Cinq politiques que Trump devrait adopter au Moyen-Orient - pour la Russie et l'Amérique

Cinq politiques que Trump devrait adopter au Moyen-Orient - pour la Russie et l'Amérique© Jonathan Ernst Source: Reuters
Donald Trump

Donald Trump semble-t-il renoncer à ses engagements aussi prometteurs de la campagne électorale ? Le correspondant Martin Jay analyse le comportement du nouveau président, en proposant les idées politiques qui pourraient lui être bénéfiques.

Le rétropédalage de Donald Trump sur ses promesses électorales est une source d’inquiétude pour certains, car l'amélioration des relations avec la Russie et Vladimir Poutine pourrait ne jamais se concrétiser. Le Moyen-Orient est une région où il ne peut pas se permettre un conflit avec Vladimir Poutine. Voilà ce que Donald Trump devrait faire en Syrie et en Russie.

Ses trois promesses principales semblent toutes avoir perdu de leur ampleur

Comme Donald Trump semble faire du rétropédalage sur ses propres promesses électorales, y a-t-il un risque qu’il puisse devenir une menace pour la Russie et, par conséquent, pour le Moyen-Orient ? Ses trois promesses principales – engager des poursuites contre Hillary Clinton, construire un «mur» à la frontière américano-mexicaine et jeter à la poubelle le projet de la santé publique de Barack Obama – semblent toutes avoir perdu de leur ampleur, si l'on en croit le talk-show américain «60 minutes face à la nation». Même sa promesse d’expulser des «millions» des migrants sans-papiers a maintenant été réduite à l'emprisonnement éventuel de jusqu'à deux millions de criminels, ce qui a même poussé des médias comme Vice à publier la liste des engagements politiques avec lesquels Donald Trump semblait prendre ses distances.

Mais il y a plus grave. Certains pourraient s'interroger : si on peut pas le prendre au sérieux sur les questions clés de sa politique intérieure, faudrait-il prendre avec des pincettes ses discours pro-Poutine ? Même ses partisans les plus véhéments reconnaîtront que la politique étrangère n’est pas son fort, qu'il semble dérouté par le Moyen-Orient. En ce qui concerne Moscou, sa rhétorique a toujours été encourageante, mais s'il recule maintenant, et la Russie et les Etats-Unis reviennent à leurs positions de guerre froide, alors ça va inévitablement chauffer pour le Moyen-Orient.

Voici cinq décisions politiques que le nouveau président devrait prendre dans les semaines à venir pour confirmer sa volonté de coopérer avec Vladimir Poutine en tant qu'allié géopolitique et pour gagner des points importants dans le monde arabe et à l'intérieur du pays - sans même parler de reléguer l'UE à une pauvre troisième place dans le classement des superpuissances.

L’Amérique a besoin d’adopter une approche de «bon sens» en Syrie, et Donald Trump pourrait diriger cette transition en rejetant l'obsession de Washington pour le changement de régime

Discuter avec Vladimir Poutine d'un nouveau plan pour renverser Daesh. Cela doit être à la première place de l'ordre du jour. Non seulement parce que ça irait dans le sens de ses déclarations sur l'erreur des Etats-Unis d'avoir soutenu les combattants de l'opposition sunnite en Syrie (qui sont trop proches de Daesh), mais aussi car ce serait un message clair aux pays arabes du Golfe : Daesh doit être détruit, et vous devez cesser de financer des groupes d’opposition qui prennent à l'armée syrienne et ses alliés temps et ressources. Il y a aussi d’autres raisons pour lesquelles Donald Trump devrait avoir un plan avec la Russie pour éradiquer l’organisation terroriste : il doit montrer à Daesh qu'il est un dur à cuire, ce qu'ils ne pensent pas, et que projeter de frapper les Etats-Unis est absolument inacceptable et engendrera des représailles. L’Amérique a besoin d’adopter une approche de «bon sens» en Syrie, et Donald Trump pourrait diriger cette transition en rejetant l'obsession de Washington pour le changement de régime et en se concentrant uniquement sur l’élimination de Daesh.

Rencontrer Bachar el-Assad. C'est un pari risqué, mais il devrait toutefois y penser. Donald Trump doit montrer qu'il est intelligent et qu'il peut s’élever au-dessus de la stupidité avec laquelle Barack Obama a traité le dossier Bachar el-Assad et son obsession pour le changement de régime. Même si le nouveau président n'est pas fan du dirigeant syrien, il a déclaré qu'il préférait le voir lui au pouvoir, plutôt que les groupes terroristes. Une rencontre avec le dirigeant syrien apporterait un ordre du jour absolument nouveau pour les Etats-Unis dans la région - celui du pragmatisme. Les Etats-Unis doivent montrer à la région qu’une nouvelle approche réaliste et pragmatique est sur le point de se concrétiser, et que la coopération avec Bachar el-Assad et la Russie est une solution pour les intérêts américains, quitte à bouleverser les Saoudiens qui rêvent encore d’une Syrie sans Assad et sont moins optimistes face à l’avenir. Une rencontre de Donald Trump avec Bachar el-Assad serait un nouveau signe que la guerre froide est finie et que la politique étrangère américaine dans la région devrait désormais emprunter une troisième voie, basé sur une approche beaucoup plus intelligente et moins polarisée envers les affaires de Téhéran et Riyad.

Si Donald Trump entend sérieusement soutenir l'un des membres de l'OTAN impliqué – la Turquie – il devrait donc rassurer le président Erdogan qu’un Etat kurde n’est pas sur les cartes

Assurer la Turquie que les Etats-Unis ne laisseront pas les Kurdes créer un Etat kurde. On a dit beaucoup de choses sur le soutien accordé par Hillary Clinton aux Kurdes, en ce qui concerne les munitions, l'argent... Mais, là, il faut tracer quelques lignes. Les Kurdes veulent tirer profit de leurs victoires en Irak et en Syrie et ne cachent pas leur ardent désir de fonder leur propre Etat kurde. Si Donald Trump entend sérieusement soutenir l'un des membres de l'OTAN impliqué – la Turquie – il devrait donc rassurer le président Erdogan qu’un Etat kurde n’est pas sur les cartes. A quoi bon résoudre le problème d'une guerre en Syrie, si c'est pour en commencer une autre ? La Turquie n’acceptera pas que les Kurdes usent de n'importe quelle zone qui servirait au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et à d'autres groupes de base pour attaquer son flanc sud. La semaine dernière a été marquée par la rencontre à Erbil entre le nouveau vice-président de Donald Trump, Mike Pence, et le président kurde Masoud Barzani, qui se sont réunis pour discuter de l'éventuel soutien de Donald Trump à la lutte contre Daesh, mais le soutien aux Kurdes pourrait se retourner contre l’administration de Donald Trump.

Assurer Saoudiens et Iraniens que l'accord iranien restera en vigueur. Il est inutile, maintenant, de défaire ce que le régime de Barack Obama a fait tout simplement pour marquer des points. Même les Saoudiens disent maintenant que les Etats-Unis devraient mieux ne pas sortir de l'accord, car les conséquences seraient trop graves. Personne ne veut que l'Iran produise des armes nucléaires, les Saoudiens semblent s'être réconciliés avec le scénario qui les éloigne de ce genre d'ambitions en échange de possibilités économiques - un pas qui a, par incident, suscité un nouvel état d'esprit à Riyad, appelant à reconstruire entièrement l'économie saoudienne pour la détacher de la dépendance vis-à-vis du pétrole. En effet, le directeur sortant de la CIA, John Brennan, a déclaré que ce serait «le comble de la folie», si le nouveau président Donald Trump déchirait l'accord entre Washington et Téhéran. Car cela donnerait à l'Iran et à d'autres l'envie d'acquérir des armes nucléaires. Cependant, la «folie» est un mot qui pourrait s'appliquer aux 100 premiers jours de Donald Trump s'il ne respectait pas certaines de ses promesses – une chose étrange en soi, qui pousserait un grand nombre d'intellectuels respectés comme l'universitaire Noam Chomsky à le condamner en disant «il n’a aucune idéologie [politique]... et n'est que lui-même.»

Donald Trump pourrait faire un pas en avant et donner aux Saoudiens un prétexte pour ravaler leur fierté et mettre fin à une campagne qui n'a pas d'objectif réel

Arrêter les bombardements inutiles du Yémen effectués par l'Arabie saoudite et ses alliés. Donald Trump pourrait faire un pas en avant et donner aux Saoudiens un prétexte pour ravaler leur fierté et mettre fin à une campagne qui n'a pas d'objectif réel et les a entraînés dans une situation désespérée dont ils ne peuvent sortir à cause de leur fierté. La guerre au Yémen est complexe et implique de nombreux acteurs, y compris Daesh, Al-Qaïda, et les Houthis qui, contrairement aux rapports des médias occidentaux et de l’Arabie saoudite, n'ont pas le soutien iranien auquel Riyad veut nous faire croire. Donald Trump pourrait chercher à obtenir des garanties des Houthis que si ses experts du Moyen-Orient arrivaient à un accord sur le gouvernement d'Aden soutenu par les Saoudiens, toutes les hostilités contre eux prendraient fin de manière à ce que les deux partis puissent utiliser leur puissance de feu contre la véritable menace : Daesh et Al-Qaïda. Certains diront que le gouvernement à Aden n’est pas exactement l'ennemi de ces groupes extrémistes, mais les bombardements de Houthis doivent s’arrêter, car ils sont une menace à la stabilité à long terme dans les relations avec l’Iran et le détroit de Bab-el-Mandeb, stratégiquement important puirsque c'est par cette route commerciale que la Méditerranée rejoint l’Asie.

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