Coups de feu en Charente : François Hollande aurait dû «être mis à l'abri» en premier lieu

Coups de feu en Charente : François Hollande aurait dû «être mis à l'abri» en premier lieu© POOL New Source: Reuters
Le président français François Hollande et les forces de la police, decembre 2016.

L'incident impliquant un tireur d'élite lors du discours du président est encore une preuve que la sécurité entourant François Hollande est lamentable, selon Eric Stemmelen, délégué national à la sécurité.

RT France : Un tireur d'élite chargé d'assurer la sécurité du président de la République a blessé deux personnes en laissant échapper un coup de feu dans la foule, pendant un discours de François Hollande. La sécurité de son arme aurait été mal enclenchée. Peut-il s’agir d’une violation des règles de sécurité ? Comment s'assurer que de tels accidents ne se reproduisent pas ? 

Eric Stemmelen (E. S.) : C’est un gendarme qui a tiré, il ne fait pas partie de la sécurité du président de la République. Il fait partie d’un peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie nationale composé de gendarmes locaux spécialisée dans les interventions difficiles . C’est l’équivalent des Brigades anti-criminalité de la police nationale. La France compte un peu moins de 400 PSIG. Les gendarmes du PSIG viennent en appui du Groupe de Sécurité de la présidence de la République mais n’en font pas partie. C’est ce gendarme en question qui, d’après ce que j’ai compris, a fait une fausse manœuvre, il a trébuché et a tiré, ce qui a blessé deux civils qui se trouvaient à proximité.

RT France : Faudra-t-il renforcer les règles de sécurité qui existent pour l’utilisation de ces armes ?

E. S. : Il ne faut certainement pas qu’on change les règles. A partir du moment où les policiers et les gendarmes sont formés pour utiliser une arme, c’est un accident. Cela s’est déjà produit avec le président Sarkozy dans un avion en Egypte fin 2007 où un policier du SPHP, ancien du RAID, avait fait une mauvaise manipulation de son arme et tiré un coup de feu et il y a longtemps quand Jacques Chirac était maire de Paris mais cet incident n’avait pas été médiatisé car sans suites.

Ce n’est pas une violation des règles de sécurité, cela peut se produire à partir du moment où vous avez une arme

RT France : Peut-il s’agir d’une violation des règles de sécurité, ou s'agit-il simplement d'un accident ?

E. S. : Ce n’est pas une violation des règles de sécurité, cela peut se produire à partir du moment où vous avez une arme et que la sécurité est enlevée, parce que quand le tireur d’élite est là pour tirer sur un agresseur, il faut tirer dans la seconde. C’est donc normal qu’il soit en position de tir.

RT France : Quelles pourrait être les conséquences pour le tireur ? Une punition doit-elle lui être infligée ?

E. S. : Probablement. D’abord, une est ouverte, comme il y a deux blessés. Le procureur de la République a ouvert une interrogation judiciaire pour voir quelles étaient les conséquences. S’il y a eu une faute, les victimes peuvent porter plainte. Il y aura peut-être des sanctions judiciaires et administratives.

RT France : Les personnes blessées peuvent-elles s’attendre à une compensation ? Devront-elles passer par une procédure judiciaire ?

E. S. : Elles peuvent aussi demander une compensation à l’Etat car il s’agit d’une faute de service en engageant soit une procédure civile soit une procédure pénale en portant plainte contre le gendarme pour blessures involontaires et demander ainsi des dommages et intérêts pour réparer le préjudice. Comme le Procureur de la République s’est saisi cela veut dire qu’une procédure judiciaire est déjà en cours. Ce n’est pas un attentat, c’est un accident.

Aux Etats-Unis, la sécurité prime sur la volonté du président, en France c’est le président qui décide

Par contre le GSPR n’a pas procédé à l’évacuation du président. Quand on a un coup de feu, il faut mettre la personnalité à l’abri et ceci immédiatement. En 2008, un soldat israélien s’était suicidé à l’aéroport de Tel Aviv alors que le président Sarkozy était présent : il fallait là aussi le mettre à l’abri et non pas le faire monter comme son épouse Carla Bruni dans l’avion présidentiel car au départ on ne sait pas ce qui se passe et exposer ainsi sur un escalier d’accès à l’avion une personnalité n’est pas une bonne solution. Effectivement, je suis très critique sur la sécurité rapprochée de François Hollande. Je note beaucoup de gestes et de comportement qui ne relèvent pas d’un grand professionnalisme. En France, on a eu deux présidents bien protégés : Mitterrand et Sarkozy et deux présidents mal protégés : Chirac et Hollande. Aux Etats-Unis, la sécurité prime sur le protocole, en France et je le regrette profondément c’est trop souvent la volonté personnelle du président mais il n’est pas la seule personnalité dans ce cas. La protection, c'est non seulement contre l’agression mais aussi contre l’accident et aussi la protection de l’image : l’épisode du président Hollande sur son scooter est à ce sujet l’illustration parfaite de ce qu’il ne faut pas faire.

RT France : Donc, selon vous, même si c'était un simple un accident, le président aurait dû être mis à l’abri.

E. S. : Un coup de feu, c’est déjà anormal. On ne sait pas d’où cela vient. En cas d’agression réelle ou supposée (c’est le cas du coup de feu aujourd-hui) la première mesure consiste à mettre la personnalité à l’abri avec cet adage « la meilleure défense, c’est la fuite. François Hollande n’a pas été évacué, personne n’est venu le protéger etc… Cette confusion et cette non réaction de son service de protection rapprochée confirme tous mes propos sur le manque de professionnalisme de certains, confortés dans l’idée que l’allégeance est parfois supérieure à la compétence. Rappelons-nous l’épisode de l’ «enfarinage» du candidat Hollande il y a cinq ans : le seul qui n’avait pas de farine sur son costume était le policier du SPHP car c’est le service de sécurité du parti socialiste qui était intervenu et malgré tout, cela n’a pas empêché ce policier d’être affecté au GSPR ! Je n’oublie pas les menaces de l’Etat islamique à l’égard des hommes et des partis politiques français et je ne peux être que dubitatif quand je vois la sécurité des déplacements de certaines personnalités françaises.

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