voire une collusion des élites néerlandaises et européennes. Ainsi, malgré un non massif (61%) lors du référendum en avril 2016 sur un accord d'association de l'UE avec le régime pro-européen et anti-russe issu de la «révolution» ukrainienne du Maïdan en 2014, le Premier ministre Mark Rutte avait déclaré qu'il ne tiendrait pas compte du résultat du vote populaire et qu'il ratifierait quand même l'accord controversé.

Mais il a finalement décider de rétropédaler en décembre, peut-être à l'approche des élections de 2017, et en raison du tollé suscité dans l'opinion publique. De quoi, malgré tout, alimenter encore la thèse selon laquelle l'Union européenne s'assiérait sur la volonté des peuples.

Aussi, pour l'Union européenne, l'année 2017 pourrait se révéler encore plus difficile que 2016 et sa série noire : entre autres, le coup de tonnerre du référendum sur le Brexit, l'élection de Donald Trump, mais aussi l'échec du référendum en Italie de Matteo Renzi en décembre.

Avec l'élection présidentielle en France les 23 avril et 7 mai, puis les élections fédérales allemandes en septembre 2017, le scrutin néerlandais constitue le premier de ces rendez-vous que l'Union européenne aborde avec appréhension. Pour les commentateurs, le «non» des Néerlandais en avril 2016 au traité d'association allait encourager les Britanniques à voter pour le Brexit quelque mois plus tard. Un an plus tard, le balancier revient aux Pays-Bas, avec peut-être encore plus de poids.

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