«Fermez les frontières !»: aux Pays-Bas, débat électrique entre le Premier ministre et Geert Wilders

«Fermez les frontières !»: aux Pays-Bas, débat électrique entre le Premier ministre et Geert Wilders© Yves Herman Source: Reuters
Débat télévisé houleux entre le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et son rival eurosceptique Geert Wilders le 13 mars 2017 à Rotterdam

A la veille des législatives, le débat entre le Premier ministre Mark Rutte et l'eurosceptique Geert Wilders sur l'avenir du pays a été houleux. Au menu : UE, immigration, islam et crise diplomatique avec Ankara.

«Vous êtes pris en otage par Erdogan. Vous devez fermer les frontières», a lancé le candidat souverainiste Geert Wilders, favorable à la sortie des Pays-Bas de l'Union européenne, au Premier ministre néerlandais Mark Rutte. Le houleux débat sur la question a duré une trentaine de minutes. 

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«C'est une solution totalement erronée [...] vous voulez que les Pays-Bas sortent de l'UE, vous savez les conséquences que cela aura», a répliqué Mark Rutte, représentant son camp, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, centre-droit).

Ce duel télévisé a eu lieu à la veille des élections législatives qui se tiendront le 15 mars et juste après la crise diplomatique entre La Haye et Ankara, liée à l'interdiction faite à des ministres turcs de participer à des meetings politiques sur le sol néerlandais.

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Geert Wilders est de son côté revenu sur les débordements qui ont éclaté au cours du week-end lorsque la police anti-émeute a dû disperser des centaines de manifestants brandissant des drapeaux turcs à Rotterdam et qui manifestaient leur colère face à cette interdiction.

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Mais Mark Rutte a exclu que son gouvernement présente des excuses pour l'expulsion d'un ministre turc, comme le réclame Ankara. Il a en outre déclaré qu'une désescalade de la crise était nécessaire, mais Geert Wilders a une vision bien plus radicale : «Nous devons expulser l'ambassadeur turc et son état-major.»

Je n'ai toujours pas compris comment vous comptiez mettre en place une police anti-Coran ?

Le candidat Geert Wilders, qui a fait de la lutte contre l'islamisation des Pays-Bas son cheval de bataille, a promis, s'il devenait Premier ministre, de fermer les frontières aux immigrants musulmans, d'interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées. Environ 5% de la population des Pays-Bas est musulmane.

Cet engagement de Wilders à interdire le Coran a particulièrement suscité l'indignation de Mark Rutte. «Je n'ai toujours pas compris comment vous comptiez mettre en place une police anti-Coran», a-t-il déclaré.

«Il n'y aura pas de police du Coran, Je l'ai expliqué cent fois», a répondu Wilders. «Oh, donc c'est une fausse promesse», a rétorqué Rutte. «Continuez comme ça, s'il doit y avoir une police anti-quelque chose, ce sera une police anti-libérale», a enchaîné Geert Wilders sur un ton sarcastique.

«Si vous voulez que l'argent aille aux demandeurs d'asile, à Bruxelles et en Afrique, plutôt qu'à vous-mêmes, votez pour le VVD», a-t-il lancé aux téléspectateurs. «Mais si vous voulez que les Pays-Bas soient à nouveau à nous, alors chassez cet homme et placez-moi dans la Petite tour [le bureau du Premier ministre]», a-t-il poursuivi. «Il est clair que nous devons fermer les frontières néerlandaises, ici, chez nous», a encore plaidé Geert Wilders durant le débat. Ce à quoi le Premier ministre a répondu ... par un haussement de sourcil.

Candidat à un troisième mandat, Mark Rutte dit «se battre» pour repousser Geert Wilders. Selon la dernière étude publiée lundi 13 mars par le site de référence Peilingwijzer, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre Mark Rutte, toujours en tête, représente 17% des intentions de vote. Il est crédité de 24 à 28 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du Parlement, loin des quarante dont il dispose actuellement.

Surfant sur la vague anti-immigration en Europe, Gert Wilders, lui, a vu ces dernières semaines son Parti pour la Liberté (PVV) reculer, avec 14% des intentions de vote et 20 à 24 sièges crédités.

Si la victoire du controversé député est peu probable aux yeux des analystes, son message s'adresse à une partie importante de la population néerlandaise, selon Monika Sie Dhian Ho, directrice de l'Institut Clingendael des Relations internationales à La Haye.

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