Donald Trump «prendra des décisions quasiment déterminantes» pour le Maghreb

Donald Trump «prendra des décisions quasiment déterminantes» pour le Maghreb© Jonathan Ernst Source: Reuters
Donald Trump, président des Etats-Unis, lit un décret avant de le signer.

Donald Trump veut changer l’implication des Etats-Unis en Afrique et dans le Maghreb, ce qui poussera les antagonismes entre les pays de la région et modifiera l'équilibre des forces. Le politologue Mustapha Tossa esquisse les changements à venir.

RT France : Le nouveau président des Etats-Unis Donald Trump fait actuellement les démarches concernant le Moyen Orient. Pensez-vous que les pays du Maghreb doivent s’attendre à certaines changements avec l’administration de Trump ?

Mustapha Tossa (M. T.) : Ils doivent s’attendre à des changements. Сe qu’on peut dire sur la politique étrangère de Donald Trump, c’est qu’elle a été très claire pour ce qui concerne les relations avec la Russie, elle a été aussi vive à l’égard des relations avec l’Europe et l’OTAN. Mais pour tout ce qui concerne l'Afrique et le Maghreb, on a l’impression qu’actuellement cette région est dans l’angle mort de vision de Donald Trump.

Il n’y a pas eu beaucoup de déclarations qui peuvent révéler le sens de la nouvelle politique américaine. La seule indication c’est que Donald Trump a décidé et a déclaré que sa nouvelle politique serait de se débarrasser du fardeau financier imposé par l’implication américaine sur le continent africain et donc, le Maghreb. Bien sûr, les capitales du Maghreb sont dans l’attente. La question est de savoir, qui va profiter de ces changements effectués par la diplomatie américaine.

Il y a des fortes chances que l'Algérie et le Maroc se livrent une compétition féroce

RT France : Quels sont les pays qui pourraient en profiter ?

M. T. : Il faut dire que, si on parle particulièrement des capitales du Maghreb, il y a des fortes chances que les deux pays qui se livrent une compétition féroce, que sont le Maroc et l’Algérie, puissent avoir leur atout à jouer.

L’Algérie peut faire jouer l’atout économique. Elle est perçue par l’administration américaine depuis un certain temps, surtout par un homme d’affaires avisé, comme Donald Trump, comme un marché énergétique potentiel.

Le Maroc est un allié stratégique traditionnel de l’administration américaine, il joue un rôle extrêmement important dans la lutte contre le terrorisme. Cette vision du Maroc en tant qu’acteur incontournable dans cette lutte, est un élément stabilisateur dans la région et elle peut également être vue comme un élément valorisateur.

Il faut ajouter à cela que les pays du Maghreb vont faire, ce qui est prévu et attendu, un vrai lobbying auprès de l’administration nouvelle de Donald Trump. Chacun va essayer de faire valoir ses atouts et ses avantages.

On peut s’attendre à ce que l’administration américaine sous Trump puisse avoir une vision beaucoup plus tranchée et claire des enjeux stratégiques que nécessite la résolution du conflit au Sahara occidental

RT France : Comment va évoluer la situation du Front Polisario, mouvement armé opposé au Maroc pour le contrôle du Sahara occidental ?

M. T. : Le problème du Sahara occidental empoisonne actuellement les relations algéro-marocaines et menace l’ensemble de la stabilité régionale. Ce problème-là risque de connaître un développement majeur. Vu le tempérament de Donald Trump et sa manière de percevoir la diplomatie et les crises internationales, on peut imaginer que la nouvelle administration, soit sur le plan diplomatique ou sur celui des affaires étrangères, puisse percevoir ce conflit comme un élément qui peut constituer un terreau pour les terroristes et les éléments déstabilisateurs de la région.

A partir de cette lecture-là, on peut s’attendre à ce que l’administration américaine sous Trump puisse avoir une vision beaucoup plus tranchée et claire des enjeux stratégiques que nécessite la résolution de ce conflit. On s’attend à ce que la nouvelle administration ait moins de sympathie pour les séparatistes du Polisario, puisque la réalité du terrain stratégique et sécuritaire prime forcement sur toute autre vision.                

RT France : Le Maroc misait plutôt sur l’élection d’Hillary Clinton. Donald Trump ayant gagné, le Maroc pourrait-il subir certaines actions négatives de la part de la nouvelle administration ?

M. T. : Pas du tout. Ce n’est pas seulement le Maroc qui misait sur l’élection d’Hillary Clinton, c’est les trois quarts de la planète – l’Europe, les pays arabes, vous allez aussi avoir un certain nombre de pays importants – ils croyaient tous que la victoire ne pouvait pas échapper à Hillary Clinton. Il se trouve que les ressorts de la politique américaine ont donné la victoire à Donald Trump. Il y a une réelle politique à suivre et le Maroc est un des premiers pays à avoir adressé ses félicitations à la nouvelle administration. Et il va falloir établir des relations diplomatiques basées sur les intérêts mutuels des deux pays. 

La vision de Donald Trump par rapport à la diplomatie est moins de changer les régimes ou vouloir absolument imposer la démocratie que de composer avec ce qui existe, avec l’obsession première de lutter contre le terrorisme

RT France : Pensez-vous les ONG qui opèrent sur le territoire du Maghreb liées aux Etats-Unis, vont diminuer leur activité après l’élection de Donald Trump ?

M. T. : Je ne peux l’affirmer qu’en fonction des déclarations de Donald Trump lui-même pendant cette campagne et d’un certain nombre de ses collaborateurs qui sont en cours de nomination. Il est clair que la diplomatie américaine a décidé de se désengager d’un certain nombre de territoires, ce désengagement est politique, mais il est également financier. Ces organisations internationales ne peuvent agir dans ces pays qu’avec l’appui financier et logistique de l’administration américaine. Si Donald Trump estime que cela a un coût trop important pour que ces organisations puissent continuer leurs activités sur les territoires africain et maghrébin, cela veut dire que forcément cela va avoir un impact sur leur résultat, sur leur enquête, leur vision du monde.

On peut également dire que la vision de Donald Trump par rapport à la diplomatie est moins de changer les régimes ou vouloir absolument imposer la démocratie que de composer avec ce qui existe, avec l’obsession première de lutter contre le terrorisme. On est un peu loin de la vision qu’avait le démocrate américain quand il agissait en sous-main pour déstabiliser quelque régime dans le but d’aider la démocratie dans ces pays, notamment africains et arabes. On est en présence d’un homme, de l’administration qui dit : «Moi, c’est America first, ce qui se passe à l’international à part la guerre contre le terrorisme ne m’intéresse pas». 

La main de l’administration américaine ne tremblera pas et ils prendront des décisions quasiment déterminantes, contrairement à ce qu'avait l’habitude de faire l’administration de Barack Obama

RT France : A votre avis, l’élection de Donald Trump est plutôt une bonne ou mauvaise nouvelle pour le Maghreb ?

M. T. : Ce n’est ni bonne ni une mauvaise nouvelle. Maintenant, l’homme est là, et il faut traiter avec lui et avec sa vision. Les Maghrébins peuvent se dire qu'ils vont faire ressortir le meilleur, comme ils pouvaient se forcer à un optimisme obligé. Il ne faut pas oublier que c’est une nouvelle page qui s’ouvre pour les pays du Maghreb ; il faudra l’écrire et, à force de relations diplomatiques, faire valoir leur rôle dans le concert de la région. C’est une bataille ; il est certain qu’on va assister à une vraie compétition entre les capitales du Maghreb pour pouvoir toucher au plus près le pouvoir américain, ce qui est une compétition saine. Je veux simplement insister sur le point qu’un conflit qui empoisonne toute la région – celui du Polisario – a des fortes chances d’être perçu par l’administration américaine, comme un foyer de tension, une région où les organisations terroristes peuvent profiter du chaos et du vide sécuritaire et politique pour tenter de déstabiliser la région et, dans ce cas-là, telles que les décisions de Trump ont été annoncées, la main de l’administration américaine ne tremblera pas et ils prendront des décisions quasiment déterminantes, contrairement à ce que avait l’habitude de faire l’administration de Barack Obama. 

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