Intervention américaine au Venezuela : de Villepin condamne la réaction «aveugle et inconsciente» de Macron
Source: Gettyimages.ruDénonçant l’instauration d’un protectorat des États-Unis sur le Venezuela, l’ancien ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a appelé ce 4 janvier à «prendre la mesure de ce qui s’est passé» et a condamné le «choix» fait par Emmanuel Macron, lequel sera selon lui défavorable à la position de Paris sur l’Ukraine.
« Ce n’est pas pragmatique que de ne rien dire à un empereur décrété qui agit au Venezuela. » Invité ce 4 janvier sur BFMTV, Dominique de Villepin s’est adonné à une charge contre la posture des responsables européens et en particulier de celui de la France après l’opération spéciale menée par les États-Unis à Caracas et qui a abouti à l’enlèvement du président vénézuélien et de sa femme. Un coup de force de Donald Trump que n’a pas condamné Emmanuel Macron, loin de là, estimant que « débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro », le peuple vénézuélien « ne peut que s’en réjouir ».
Une réaction « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l’avenir de notre pays et l’avenir de l’Europe », a dénoncé Dominique de Villepin, relancé sur le tweet d’Emmanuel Macron. « Que fera-t-on demain, quand Donald Trump fera le même raisonnement qu’il a fait […] pour le Venezuela, quand il le fera pour le Groenland ? », a-t-il enchainé.
« Nous nous habituons à un monde où toutes les règles sont effacées, où le droit n’existe plus, le droit international, qui est censé régir les relations entre États, tout cela n’existe plus et on voit bien à travers les réactions internationales et en particulier sur la scène européenne, pour certains cela n’a plus beaucoup d’importance », a notamment regretté Dominique de Villepin.
Selon cet ancien chef du gouvernement (2005–2007) ainsi que de la diplomatie française (2002-2004), Emmanuel Macron aurait « préféré » ne pas « sur-réagir » pour ne pas « irriter » Donald Trump « parce qu’il a le sentiment de devoir mener un combat qui pour lui est plus important qui est le combat de l’Ukraine ». « Ce qu’il ne comprend pas, ce qui lui échappe », a poursuivi le diplomate et homme politique français, « c’est que l’ensemble de ces sujets sont aujourd’hui liés ».
« Nous ne sommes pas crédibles quand nous ne sommes plus sur nos principes »
« Ne pas réagir sur ce qui se passe au Venezuela c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine, comme ne pas réagir sur ce qui se passait au Proche-Orient c’était s’affaiblir dans le combat pour l’Ukraine », a-t-il insisté, mettant une nouvelle fois en garde contre tout « deux poids deux mesures ». « Nous ne sommes pas crédibles quand nous ne sommes plus sur nos principes et c’est en cela que nous Français on a une responsabilité historique dans ce qui se déroule aujourd’hui, on a un rôle unique ! », a-t-il insisté, invoquant le « combat de principes, de valeurs, de respect de l’autre […] d’humanisme » qui serait celui de la France.
Connu pour être celui qui a dit non à l’administration Bush lorsque cette dernière se cherchait des alliés pour envahir l’Irak, Dominique de Villepin a fustigé l’attitude actuelle des Européens vis-à-vis de Washington, évoquant les « complicités » que « les nouveaux empires » rechercheraient.
Martelant que « la souveraineté d’un État ne peut pas être mise en cause unilatéralement », l’ancien Premier ministre français a mis en garde contre cette « marque d’un illimistime » qu’incarne à ses yeux l’intervention américaine dans ce pays d’Amérique du Sud. Des États-Unis, selon lui, en proie « à une forme d’hubris où tout est possible » et à laquelle s’ajoute la « convoitise » dans un « monde de rareté » alors que Donald Trump a fait part de son intérêt pour les réserves d’or noir vénézuéliennes.
« Donald Trump vient de mettre la main sur la plus grosse station d’essence du monde », a insisté Dominique de Villepin. À ceux qui, selon lui, voudraient relativiser ces évènements loin de la France métropolitaine, il a rappelé qu'« un million de Français » vivaient dans le « pourtour » du Venezuela.