Troupes américaines sur le sol syrien : la partition du pays est-elle l'objectif de Washington ?

Troupes américaines sur le sol syrien : la partition du pays est-elle l'objectif de Washington ?© DELIL SOULEIMAN Source: AFP

Que visent les forces américaines présentes au sol ? Trump va-t-il réellement rompre avec les stratégies de l'administration Obama ? Une coopération avec la Russie est-elle à venir ? L'ancien ambassadeur Michel Raimbaud analyse la situation en Syrie.

RT France : Quel est le but réel de la présence américaine au sol en Syrie ? Cette présence est-elle une force dissuasive ?

Michel Raimbaud (M. R.) : Une force dissuasive ? Sans doute, mais qui est visé par cette dissuasion ? Au temps d’Obama, il était difficile de prendre au sérieux la thèse officielle de l’administration selon laquelle la présence étatsunienne en Syrie visait essentiellement à combattre le terrorisme et plus précisément à éradiquer l’Etat islamique, une organisation considérée à juste titre comme le rejeton d’Al Qaida et comme le fruit de l’occupation américaine de l’Irak. La «coalition internationale» à direction américaine a fait beaucoup de dégâts sur les infrastructures syriennes et assez peu sur les groupes terroristes, ceux-ci étant volontiers présentés comme «opposants modérés», contre toute évidence.

En fait, la présence militaire américaine (avérée sous forme de conseillers ou de forces spéciales) a toujours eu pour but d’empêcher le gouvernement légal de Damas de reprendre le contrôle du territoire syrien ; il fallait laisser toutes ses chances à un projet de partition allant de pair avec un changement de régime, perspective omniprésente dans l’esprit des stratèges néoconservateurs. A défaut de pouvoir espérer une solution militaire favorable aux thèses américaines, l’Amérique devait prendre des gages, pour elle-même et pour ses alliés (Arabie, Turquie, Israël…), afin de garder des atouts dans la négociation qui devrait prévaloir.

Alors que s’achève en Syrie la sixième année de guerre, le paysage a beaucoup changé, en Syrie, au Moyen-Orient, en Amérique et dans le monde

Le lancement du processus d’Astana au Kazakhstan, en l’absence de l’Amérique et de l’Occident, et durant la période de transition Obama-Trump, a dû retentir comme un signal d’alarme outre-Atlantique.

Alors que s’achève en Syrie la sixième année de guerre, le paysage a beaucoup changé, en Syrie, au Moyen-Orient, en Amérique et dans le monde, que ce soit politiquement, militairement ou diplomatiquement. La Turquie qui semble désormais loucher entre Moscou et Washington, ne cache plus que son obsession est d’éviter à tout prix la création d’une entité kurde, en Syrie ou ailleurs. Barack Obama en fin de mandat a parfois donné l’impression de jouer la carte kurde contre Recep Tayyip Erdogan. C’est peut-être parce qu’il avait une revanche à prendre contre le Président Vladimir Poutine, coupable de lui avoir sauvé la face à l’automne 2013 dans l’affaire des armes chimiques, que le même Obama avait développé une hostilité évidente envers la Russie.

Il y a donc tout lieu de penser que Donald Trump se pliera bon gré mal gré aux fondamentaux de «l’Etat profond» et que l’Amérique restera l’Amérique

RT France : Comment cela va-t-il influencer la donne dans la région ?

M. R. : L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche n’a sans doute guère changé la donne globale à moyen ou à long terme. Le nouveau président est certes un intrus pour l’establishmentrépublicain et/ou démocrate, mais il reste un représentant parfait du courant neocon, s’affirmant comme l’héritier de Ronald Reagan, pionnier en la matière, et… de Thomas Jefferson, l’une des références fondamentales de l’Amérique profonde. Il y a donc tout lieu de penser que Donald Trump se pliera bon gré mal gré aux fondamentaux de «l’Etat profond» et que l’Amérique restera l’Amérique. Non sans inflexions et non sans incohérences apparentes.

Donald Trump qui se veut imprévisible et «flexible» semble désireux d’ouvrir une certaine coopération avec la Russie, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme

RT France : Qu’est-ce que cela signifie pour le conflit syrien ?

M. R. : Concernant ses futures options pays par pays, à ce stade du moins, on notera que son approche de l’Iran et du dossier nucléaire est résolument négative et que cette position est chez lui très ancrée. On pourrait avancer l’idée que Donald Trump est soucieux de «récupérer» la Turquie, si besoin aux dépens des Kurdes. Et qu’il ménagera beaucoup l’Arabie Saoudite, pays dans lequel ses intérêts sont importants, à condition que la monarchie wahhabite ne ménage pas ses dollars et ne mégote pas sur ses achats somptuaires d’armements…Quant à Israël, il suffit de voir le poids du lobby dans la nouvelle équipe.

En revanche, celui qui se veut imprévisible et «flexible» semble désireux d’ouvrir une certaine coopération avec la Russie, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et Daesh, ce qui pourrait infléchir la position de Washington sur la Syrie et Bachar el-Assad. Mais l’avenir le dira.

Notons que, rompant avec une non-coopération ostentatoire avec Moscou durant la période récente, l’Amérique s’est jointe à la Russie et à la Turquie pour la réunion des chefs d’état-major tenue à Antalia, afin de discuter de la situation militaire en Irak et en Syrie et de prévenir tout accrochage entre les forces étrangères présentes sur le terrain. Une «concertation» qui devient urgente à l'heure où l’armée syrienne reconquiert peu à peu le territoire et, parvenue à quelques points de la frontière nord, se retrouve à proximité ou au contact avec d’autres forces belligérantes, y compris à Manbej.


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